‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 134 sur 312 · Cf. ci-dessus, p. 211 sqq · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessus, p. 211 sqq

LES STATUES DE FEMME

concurrentes, et qui peuvent recevoir une application simultanée. Seulement, je ne suis pas assez perspicace pour devinera quelle statue doit s’appliquer l’une plutôt que l’autre. Ce qui me semble incontestable, du moins, — et qui est, heureusement, le fait principal pour l’histoire, — c’est que les statues rangées dans ce premier groupe, soit qu’elles aient été envoyées à Athènes du dehors ou exécutées en Attique, qu’elles aient été taillées par des Ioniens d’Asie ou des Ioniens des Iles ou par des Attiques élèves des Ioniens, demeurent toujours celles qui, parmi toutes les figures de femme attribuées à l'époque des Pisistratides, sont les meilleures représentantes du courant d’influence ionienne sur la statuaire attique. Nous les appellerons, avec un très léger et légitime élargissement du sens de ce mot, les « Ioniennes ».

Entre le premier groupe et le deuxième, la ligne de démarcation ne laisse pas d’être un peu flottante, et il ne saurait guère en aller autrement. Nous venons de dire que, selon toute vraisemblance, certains sculpteurs attiques avaient su imiter le type ionien si exactement que leurs œuvres se confondent à nos yeux avec celles de leurs maîtres. 11 s’agit maintenant d’autres sculpteurs qui, moins heureux, moins habiles, pourvus d’une moindre faculté d’assimilation, ou secrètement retenus, à leur insu, par la force des traditions indigènes et du tempérament national, n’ont pas su pousser la réussite aussi loin ; leurs imitations ne sont pas aussi exactes qu’ils l’auraient voulu, qu’ils l'ont cru peut-être, et ne se confondent plus avec les modèles. Tel est le principe de la division à faire entre les deux catégories. Mais on comprend qu’il y a nécessairement bien des degrés dans la non-réussite, et d’assez fines nuances dans les indices à quoi l’on peut discerner que telle imitation du type ionien est l’œuvre d’une main attique. 11 résulte de là quelque incertitude dans le jugement, je ne songe pas aie dissimuler ; j’espère cependant qu’on ne trouvera pas vaines et négligeables les raisons qui m'ont décidé à grouper ensemble les figures suivantes.

Voici d'abord la coré à bottes ronges ( Au musée de l’Acrop ., p. 157, fig. 11), cette singulière petite personne, qui donne un peu l’impression d’une quasi-naine, au torse trop fort pour les jambes, à la tête trop grosse, et encore plus grossie par une bizarre coiffure en turban et une lourde stéphané. Comme elle est en marbre pentélique1, nous devons croire qu'elle a été exécutée en Attique2; et rien n’engage, certes, à en attribuer l’exécution à un Ionien. Car nous ne retrouvons en elle aucune des élégances étudiées de la parure, ni des souples et hardies finesses du travail, dont les oeuvres précédentes nous ont fourni maints exemples plus ou moins brillants. La note dominante serait plutôt la gaucherie jointe au médiocre. Vêtue seulement du chitôn, la pauvre femme y semble déjà mal à l’aise : que serait-ce, si elle portait en outre l’himation ? Elle paraît être aussi embarrassée de son pigeon sur la main gauche que des plis du vêtement dans la main droite ; son turban de cheveux a l’air d’une coiffure postiche ; et le lourd sourire de sa grosse face me rappelle un peu ce paysan d’Éleusis que nous avons classé plus haut, dans le voisinage de la tête Rampin 3. Sans doute l’œuvre est d’un artiste de troisième ordre, et ne mérite guère d’avoir place dans l’histoire de l'art. Mais elle témoigne surtout d’une grande inexpérience des modes ioniennes de coiffure et de costume. Et n’est-il pas très vraisemblable, dès lors, que son auteur fut un modeste marbrier attique, qui se sentait fort désireux de tailler, lui aussi, de belles corés « à l’ionienne », élégantes et souriantes, et qui a fait de son mieux, c’est à dire assez mal, dans ce genre nouveau4? — On doit probablement attribuer au même artiste une autre coré de petites dimensions, dont il ne subsiste plus que la partie antérieure de la tête5 : la lourdeur de dessin de la bouche, du nez et des paupières, l'expression des traits

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