Cf. ci-dessus, p. 204, note
7. Elles sont toutes deux en marbre des Iles (cf. Lepsius, op. I., p. 67, n° 5, et p. 71, n° 35). — Qu’on dise d’une statue, qui est en marbre du Pentélique ou de l’Hymette, qu’elle a été exécutée en Attique, rien de plus juste, attendu que ces marbres de l’Attique ne s’exportaient pas dans les lies ; mais la réciproque n’est pas vraie : une statue qui est en marbre des Iles peut tout aussi hien avoir été exécutée à Athènes que dans les Iles. — Dans un cas très particulier, M. Arndt a cru découvrir un indice certain de l’origine insulaire
LES STATUES DE FEMME
l’exécution des diverses parties du vêtement ou de la coiffure, quelque détail singulier qui, se retrouvant aussi dans les corés
d’une des statues de l’Acropole. Il s’agit de la coré 610, dont j’ai parlé ci-dessus (p. 225); M. Arndt l’a reproduite et commentée dans la notice de la pl. 556 des Brunn-Bruckmann’s Denkmæler . Elle est en marbre des Iles ; mais un petit morceau du vêtement, rapporté sous le coude droit, est en marbre pentélique (cf. Lepsius, op. I., p. 68, n” 13). « C’est donc, concluait M. Lepsius (Ibid., p. 66), que la statue provient d’un atelier des Iles; elle en est sortie, entièrement terminée, pour être expédiée à Athènes ; dans le transport, elle a eu un accident auquel on a remédié à Athènes même, avec un petit morceau de marbre local. » Et M. Arndt, qui approuve ce raisonnement, en tire tout de suite certaines conséquences d'ordre historique. C’est trop se hâter, je crois. L’argument est ingénieux, mais ne prouve rien. On sait aujourd'hui (cf. Au mus. de l’Acrop., p. 227 sqq.) que les pièces rapportées, qui sont très nombreuses dans les statues archaïques, ne résultent presque jamais de la nécessité de réparer un endommagement accidentel ; ce sont des parties que le sculpteur a exécutées séparément, soit parce que leur fragilité lui conseillait cette mesure de prudence ou parce qu’elles excédaient les dimensions du bloc dans lequel il avait commencé de tailler son œuvre. Il ne faut donc pas poser d'abord comme un fait certain, évident, que le petit morceau de draperie sous le coude droit de la coré 670 a été cassé en route et a dû être remplacé. Cela est possible; mais il est possible tout autant que l’auteur a dû faire ce raccord parce que son bloc avait été coupé trop juste ou se trouvait trop largement écorné à cet endroit-là. Admettons cependant qu’il y ait eu une réparation, au sens propre du mot. Pourquoi l’accident qui l’aurait rendue nécessaire se serait-il produit pendant un transport sur mer? Il pouvait aussi bien se produire pendant la mise en place de la statue ou pendant son transport de la ville basse sur l’Acropole ou dans l’atelier même de son auteur. Mais, dira-t-on, il faut toujours expliquer l’emploi de ces deux marbres d'origine différente. Rien de plus simple, si on se souvient que ces deux marbres étaient employés simultanément par les sculpteurs attiques. La grande coré d’Anténor est en marbre des Iles ; mais la base, sur laquelle sont gravés les noms de l’auteur et du donateur, est en marbre pentélique (cf. Lepsius, op. I., p. 71, n° 35). La coré consacrée par Euthydicos (Au mus. de l'Acrop., p. 365, fig. 36), œuvre certainement attique, est cependant, elle aussi, en marbre des Iles ; mais la base où s’enfonce sa plinthe, et qui porte le nom du donateur, est en marbre pentélique (cf. Lepsius, op. /., p. 71, n" 34). Enfin, la belle coré 684 (Au mus. de l'Acrop., p. 369, fig. 38), que l’on tient généralement pour non moins attique que la coré d' Euthydicos, est en marbre des Iles ; mais l’avant-bras droit, qui était rapporté, est en marbre pentélique (cf. Lepsius, op. I., p. 69, n" 17). D’autre part, on a remarqué (cf. Michaelis, Allattische Kunst, p. 24) que les mêmes sculpteurs d’Athènes, qui employaient de préférence le marbre des Iles pour leurs statues, usaient plus volontiers du marbre pentélique pour leurs bas-reliefs. Puisqu’il faut admettre, d’après cela, que les blocs de N'axos ou de Paros voisinaient, dans les ateliers athéniens, avec ceux du Pentélique, on admettra aisément aussi, je pense, pour le cas de la coré 670, qu’un sculpteur qui avait à rajouter à une statue un bout de draperie grand comme la moitié de la main, se préoccupait, en cherchant un morceau convenable, beaucoup plus des dimensions dudit morceau que de son origine. — Je ne prétends certes pas établir, par ces raisons, que la coré 670 a été exécutée à Athènes ; mais j’espère avoir démontré qu’on ne prouve pas du tout, par le raisonnement contraire, qu’elle a été exécutée dans les lies. Il est possible qu’elle vienne des Iles, mais nous n’en savons
de Délos, par exemple, apparût comme la marque de fabrique d'un atelier des Iles1.
D’ailleurs, puisque tant d’artistes de l’Ionie et des Iles étaient venus alors offrir leur talent dans toute la Grèce occidentale, et que plusieurs d’entre eux, non des moindres peut-être, ont travaillé à Athènes2, qui nous assure que, parmi les corés de l'Acropole, celles même qui semblent le plus des étrangères n’ont pas vu le jour à Athènes ? S’il convient d’admettre, comme une très plausible hypothèse, que certaines ont pu être envoyées du dehors, il faut tenir pour bien plus vraisemblable encore que certaines autres ont dû être exécutées sur place par des Ioniens immigrés en Attique.
Enfin, puisque la supériorité des ateliers de la Grèce orientale a commencé d'être reconnue dès le milieu du vie siècle, et que l’influence de leur technique et de leur style n’a cessé de croître et de s’étendre durant toute la seconde moitié de ce siècle ; puisque l'Attique, d'autre part, a été la région qui accueillit le mieux cette influence et s’en laissa le plus profondément pénétrer, n’est-il pas assez naturel que, vers les années 550-540, de jeunes sculpteurs athéniens soient allés faire ou compléter leur instruction dans les ateliers fameux de Chios ou de Paros, et aient rapporté de là dans leur patrie, si je puis dire, leur ciseau tout «ionisé»? Ajoutons que ces Attiques disciples des Ioniens ne risquaient guère de perdre l’empreinte des leçons reçues là-bas de leurs maîtres, du moment que, rentrés à Athènes, ils y retrouvaient d’autres Ioniens devenus les hôtes de leur propre cité. 11 faut donc encore admettre comme très probable que certaines des corés de l’Acropole, entre celles qui sont le plus ioniennes d’aspect, ont dû être exécutées non seulement sur place, à Athènes même, mais par des sculpteurs de nationalité attique.
Trois hypothèses, en somme, dont aucune n'exclut les deux
rien, non plus que pour ses pareilles du premier groupe ; et ce n’est point parce que sa manche droite a été rallongée avec un morceau de pentélique qu’on est autorisé à mettre hors de doute sa provenance étrangère.
1. Ainsi, dans une des corés détiennes (cf. Bull. corr. hell., III, 1819, pl. XVII; Ilomolle, De Diunæ simulacris , pl. VIII), le bord supérieur de l'himation se présente d’une façon très particulière et aisément reconnaissable : je n'en ai pas retrouvé l'exact équivalent à Athènes. J’en dirai autant de la manière dont les cheveux sont traités par derrière dans une autre coré de Délos (cf. Bail. corr. hell., III. 1819, pl. XV ; Homolle, op. L, pl. IX b).