LIVRE DEUXI EME
grâce imposante; même immobilité purifiée, malgré la recherche déjà manifeste du mouvement et de la vie. Ces caractères du corps sont aussi les caractères de la tête. Certes, les huit visages ne se ressemblent pas, comme dans une série de surmoulages; les traits ne sont pas identiques, l'expression n'est pas uniforme; il y a de la variété dans rajustement des coiffures; mais il est impossible cependant de ne pas reconnaître que les sculpteurs avaient dans l'imagination le même type de déesse ou de mortelle, que non seulement ils appartenaient à la même école, mais s'étaient fait de la beauté féminine le même idéal, qu'ils cherchaient à exprimer par des procédés semblables.
Comme ils voulaient donner au corps l'illusion de la vie et du. mouvement, ils voulaient aussi animer le visage ; ils n'ont trouvé de meilleur moyen que de le faire sourire. Le coin des lèvres s'est légèrement relevé et tiré vers les oreilles, l'angle externe des yeux s'est relevé comme le coin des lèvres; mais si l'artiste a su bien observer le principe même du rire, il s'en est tenu à l'ébauche. Pour donner à un visage de marbre cette expression complexe de la gaieté, de la joie intérieure, si subtile qu'elle semble échapper à l'analyse, il faut une imagination bien pénétrante, un ciseau singulièrement délié. Le sourire est peut-être la plus délicate forme de la vie du visage et la plus difficile à rendre. Les statues de l'Acropole en sont restées à l'intention; ce qui nous frappe dans cette recherche de la vie, c'est l'absence de la vie; le sourire, loin d'animer le visage, l'immobilise.
C'est aussi pour se rapprocher de la nature vivante
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que les sculpteurs ont mis tant de soin à séparer autour des oreilles, à dérouler en boucles tombantes, à friser en papillottes autour du front bien encadré la riche
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Aihéna archaïque (Acropole d'Athènes).
chevelure des déesses; mais, bien qu'ils en aient, la symétrie trop parfaite de ces ornements, l'ordonnance trop régulière des frisures accolées et des bandeaux ondulants, le trop savant appareil de cette perruque où pas un cheveu, comme on dit, ne dépasse l'autre, semblent tout conventionnels et produisent une impression de rigidité froide, presque de mort. En vain le