CHAPITRE IV
LES STATUES DE FEMME
Les conditions mêmes du développement de l’art grec obligent, malgré l’apparent arbitraire d’un tel procédé, à séparer les statues d'homme et les statues de femme, à les disposer en deux séries parallèles et distinctes. Car, dans chacune de ces deux séries, une face différente de l’art s’offre à nous ; et, pour ne citer qu’un seul trait de cette différence générale, en l’une de ces séries se résume presque tout entière l’étude de la draperie, et en l’autre se résume presque tout entière l’étude du nu, s’il est vrai que, dans l’abondante collection des marbres archaïques, une statue d’homme debout drapé n’est guère moins rare qu’une statue de femme nue. La nécessité de cette séparation apparaît surtout pour la période de l’art attique qui nous occupe à présent. Les statues de femme l'emportent alors de beaucoup, par le nombre et la valeur, sim les statues d’homme; ce fait n’est pas dû au hasard, il est un résultat de l’influence ionienne, directement aidée, nous l’avons dit, par la dévotion à Athéna. Le lot le plus considérable, à tout point de vue, des sculptures attiques appartenant à l’époque des Pisistratides est constitué par les corés , ces représentations anonymes et impersonnelles de type féminin *, qui convenaient aussi bien pour être dressées à l’entour du temple d’une déesse ou sur le tertre d'un tombeau de femme1 2. Épar-
1- Cf. Au mus. de l'Acrop., p. 275 sqq., et note 1 de la p. 276. — Il faut ajouter, aujourd’hui, l’opinion de M. Arndt-(fin de la notice de la pi. 556 des Brunn- Bruckmann’s Denhnæler) et celle de M. Perrot ( Hisl . de l'art , VIII, p. 596-600 .
2. On a reconnu depuis longtemps que les «Apollons archaïques» pouvaient servir également de statues funéraires ou dolfrandes religieuses. Il en faut dire autant des corés. On ne rencontre pas, il est vrai, beaucoup d’exemples fie celles-ci, employées comme images funéraires ; en voici un cependant, qui concerne l'Attique : c’est la statue signée du sculpteur Phædimos, dont les débris — seulement les deux pieds adhérents à la plinthe — ont été retrouvés à Vourva (Mus. nat. d'Athènes , 81 ; cf. ’Apy. AeVrîov, 1890, p. 111 ; Perrot, Hisl.
LES STATUES DE FEMME
pillées dans les principaux sanctuaires et nécropoles de l’Attique, c’est naturellement auprès du vieux temple vénéré d’Athéna Polias, sur l’Acropole, qu’elles étaient réunies en plus grand nombre; et c’est là, en effet, qu’on en a retrouvé le plus, jusques à quatorze à la fois, couchées en ligne à quatre mètres sous le sol, au fond d’un grand trou pareil à ces fosses communes qu’on doit creuser au lendemain des batailles, pour la foule des morts h
J’ai décrit ci-dessus 2 l’impression première que causent ces figures ; et les moindres particularités de leur costume, de leur coiffure, deleur chaussure même, des bijoux qu’elles portent, etc. , ont été ailleurs l’objet d’études minutieuses3. Puisqu’elles sont aujourd’hui, dans ce qu’on peut appeler leur aspect moyen, familières à la mémoire de chacun, il n’y a pas lieu de répéter un examen dont le long détail aurait l’inconvénient de retarder la question principale. Si donc, préoccupés avant tout de suivre exactement la marche de la statuaire attique, nous examinons les corés de l’Acropole à la fois par rapport aux sculptures indigènes qui les ont précédées et par rapport aux produits authentiques de l’art ionien, il apparaît assez vite qn’elles se partagent en trois groupes :
cle l'art, VIII, p. 82, fig. 50). L’endroit et les circonstances de la découverte, puis les termes de l’inscription gravée sur la base, ne laissent à ce sujet le moindre doute. Cette coré funéraire doit être datée du dernier tiers du vic siècle : cf. Athen. Mütheil., XXIII, 1898, p. 479 (Wilhelm).
1. Je juge tout à fait superflu de revenir sur les détails de la destruction, puis de l’ensevelissement, et enfin de l'exhumation de ces figures : cela est trop connu.