‹ La sculpture antiqueChapitre 150 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

précise, il est presque toujours facile de reconnaître les œuvres de cette époque, les unes parce qu'elles portent le sceau évident de l'imitation, les autres parce que la convention, dont nous avons vu exempts jusqu'à présent tous les chefs-d'œuvre classiques, commence à y apparaître, et à côté de la convention des qualités qui déjà font sentir la décadence, et que leur excès tourne presque en défauts : l'élégance poussée presque à la mièvrerie, et la grâce jusqu'à la préciosité. Dans ce sens, trois statues sont typiques : la Vénus de Médicis, l'Ariane du Vatican et l'Apollon du Belvédère.

La première est signée Kléomènes, fils d'Apollodore, Athénien; mais l'inscription ne mérite pas confiance ; d'ailleurs l'intérêt de la statue n'est pas là ; il est tout dans le sujet et dans la technique. La Vénus de Médicis, c'est, de toute évidence, la Vénus de Praxitèle arrangée au goût de l'époque romaine. Si rien n'est changé à l'attitude typique de la déesse Anadyomène, notre impression n'est plus la même à sa vue. Le geste innocent et naïf, dont les dévots de Gnide admiraient la pudeur, a perdu maintenant quelque chose de sa discrétion chaste. Vénus, comme la bergère de Virgile, qui fuit vers les saules et désire pourtant être vue, semble se voiler pour mieux se montrer. Elle n'est plus la divinité de Cnide sortant de l'onde, sa mère, mais une mortelle jeune et coquette qui, dans les ébats du bain, a pris bien garde de dérouler sa coiffure savante; ou si c'est une déesse, comme le voudrait marquer le dauphin joueur que chevauche un petit Amour, l'Olympe qu'elle habite n'est plus l'Olympe de Phidias ni de Praxitèle. C'est que l'artiste ne croit plus à Vénus,

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jaa LA SCULPTURE ANTIQUE.

ne croit plus à l'Olympe ; il ne respecte pas la déesse

qu'il crée, et qui ne doit jamais recevoir, dans un temple, les vœux d'aucun fidèle. Il veut seulement charmer par l'éclat d'une blanche et gracieuse nudité de femme, et comme il manie son ciseau avec une maîtrise incomparable, comme le fin marbre ambré de Paros semodèle sous ses doigts à toutes les délicatesses de la chair palpitante, l'œuvre monte au rang des plus belles. A Florence, au centre de la Tribune, ce Salon illustre dont l'étroit espace renferme assez de chefs-d'œuvre pour faire la gloire de vingt musées, la Vénus de Médicis séduit d'abord et captive tous les regards enchantés de sa jeunesse fraîche et mu-

Fig. 160. — Vénus de Médicis. ;

tine (fig. ioo).

L'impression que nous cause la célèbre Ariane du

Vénus de Médicis.

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