‹ La sculpture antiqueChapitre 85 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

les proportions de la charpente osseuse et les détails de la musculature, en un mot le jeu des mouvements et de la vie. Il leur reste du passé l'ignorance de ce qui fait la personnalité d'un corps; le type qu'ils s'attachent à reproduire a changé ; il est moins naïf, il n'est plus grossier, il est plus réel, ne gardant du type précédemment aimé que l'étrange sourire figé, que le soin de la chevelure; mais ce type, comme le premier, ils le reproduisent sans cesse; on reconnaît la même tête et le même corps dans des attitudes diverses, et comme les anciens eux-mêmes l'avaient très bien remarqué, ce qui caractérise encore cette école et cette époque, c'est la raideur et la dureté dont le génie dorien a si rarement pu se défaire.

Ces qualités et ces défauts se retrouvent encore, mais atténués, dans quelques statues du fronton oriental. L'Athéna centrale, en tout semblable à l'autre pour l'armure et le vêtement, est sortie de l'engourdissement hiératique. Elle n'est plus couverte, mais armée de l'égide qu'elle déploie, tout hérissée sur les bords de têtes de serpents; elle ne tient plus sa lance, elle la brandit; elle n'assiste plus seulement à la lutte qui se déroule à ses côtés, elle combat. Mais elle est encore bien gauche et comme pétrifiée dans son élan belliqueux. Au contraire, le guerrier barbu qui meurt à l'angle de gauche (fig. 81) et Héraklès tirant de l'arc (fig. 82) sont d'un art bien plus avancé, d'une facture bien plus savante. Le demi-dieu, quoique assis sur son mollet et sur son talon droits, le torse légèrement incliné en arrière, pour résister à l'attraction des bras avancés qui tendent la corde, arc-bouté sur la jambe

gauche, la tète bien droite, le regard fixe, restera comme le type de l'archer nerveux et bien musclé, sûr de son coup; il est un peu lourd aussi, et le modelé de ses membres nus est un peu sommaire ; mais la lourdeur est ici de la force; la simplicité, voulue, mérite plutôt

Fig. 81. — Guerrier blessé d'Egine.

le nom de sobriété. La tête de lion qui fait casque, l'épaisse cuirasse de cuir, d'où pendent à la taille des lamelles, d'où sort aux entournures des manches une fine et souple chemise, dénotent un sens déjà vif du pittoresque. Et quant au blessé, c'est bien maintenant un vrai blessé, non plus seulement un corps étendu sur le sol. Dans un dernier effort le héros cherche à s'appuyer sur son bouclier; mais sa tête, sous le poids du casque, sous les tortures de la souffrance, s'incline vers le sol; son visage s'éclaire presque d'un reflet douloureux; les muscles du torse se contractent, tandis que les jambes étendues s'allongent et s'affaissent, déjà mortes. Pour nous, ce soldat est, malgré quelques traits survivants d'archaïsme, la plus belle statue des deux frontons; elle surpasse même l'Héraklès, pourtant si juste de mouvement et de dessin ; c'est presque un chefd'œuvre.

Page 1