Cf. Lepsius, op. L, p. 74, n
7. C’est la base de l’une d’elles, très probablement, qui nous a été conservée dans cette petite colonne qui porte l’inscription dédicatoire au nom de Méchanion, YpajApaTE-jç : cf. ci-dessus, p. 267, note 1.
LES STATUES D HOMAIE
un ordre certain l'une par rapport à l’autre et nous montrent clairement les progrès successifs de l’art reprenant trois fois de suite le même sujet. Il convient de s’arrêter un instant à cette comparaison.
Le plus ancien des trois Scribes est le n° 144', le mieux conservé de tous, puisqu’il ne lui manque que la tête et le bras droit, brisé au biceps [fig. 20).
Il est assis, le corps redressé, jambes serrées, genoux presque joints, les pieds à peine séparés par un petit intervalle, vêtu d’un grand himation qui laisse à découvert toute la partie droite de son torse. Le vêtement colle sur les jambes, comme le chitôn sur les jambes des corés ; les plis en sont indiqués par de simples lignes en creux, très espacées.
Sur le siège, l’étoffe s’étale à plat autour des cuisses et des fesses , exactement comme le bord traînant du chitôn des corés sur la plinthe, autour de leurs talons.
Le rendu de ces plis de l’himation est très sommaire : il y a même une faute certaine : sur la cuisse gauche on voit reparaître le vêtement comme s’il passait sous la main gauche, tandis qu’en
Fig. 20. — Statuette de Scribe, n° 144 (Acropole).
1. Hauteur actuelle, O”, 45. — Cf. Athen. Mittheil., XI, 1886, p. 358 (Studniczka); Pawlowski, op. I., p. 97, fig. 22 (gravure incomplète); Perrot, Hist. de l'art, VIII, p. 633, fig. 322 (gravure incomplète), et p. 634, fig. 323 (détail). — Je dois la photographie de la figure 20, et aussi celle de la figure 21, à la complaisance de M. G. Toudouze.
réalité, étant rejeté sur le bras et l’épaule gauches pour retomber enfin derrière le dos, il doit passer par dessus le poignet gauche. La main droite posait sur l’angle du diptyque le plus rapproché du corps; la main gauche maintient la planchette, le pouce posé le long du bord sur le plateau horizontal, les autres doigts appuyés contre la face latérale et se repliant un peu par dessous. Le torse montre une jolie qualité de modelé : les pectoraux, le bord de la cage thoracique, le muscle grand droit antérieur de l’abdomen, la clavicule sont indiqués d’un
faire rapide et juste. Mais toute l’attitude reste raide, compassée , rigoureusement frontale.
Du Scribe 146 ( fig . 21), il ne subsiste plus que la partie inférieure; le torse, les bras et la tête manquent1. La pose et le vêtement sont presque les mêmes que dans la figure précédente ; il importe de noter cependant les significatives différences que voici. D'abord, les deux genoux sont sensiblement plus écartés l’un de l’autre, d’où résulte plus d’aisance dans l’attitude. Puis, les plis de l’himation sont moins espacés et beaucoup plus obliques, par quoi ils indiquent mieux la direction réelle du pan d’étoffe remontant. L’étoffe reste, d’ailleurs, toujours aussi collante sur les jambes et s’étale pareillement à plat et en rond sur le siège autour des cuisses. Le plus notable changement par rapport à l'autre figure consiste dans la position des mains et du diptyque : la main droite, au lieu d’être arrêtée sur le coin de la tablette, était avancée davantage vers
1. Hauteur actuelle, 0°\30. — Cf. Athen. Mittheil., VI, 1881, p. 114, pl. VI, 2 (Furtwængler).
jf : y
(Acropole).
LES STATUES D HOMME
le milieu 1 ; la main gauche, de son côté, tient 1 objet plus franchement, entre le pouce et les autres doigts. Enfin, c’est là le détail le plus digne d’attention, cette main gauche soulève un peu le diptyque, de manière à le présenter mieux à la main droite qui
écrit : petit mouvement
observé avec finesse et rendu avec justesse, qui substitue à la raideur de la convention la souplesse de la vie.
Le plus grand des trois Scribes, n° 629 (fig. 22), a beaucoup souffert aussi; il lui manque notamment la tête, la main gauche avec le diptyque, et la jambe droite tout entière2. Mais ce qui subsiste suffit pour nous faire bien connaître le progrès nouveau dont il témoigne par rapport aux deux autres3. Le vêtement que porte le personnage est toujours le même, drapé de la même façon, toujours aussi collant sur les jambes, avec les plis en cette partie indiqués par de simples incisions espacées. Mais le rendu de la draperie est en général bien plus juste, et on remarquera surtout les détails suivants : entre le siège et la jambe gauche, s’interpose une épaisseur de gros plis verticaux, comme il s’en produit naturelle-
Fig. 22. — Statuette de Scribe , n" 629 (Acropole).
1. La trace en est encore visible et, de plus, le trou destiné au stylos fixe l’endroit exactement.
2. Hauteur actuelle, 0”,60 environ. — Cf. Athen. MitLheil., VI, 1881, p. 178, pl. VI, 1 (Furtwængler) ; Ibid., XI, 1886, p. 3o9, pl. IX, 3 (Studniczka) ; Pawlowski, op. p. 97, fig. 23.
3. Progrès marqué jusque dans la forme du siège qui, précédemment, n’était qu'un bloc cubique, transformé en tabouret seulement en apparence,
ment quand on s’assoit étant vêtu d’une draperie ample et longue ; la partie de l’étoffe qui s’étale sur le siège autour des cuisses, au lieu de faire un rond bien régulier, plat et sec, forme une masse irrégulière et molle, plus conforme à la réalité ; enfin, le pan de l’himation qui, après avoir contourné la hanche droite, est rejeté sur le bras gauche, ici est bien réellement jet ë par dessus , et ce n’est qu’après avoir passé sur le bras qu’il retombe sur le siège, au lieu que, dans les deux cas précédents, ce détail était escamoté ou exécuté à faux. Quant à l’attitude du corps, tout en restant essentiellement la même, elle marque un progrès non moins intéressant. Le torse s’incline à droite, et il résulte de cette inclinaison une très sensible différence de hauteur entre les deux épaules. Tandis que le torse se penche en avant, le haut du bras droit et le coude droit se retirent un peu en arrière, et ne sont donc plus sur le même plan, à beaucoup près, que le haut du bras gauche et le coude gauche. Ce mouvement de la partie supérieure du corps avait nécessairement sa répercussion dans la partie inférieure, et il n’est pas douteux que la jambe gauche devait être plus avancée que la jambe droite. Il apparaît enfin, d’après la position respective des deux mains, de la main gauche qui maintenait le diptyque et de la main droite qui écrivait avec le stylos tenu à poing fermé, que le diptyque était incliné à droite plus encore que dans le Scribe 146. Bref, on constate, dans l’ensemble de l’attitude, une inclinaison et un désaxement de la figure vers la droite, conséquence directe du genre d’action représenté. Ce troisième Scribe , non seulement n’est plus frontal, comme l’était le premier; mais il témoigne d’une observation plus juste et plus précise encore que le second. Le modelé des parties nues est juste aussi, sans être très fouillé : le dos est meilleur que la poitrine ; le bras droit est travaillé avec finesse ; seule, la main reste raide et médiocre, comme toujours au vie siècle.
Si intéressant qu’il soit de voir, avec des exemples de cette espèce, l’art progresser pas à pas devant nous, il ne faut point que les différences par lesquelles se constate le progrès nous ferment les yeux aux ressemblances très grandes qui unissent entre eux ces trois échantillons successifs du même type. Les trois Scribes peuvent bien s’espacer à intervalles inégaux entre
à l'aide de la couleur , et qui est devenu ici, plastiquement , un véritable tabouret. Je néglige cette comparaison entre les trois sièges, et m’en tiens à l’étude des personnages humains qui sont assis dessus.
LES STATUES D HOMME
les années 540 et 510 on 500; ils demeurent, dans le fond, identiques et ressortissent tous trois, visiblement, à une seule et même école. Exécutés à Athènes (rien que la nature du marbre le prouve), ils sont attiques par l’exécution autant que par la matière. Tout le travail de la draperie, plis incisés sur les jambes et rebord zigzaguant en relief sur la poitrine, est pareil à celui que nous montre la statue du « citoyen » 663 ; et, comme j’ai remarqué une sérieuse analogie entre cette dernière statue et la petite coré 672, il m’a paru également, devant les originaux du musée de l’Acropole, que le ferme redressement du torse dans le Scribe 144 était de la même qualité et du même caractère que l’attitude droite et nette de cette coré1.
Une petite tête d’homme, barbue (fig. 23), qui porte à l'Acropole le n° 621 2, et qu’on pourrait appeler la petite tête bleue 3, à cause de la couleur bleue dont étaient peintes à la fois la chevelure sur le front et la barbe tout entière, doit provenir de quelqu’une de ces figures encore, dont j'ai opposé la conception et la signification à celles du type des y.süpci. Il est regrettable que le nez soit mutilé et que le visage soit couvert de concrétions calcaires qui gâtent la surface du marbre; car cette tète est d’une exécution excellente et fine. La forme des yeux, le dessin délicat des lèvres, le travail soigné des oreilles, le beau modelé du cou, le calme de la physionomie d’où le sourire a entièrement disparu, dénoncent une œuvre de l’extrême fin du VIe siècle. L’origine attique en serait malaisément contestable ; on rem'arquera que les boucles de cheveux frisées sur le front ne diffèrent pour ainsi dire pas de celles de la coré d’Anténor 4 : une ressemblance non moindre existe aussi pour le contour des paupières, qui donne au globe de l’œil son enchâssure et son aspect réel.
1. M. Collignon (Hist. sculpl. gr., I, p. 337) dit que le style des Scribes a un « caractère un peu égyptisant »; et M. Perrot (Hist. de l'art, VIH, p. 631-632) a repris cette idée, en y insistant beaucoup. Mais l'idée n’est pas juste, je crois.
2. Hauteur, 0"', 183. — Cf. Alhen. Mittheil., XIII, -1888, p. 440; Bull. corr. hell., 1889, p. 147; Pawloxvski, op. I, p. 143, fig. 40; Mvr)p.sïa t rtç 'EXXâSoç, pl. XXX11, 1, en bas.
3. Par opposition à la petite tête rouge, examinée ci-dessus, p. 237.
4. Le même genre de frisures « en coquilles d’escargots » se retrouve sur une autre tête encore de l’Acropole, tête de femme n° 660 : cf. Pawlowski, op. I., p. 203, fig. 62; Hofmann, (Jntersuchungen über d. Uarstellung d. Haaresin d. arch.gr. Kunst, pl. II, 34; Mv^usta r?,ç 'EXXâSo;, pl. XXXI, 3, en bas.
Deux autres petites têtes, de provenance attique, doivent être jointes à la précédente. L’une est au musée de l’Acropole,
Fig. 23. — Tête d'une statue d'homme : petite tête bleue (Acropole).
n° 642 1 ; plus rapidement exécutée et de moindre valeur que la tête 621, elle lui ressemble par tous les traits principaux :
1. Hauteur actuelle, 0m,10. Très mutilée ; il manque tout le haut du crâne, avec le front presque entier et l’œil gauche.
LES STATUES d’hOMME
double rang de frisures au dessus du front, barbe et moustache pareilles, même dessin de la bouche et de l’oeil, même caractère de la physionomie débarrassée de l'habituel sourire archaïque. L'autre tête est au Musée du Louvre 1 ; et M. Collignon, dans le commentaire très complet qu’il en a donné, a reconnu son caractère attique, en même temps qu’il l’attribuait, à cause des qualités du dessin et du modelé en certaines parties, à l’époque de « l’archaïsme avancé » 2. Cette petite tête du Louvre, comme les deux de l’Acropole, doit appartenir, en effet, aux quinze ou dix dernières années du VIe siècle 3.
Il y a, enfin, les figures d’homme, soit nues ou vêtues, représentées à cheval. Nous avons déjà rencontré, dans le voisinage du Moschophore , un de ces cavaliers, dont le torse est le principal morceau qui subsiste aujourd’hui4. Les statues de cette espèce devaient être assez nombreuses à Athènes, où le cheval était, comme ailleurs, un luxe pour le citoyen, mais où, de plus, il était considéré comme caractéristique d’une haute classe sociale 5. Ce sont celles, par malchance, qui ont été le plus mutilées ; aucune d’elles n’a pu être reconstituée entièrement, et presque toutes sont réduites à l’état de lamentables débris. L’une des plus considérables par ses dimensions, puisque le cheval mesure lm,50 de longueur, a été allégée de son cavalier et des quatre membres de l’animal, puis quasi transformée, à grands coups de pointe, en pierre de taille pour la reconstruction d’un mur de l’Acropole après 479, et elle n’offre aujourd’hui guère plus d’intérêt artistique qu’une simple pierre de taille6.
1. Cf. Monuments grecs, II, n°s 17-18, 1889-1890, p. 36 (Collignon); Pawlowski, op. I., p. 137, n" 37.
3. Je signale une autre tête encore, au Louvre [Calai, des marbres, 2715), qui provient d’Athènes. Elle est un peu plus petite que nature; le travail de la barbe et des cheveux est assez grossier. Elle doit dater aussi des dernières années du vi° siècle, et se classe, pour le style, dans le voisinage des tètes ci-dessus décrites. — Enfin, une petite tète barbue, de la collection Warocqué, laquelle provient également d'Athènes [Collection Raoul Warocqué : Antiq. égypt., grecques et romaines (Mariemont, 1903), p. 10, n" 8, gravure], me parait être très voisine, par le style et la facture, de la petite tête bleue de l'Acropole (fig. 23).