LIVRE DEUXIEME
sculpteur appelle à son secours l'artifice de la couleur: la chevelure est peinte en brun; le diadème qui la couronne est décoré de palmettes ou d'élégantes lignes sinueuses; les sourcils et les cils, comme les prunelles des yeux, sont peints à l'imitation de la nature, et parfois même dans les orbites creusées en plein marbre s'enchâssait quelque émeraude.
Rien ne pouvait encore, cependant, agiter l'immobilité grave des visages pétrifiés (fig. 52, 52 bis, |53).
Les xoana n'aivaient pas de sexe; sans remonter aux Iplus anciens simulacres des divinités, qui n'avaient pas forme humaine, jl'Apollon-pieu d'Ambracie, l'Héra-colonne de Samos, 'les Dioscures-poutres de Sparte , c'est par des rai- ■sons extérieures que nous avons reconnu une femme idans le xoanon de Délos. De cette grossière idole est sorti le type féminin que nous venons de décrire; d'ébauches semblables est aussi sorti le type masculin qui lui correspond; nous voulons parler des sta-
SCULPT. ANTIQUE. <J
F'g- 53- Tête archaïque (Acropole d'Athènes).
tues désignées sous le nom d'Apollons archaïques. Nous sommes encore bien ignorants des progrès successifs qui ont transformé le xoanon primitif dans l'Apollon d'Orchomène ; les monuments font défaut, et nous savons mal, d'après quelques allusions d'auteurs, quel était le véritable aspect des statues masculines attribuées à Dédale et aux Dédalides, ses disciples.
Comme pour les statues de femmes, on doit sans doute aux sculpteurs que personnifient ces artistes mythiques la première imitation del la nature. La planche sans contour de corps et sans sexe est devenue entre leurs mains, sous l'effort de la hache, du rabot et de la scie une forme vague; d'homme où l'on pouvait reconnaître l'ébauche d'uni torse nu, de bras serrés au torse, de jambes unies étroitement l'une à l'autre; puis l'ébauche s'est pré-j cisée, sans modification de l'attitude; chaque partie du corps est devenue plus distincte ; l'homme est né, très raide, disgracieux et mal bâti, mais un homme pourtant, quelque chose comme un jouet d'enfant, un soldat de bois ou de plomb. C'est lui qu'on voit par. exemple sur un vase du Musée Britannique (fig. 54! Enfin le marbre a remplacé le bois; mais l'ouvrier n'a pour tailler cette matière plus souple, bien que plus dure, que ses outils de sculpteur-charpentier.
L'Apollon d'Orchomène (fig. 55) est dégrossi selon] les procédés de la sculpture en bois, et comme taillé à]
Fig- s±-
Statue dédalique (peinture de vase).