‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 141 sur 312 · Cf. ci-dessus p. 234 sqq · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessus p. 234 sqq

2. Ce n’est là, bien entendu, qu'une appellation conventionnelle, une étiquette. Je ne songe même pas à en recommander l’usage: elle ne vaut que par et après les explications dont je l’entoure ici, et n’a d’autre but que d’aider un peu à la clarté de notre exposé.

Si forte qu’ait pu être l’influence ionienne à Athènes, au temps des Pisistratides, si favorisée qu’elle ait été par les circonstances, les mœurs, les modes mêmes du costume, si légitime qu’elle pût se proclamer dans un pays de population foncièrement ionienne ; par cela seul que cette influence n’a point tardé à décliner, et que, bienfaisante à certains égards, comme nous le verrons, pour l’art attique, elle ne l’a cependant pas absorbé, ne lui a point donné l’orientation définitive, nous devons supposer a priori que les traditions de l’ancien art indigène, puisqu’elles devaient revivre un jour, ne sont jamais mortes tout à fait et que certains artistes ont dû y persévérer avec la claire conscience du parti qu’ils prenaient et le ferme dessein de ne pas se laisser éblouir par le triomphe momentané d’un art venu du dehors. En effet, on aperçoit, dans la collection de l’Acropole (je n’en connais pas ailleurs), quelques statues qui, contemporaines de celles devant lesquelles nous venons de passer, manifestent un esprit différent. Ce ne sont pas, il convient de le déclarer tout de suite, des œuvres de protestation violente ; elles ne se posent pas en face des autres avec un désir agressif de les contredire ; elles sont de leur temps et accordent à leur temps ce qu'il exige. Mais, sous un aspect nouveau, elles rappellent et maintiennent les traditions de l’ancien art attique ; elles ne se réclament pas de modèles étrangers et ne mettent pas leur ambition à leur ressembler jusqu’à pouvoir être confondues avec eux ; elles affirment avec une franchise simple leur origine et leur famille véritables : leurs ascendants ne sont pas à Cliios, ils sont à Athènes, sur l’Acropole même : on les retrouve dans la statue du Moschophore et dans la plupart des vieilles sculptures en pierre tendre.

La coré 671 (Au musée de l’Acrop ., p. 153, fig. 9), plus grande que nature, est en marbre pentélique '. Son costume se

1. Cf. Lepsius, op. p. 73, n° 53. — Pour la bibliographie concernant cette statue, cf. Mvv)p.îta r/jç 'EXXcx8o;, pl. XXI ; et Brunn-Bruckmann’s Denkmæler, 1. 556. Y ajouter : Perrot, Hist. de l'art , VIH, p. 581, ûg. 292.

LES STATUES DE FEMME

compose du chitôn ionien et de l’himation porté en châle, sans agrafes. Nous avons rencontré déjà ce même costume sur la petite statue 687, classée parmi les « pseudo-ioniennes » L Comparons donc les deux œuvres. Dans la petite statue, qui conserve cependant encore quelques traits de l’ancien type attique, le chitôn est tout couvert d'ondulations très serrées et très légères, non seulement dans la partie supérieure, mais même dans l’inférieure, à droite et à gauche de la r.xp'jprt ; et le colpos a été habilement arrangé de manière à dessiner audessous de la ceinture une double courbe descendante : on reconnaît là un trait habituel de la technique ionienne, férue des lignes qui ondulent, serpentent, zigzaguent, et semblent caresser le corps qu’elles enveloppent de leurs mouvants détours1 2. Dans la corë 671, au contraire, le bourrelet du colpos est rectiligne ; à droite et à gauche de la r.zpuor, strictement verticale, les menus plis du chitôn sont indiqués par de fines incisions non moins verticales ; et ceux de la partie supérieure sont figurés au moyen de larges ondulations aussi simples que possible : tout ce travail, si compliqué ailleurs 3, est réduit au minimum. L’himation que porte la petite statue 687 est, sans doute, posé très naturellement sur les épaules ; mais les deux pans qui retombent par devant ne manquent pas de se reployer sur eux-mêmes pour étaler de beaux zigzags, d’une élégante souplesse. Ce même himation, chez la grande corë 671, est bien plus austère : l’étoffe tombe de son propre poids, sans apprêt aucun, et les effets de plis qu’elle fournit spontanément ont à peine tenté l’artiste, qui les a traités avec la plus grande sobriété. Les ornements coloriés dont les vêtements furent décorés étaient aussi fort simples de dessin, et ils tenaient moins de place qu’ils n’en occupent sur la coré « ionienne » 675 4, qui est trois fois plus petite.

Un pareil goût de simplicité se constate dans l’exécution de la tête, et il prend là une valeur plus significative. L’arrangement des cheveux est de ceux qui peuvent le moins tirer l’attention, en ce temps de coiffures si laborieuses et si minu-

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