‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 119 sur 312 · Cf. Athen. Mittheil., XIII, 1888, p. 123 (Winter · texte numérisé non relu

Cf. Athen. Mittheil., XIII, 1888, p. 123 (Winter

d’un genre nouveau. Il est dû à un concours assez complexe de circonstances diverses, dont voici l’énumération en résumé. La civilisation de la Grèce orientale était, pour plusieurs causes, en avance sur celle de la Grèce occidentale et celle de l'Attique. L’art ionien, dès la première moitié du vie siècle, avait commencé à étendre son action sur le reste de la Grèce, et nous avons vu qu’aux environs de 550, les sculpteurs attiques, déjà familiers avec les œuvres des ateliers de Chios ou de Naxosou de Paros, leur empruntaient tel détail, tel trait, et modifiaient, d’après ces exemples étrangers, les anciennes habitudes et l’esprit de l’art indigène. Quand l’invasion perse, qui devait ruiner si rapidement la prospérité de la Grèce asiatique, provoqua une sorte de reflux de l’Est vers l’Ouest, ce n’est plus par quelques œuvres éparses dans des sanctuaires que la sculpture ionienne continua d’exercer son prestige ; c’est par les auteurs mêmes de ces œuvres-là, je veux dire par des artistes capables d’en produire de pareilles dans des pays qui, jusqu’alors, n’avaient pu les connaître et les envier que d’assez loin. Du moment que lesBathyclès,les Alxénor, les Aristion, etc. furent présents en personne et travaillèrent dans le Péloponnèse, en Béotie, en Attique, le triomphe de l’art ionien fut assuré.

A Athènes surtout. Car, aux raisons d’ordre géographique et ethnique, aux prédispositions de milieu et de mœurs, qui désignaient l’Attique pour être plus aisément imprégnée d’ionisme, s’ajoutaient les effets de la politique des Pisistratides à l’extérieur comme à l’intérieur. De plus, il se trouvait que la divinité principale de ce pays, plus accueillant que tout autre à l’influence ionienne, était une déesse, la « fille de Zeus », la « vierge aux yeux bleus »‘, laquelle n’admettait pour ministres de son culte que des femmes ou des jeunes filles, et à laquelle devaient donc agréer plus particulièrement comme offrandes les statues de type féminin, les corés brillamment vêtues et peintes ; et les sculpteurs ioniens, s’étant fait de ce genre une vraie spécialité, n’y craignaient pas de rivaux. Enfin, ils n’eurent à s’imposer aucun changement, même de surface, dans le type habituel de leurs corés, pour l’adapter au goût de leur clientèle nouvelle ; c’est celle-ci qui alla au devant

1. Désignations fréquentes dans les dédicaces archaïques recueillies sur l’Acropole.

APOGÉE DE L’iNFLUENCE IONIENNE

de leurs habitudes et de leur goût : la substitution aux anciens usages attiques des modes ioniennes de costume et de coiffure, vers le milieu du vie siècle1, fut à la fois un effet et une cause, — effet de l’attraction exercée d’ores et déjà par l’aimable et luxueuse civilisation ionienne2, — et cause d'une plus complète «naturalisation » de l’art ionien, qui retrouvait enAttique comme une province toute neuve de l’Ionie.

C’est dans la période de 540 à 510 que ces diverses circonstances réunies produisirent tout leur résultat. Sans doute, l’élan étant donné, les conséquences se prolongèrent au delà de 510 ; nous aurons à le constater plus tard. Mais nous verrons aussi que, dès l’année 500 environ, l’influence ionienne avait perdu toute force active. Elle a commencé de grandir vers le milieu du vie siècle ; à la fin du siècle elle commencera de décliner ; elle atteint l’apogée pendant cette ère de prospérité et d’éclat, cet « âge d’or »3, qu’ Athènes dut à ses maîtres passagers, les Pisistratides.

Page 1