Cf. ci-dessus, p
LES STATUES D HOMME
fier. Certes, ce n’est point là le portrait de Rhombos, mais c’est l’image d’un homme mûr, le corps à demi couvert de son manteau, dans l’action même d’apporter une victime à l’autel. Cette image peut convenir à tout riche citoyen pieux, ayant barbe au menton ; mais elle ne peut convenir qu’à cette catégorie de donateurs. N’étant pas le portrait même de Rhombos, elle n’est pas strictement individuelle ; mais elle est d’une généralité beaucoup plus restreinte, si je puis dire, qu’une statue de y.otjpcç. Autre exemple : un ypap.p.aTsûç, du nom de Méchanion1, offre à la déesse une petite statue représentant un homme en train d’écrire ou près d’écrire2, faisant acte de ypocp.p.z-siç. Ce n’est pas son portrait à lui, Méchanion; c’est l’image d’un yp ap,p.a-£'.'ç, assis, ses tablettes sur les genoux, son stylos au poing, ayant écarté son manteau de l’épaule droite et du flanc droit, parce que c’est plus commode pour manier le stylos , le reste du corps recouvert cependant de la draperie, parce que ce n’est pas l’usage de se mettre tout nu pour écrire. L’image convient également à tous les ypap.p.aTsïç, mais à eux seuls. Elle n’est pas strictement individuelle, n’étant pas propre à un individu ; elle a pourtant un caractère individuel, puisqu’elle ne concerne qu’une classe définie d’individus et les fait voir dans une action définie. Ailleurs enfin, où l’action représentée est quelconque et sans intérêt spécial, le fait que le personnage est vêtu suffit à le déterminer dans une certaine mesure : ce n’est plus, ainsi, une impersonnelle réalisation de l’idéal athlétique; c’est l’image concrète du citoyen, tel qu’on le voit habituellement par les rues, sur l’agora, dans les fêtes religieuses. — On devine ce qui doit sortir de là un jour. Le type du y.ojpaç s’épanouira en ces idéales figures anonymes, dont la plus admirée des anciens a été le Doryphore de Polyclète; l’autre genre conduit droit au portrait.
La plus notable des statues de ce genre retrouvées sur l’Acropole est une figure d’homme un peu plus petite que nature, debout, dans un maintien identique à celui des corés , vêtue d’un long chitôn et d’un ample himation qui descendait jusqu'aux pieds et enveloppait tout le corps, sauf la partie
1. Cf. Iriser, altic., I, 399; Lolling, Calai, des inscr. de l'Acrop., p. 96, n» 183.
2. Nous allons retrouver clans un instant les figures auxquelles je fais allusion ici.
droite du torse et le bras droit1. Cette mode de costume, adoptée à Athènes dans la seconde moitié du vT siècle, était ionienne d’origine; et l’on comprend que ces fines draperies blanches à plis nombreux, à quoi s’ajoutaient les coquetteries de coiffures compliquées et l’éclat des bijoux, ont beaucoup aidé les Ioniens à mériter leur réputation d’hommes efféminés2. De fait, on serait tenté de prendre le marbre athénien pour une figure de femme, si son auteur n’avait mis un soin particulier à nous renseigner, sans contestation possible, sur le sexe du personnage3. Mais il n’y a d’ionien ici que le costume; la manière simple et franche dont les détails en sont traités, ainsi que le caractère général des formes du corps, révèlent une main attique4. Entre toutes les sculptures de l’Acropole, celle qui me paraît être la plus voisine du « citoyen » 663 par l’esprit de l’exécution est la petite coré 672 5, une des plus attiques qui soient dans le groupe des « pseudo-ioniennes ».
Trois petites statues de l’Acropole, nos 144, 146 et 629, toutes trois en marbre pentélique6, qu’on appelle d'habitude les Scribes , par une assimilation un peu arbitraire avec des statues égyptiennes connues, sont trois répétitions de ce type de ypaiAjAaxsjç que je décrivais tout à l’heure7. Ce sont des œuvres de second ordre, mais remarquables par le sujet représenté, et très intéressantes si on les compare entre elles, parce que, n’étant pas tout à fait contemporaines, elles s'échelonnent dans
1. N° 663. Cf. Brunn-Bruckmann’s Denkmæler, pl. 531, avec notice et bibliographie de M. Arndt. Ajouter à la bibliographie : Pawlowski, op. L, p. 100, fîg. 24; Perrot, Hist. de l'art, p. 631, fig. 321. — La planche des Denkmæler est excellente, sauf en un point important que je signalerai tout à l’heure; le dessin qu’avait publié M. Collignon (Hist. sculpt. gr., I, p. 239, fig. 127) n’était pas très bon, et il y manquait la partie inférieure du marbre, rajustée depuis.