Cf. Lepsius, op. p. 67, n
principal de l’effet obtenu ne soit qu’une conséquence indirecte du geste adopté pour les bras, loin que ce geste ait été choisi en vue d’un effet à obtenir; il se peut encore que le geste en question ait été adopté pour simplifier le travail, et par défiance des ajourements trop délicats. Mais il y a toujours que cette figure, ainsi massée, a un accent de fermeté et de sobriété qui la distingue des corés de style ionien. La tête offre un caractère d’originalité analogue. Ce n’est pas, il est vrai, l’ancien type attique ; car les yeux sont à la fois petits et peu ouverts, l’ovale du visage est plutôt étroit, la forte structure des os ne se laisse point deviner. Mais ce n’est pas davantage le type ionien; car les yeux ne sont pas obliques, la bouche n’est pas arquée, le sourire des lèvres est à peine perceptible, la saillie des pommettes a disparu sous les joues uniformément arrondies. L’œuvre, au total, paraît être d’un artiste qui a cédé sans la moindre résistance au courant ionien, mais qu’un instinct secret a maintenu en deçà des outrances de décoration1, et que son tempérament d’Attique a heureusement protégé contre la mollesse et la mièvrerie.
On doit attribuer à un Attique aussi la petite statue 687 [Au musée del'Acrop., p.161, fig. 12), dont la tête fut retrouvée seulement en 1882, tandis que le corps était depuis longtemps connu par le recueil de Le Bas2. Le visage, au contour mollement arrondi, se penche en avant et sourit, d’un sourire tout ionien, si je puis dire; mais on n’omettra pas de remarquer que les yeux ne sont pas du tout obliques, et que la bouche, aux lèvres régulièrement arquées, aussi grosses aux extrémités qu’au milieu, offre le même dessin exactement que la bouche du Moschophore ou celle d’une quelconque des têtes que nous avons classées dans la période antérieure à 5i03. Un pareil mélange de deux tendances différentes se laisse constater dans le détail du costume. L’himation, au lieu d'être agrafé de manière à traverser la poitrine en biais et à dessiner tout
1. Noter la modération relative des frisures sur le front et la sobriété du bord de l’himation en travers de la poitrine ; il n’y a pas de pièces rapportées aux boucles de la chevelure.
2. Cf. .4u mus. de l'Acrop., p. 164, note 1. Ajouter à la bibliographie : Pawiowski, op. l.y p. 193, fig. 58 ; Lepsius, op. /., p. 68, n° 10 : marbre des Iles.
3. Cf., par exemple, la tête de l’Acropole n" 617 (ci-dessus, p. 199, fig. 12).
LES STATUES DE FEMME
autour du corps les plus élégantes sinuosités, grâce à l’étagement savant de ses pans et de ses plis, est fort simplement posé sur les deux épaules comme un châle plié en double, et c’est à peine si un peu d’artifice se révèle dans les larges plis tombants du pan de gauche. Cet himation-châle est celui que portaient les anciennes figures attiques, la Femme à la grenade, la petite Hydrophore en pierre tendre, etc. ; ce n’est point l’himation « à l’ionienne ». Quant au chitôn, lequel tombait droit jusqu’aux pieds sans être relevé d’un côté, il nous offre une sorte de compromis entre l’ordinaire chitôn ionien, qui comporte seulement le colpos par dessus la ceinture, et l’ancien péplos attique à apoptygma, tel qu’on le voit sur la Femme à la grenade ou la statue xoanisante^ . Les exemples de ce compromis ne sont guère nombreux1 2, et ne se rencontrent que dans des œuvres qui, pour des raisons diverses, doivent être attribuées à l’école attique. Il me paraît significatif que, dans la même statue, certains traits du visage et les plus notables particularités des pièces du costume rappellent également les productions du premier archaïsme attique : c'en est assez pour reconnaître la nationalité de l’auteur et la fidélité, péut-être inconsciente, qu’il a gardée, en quelque mesure, aux habitudes de l’art national.
Dans le voisinage, mais en arrière de cette corè de l’Acropole, on pourra placer une petite figure, privée de sa tête, qui a été découverte à Eleusis3. Elle aussi porte son himation en châle, sans agrafes ; mais on observera avec quel souci de coquetterie l’étoffe a été creusée et plissée par devant ; on notera surtout l’inégalité des deux pans : celui de droite plus long et bien plus ample, séparé par le mouvement de l’avantbras en deux masses parallèles, comme l’est toujours l’himation porté de biais, « à l’ionienne ». Il y a donc là une combinaison artificielle des deux manières, une tentative4 pour tirer du simple châle attique les mêmes effets décoratifs que de l'ingénieuse draperie ionienne. Ajoutez à cela le geste de la main gauche soulevant précieusement les plis du chitôn : il est clair que l’auteur de cette petite corè tâchait, assez lourdement,