LIVRE DEUXIEME
Replaçons maintenant ces marbres précieux au faîte de leur temple, restaurés avec leurs ornements de
Fig. 82. — Héraklès archer d'Égine.
bronze, et les couleurs éclatantes dont plusieurs portent encore les traces; revoyons les frontons d'Egine
tels que M. Charles Garnier, avec un peu d'exubérance peut-être, les a revus dans une brillante restitution, et nous comprendrons que c'en est fini des tâtonnements de l'enfance, que la statuaire grecque marche sans longs détours à la perfection.
C'est aussi ce que prouve le seul monument athénien de cette époque que nous connaissions à peu près. Il était à prévoir que le génie ionien, en Attique, ne se laisserait pas distancer par le génie dorien, ou plutôt qu'il prendrait l'avance. Rappelons-nous les rares qualités des statues de l'Acropole que nous avons décrites avec complaisance, et qui sont certainement antérieures aux guerres médiques : il y avait là plus que des espérances, et nous constatons sans aucun étonnement, avec les anciens, que le groupe desTyrannicides, œuvre de Kritios et Nesiotès, dont la date peut être fixée sans trop de conteste à l'année 476, était presque un chef-d'œuvre. Nous comprenons même l'erreur de Pline l'Ancien, qui, par un grave anachronisme, faisait de ces deux sculpteurs les rivaux de Phidias.
Lorsque Harmodios et Aristogiton eurent tué le; tyran Hipparque, le sculpteur Anténor, sur l'ordre du peuple athénien, cisela l'image de bronze des deux martyrs de la liberté. Le groupe, emporté par Xerxès à Ecbatane, comme trophée de victoire, fut remplacé à l'Acropole par l'œuvre de Kritios et Nesiotès, dont deux statues de marbre du Musée de Naples, — la figure 83 ne représente que le plus jeune des deux héros, — malgré quelques restaurations inexactes, sont très probablement des copies authentiques.
Harmodios et Aristogiton , comme l'indiquent,