‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 153 sur 312 · Cf. Au mus. de l'Acrop., p · texte numérisé non relu

Cf. Au mus. de l'Acrop., p

Fig. 16. — Statue de^xovpoç (Acropole).

LA SCULPTURE ATTIQUE AVAiNT PHIDIAS

pellent le Moschophore , tandis que les épaules larges et fortes, également éloignées de la carrure sèche et brutale du -/.ojpcç d’Orchomène et des molles courbures du v.oXipcc de Théra, rappellent aussi un des caractères de la primitive sculpture attique 1 . — Mais d’autres traits apparaissent : les proportions sveltes et allongées, la finesse presque excessive de la taille, celle des genoux et des chevilles2, dénotent un sentiment d’élégance qui n’existe pas chez le Moschophore ni chez le xoX> poç de l’Acropole. Cet allongement du corps a passé à la tête même : elle n’a pas le large ovale de celle du Moschophore ; elle est tout en hauteur, avec un crâne démesurément élevé. Les joues sont d’un modelé agréable et rond, qui ne laisse pas sentir le dessous solide des os ; le sourire de la bouche et des yeux est très marqué ; ceuxci sont très obliques, et leur angle interne se prolonge en forme de petit crochet abaissé3. En somme, il y a là un mélange d’éléments attiques et d’éléments ioniens, assez bien caractérisé pour que la statue doive être assignée à une époque plus récente que le Moschophore et le y.cüpsç de l’Acropole, et doive être attribuée à un Attique, mais à un Attique déjà fortement imprégné des influences ioniennes.

D’une figure de la même espèce et du même caractère provient une tête, plus grande que nature, que l’on prétendait avoir été trouvée à Ægine, mais que M. Furtwængler. a

2. Ces traits, qui évoquent à l’esprit le « canon » égyptien, ont dû, en effet, passer en Grèce par l imitation des statues égyptiennes d’homme debout ; imitation qui s’est produite d’abord en Ionie (nous en parlerons plus loin), et dont un des meilleurs témoignages est fourni par le y.oOpo; samien, trouvé au Ptoïon.

3. Ce détail est plus apparent à l’œil droit qu’à l’œil gauche. J’en ai dit plus haut l’importance : cf. ci-dessus, p. 226, note 1. — Je signalerai aussi un autre détail de l’œil : ce petit trait courbe tracé dans le haut de la paupière, pour indiquer le plissement de celle-ci, quand elle est à demi relevée sous l’arcade sourcilière. Il semble que c’est les artistes d’Asie et des Iles, ceux que nous appelons en gros les Ioniens, qui ont été les premiers à observer cette particularité réelle et à essayer de la rendre. Du moins, c’est dans leurs œuvres qu’on la constate en premier lieu : par exemple, dans le xo-jpo; de Théra, qui est un des plus anciens de la catégorie entière ; dans la caryatide de Siphnos, à Delphes (cf. Bull, corr hell., XXIV, 1900, pl. VI); dans une statue et une tête, découvertes au Ptoïon en 1903, lesquelles doivent provenir d’ateliers ioniens. J’ai eu l’occasion de signaler ce trait déjà une fois, dans la coré 616 de l’Acropole (cf. ci-dessus, p. 233, note 4) : c’est une des figures du groupe « pseudo-ionien » Il n’v a rien d’extraordinaire qu’un tel détail ait été vite surpris et copié par les imitateurs des Ioniens ; et nous en avons ici un nouvel exemple, dans le xo-jpo? de Volomandra.

LES STATUES d’hOMME

depuis longtemps revendiquée pour l’Attique1. Aux excellentes raisons alléguées par M. Furtwængler, doit s’ajouter aujourd'hui la suivante : immédiatement au dessus de la bandelette qui serre sur le front la masse ondulée des cheveux, on voit apparaitre de courtes mèches, larges et plates, striées chacune de trois sillons, bref identiques à celles que nous venons de rencontrer chez le y.oîjpoq de Yolomandra. Ces deux œuvres, dont l’une a été découverte sûrement en Attique et dont l’autre est faite d’un marbre attique, et qui toutes deux offrent un détail d’exécution, lequel ne se trouve que chez elles seules, ont donc bien la même origine attique. Les deux têtes ont d’ailleurs même caractère : joues charnues, d'une douceur molle et comme sans os par dessous, bouche très arquée et souriante, yeux très obliques. Les yeux ici ont été mutilés à dessein par quelque Vandale moderne ; mais l’œil gauche laisse encore voir très bien le petit crochet arrondi de l’angle interne et le plissement de la peau sur la paupière supérieure 2. De tels traits, joints à l’expression générale du visage, nous font classer ce marbre dans la catégorie des « pseudo-ioniens ».

Je crois que la tête 663 (. Au musée de l'Acrop., p. 377, fig. 40), qu’on pourrait appeler la petite tête rouge , à cause de la vive couleur vermillon de ses cheveux, est aussi de cette famille3. Sa bouche arquée presque en demi-cercle, le mol sourire de ses joues molles, ses yeux étroits et longs, dont le globe est pressé, entre les deux paupières, lui donnent l’air d’une coré ionienne ; et je ne doute pas qu’on n’eût pris ce jeune homme pour une femme, n’était sa chevelure courte, arrêtée à la nuque. Or, les boucles de cheveux parderrière sont coupées et se contournent, à leur extrémité, de la même manière exactement que les boucles des trois têtes de Typhon : il y a donc là un souvenir

1. Mus. nat. d'Athènes , 48. Marbre pentélique. Hauteur de la tète, 0",30. — Cf. Athen. Mittheil ., VIII, 1883, pl. XVII, p. 373 (Furtwængler). Pour le reste de la bibliographie, cf. le Catalogue athénien; y ajouter : Furtwængler, Coll. Sabouroff , gravure en tête de la planche II; Pawlowski, op. L, p. 225, fig. 76.

Page 1