Cf. ci-dessus, p
4. Les statues ioniennes recueillies à Délos ou ailleurs n’ont pas gardé trace de couleur; on a seulement relevé sur la Nike ailée quelques vestiges des ornements qu’on dessinait à la pointe avant de les colorier : cf. ci-dessus, p. 178, note 1.
POLYCHROMIE DES SCULPTURES ETf MARBRE
et voyantes » 1 ; on y a signalé également l’habitude cl q réserver sur le fond clair certaines parties des figures et des ornements, dont les détails sont ensuite indiqués par de légers traits de couleur2, procédé tout opposé à celui de la silhouette, noire que préféraient lqs céramistes attiques. 11 existe à peu près le même rapport entre la céramique athénienne à figures noires et les figures des vieux frontons de l’Acropole, coloriés à tons pleins en bleu et en rouge, qu’entre la céramique ionienne à couleurs variées et à réservés clairs et la polychromie des statues de corés , type de prédilection des sculpteurs ioniens. Ce sont là conséquences diverses d'une même cause. A la plastique élégante et brillante des Ioniens3 convenait une polychromie élégante et gaie, laquelle s’obtient moins en répandant à flots la couleur qu’en la répartissant avec ingéniosité. Comparons ensemble un tapis tout rouge ou tout bleu ou moitié rouge et moitié bleu, et un tapis à fond blanc, plus exactement à fond neutre, mais dont les bords sont ornés d’un riche dessin à lignes bleues et rouges, et dont le fond est semé de fleurettes soit bleues ou rouges, ou bleues et rouges à la fois : malgré que le premier ait exigé quatre ou cinq fois plus de matière colorante, n’est-ce pas le second qui sera le plus gai , le plus plaisant à l’œil? — La polychromie nouvelle, considérée surtout dans les statues de corés , apparaît donc bien conforme à l’esprit de l’ancien art ionien ; et, puisque les Attiques semblent n’avoir pas eu la peine de la chercher, mais au contraire l’avoir reçue toute prête et l’avoir immédiatement appliquée avec une parfaite assurance, nous pouvons admettre comme fort probable que, sur ce point encore, ils ont eu pour guides et pour modèles, dès le milieu du vie siècle, les productions des sculpteurs asiatiques et insulaires.
Une des parties les plus importantes de la polychromie nouvelle consiste dans les bandes brodées qui décorent les vêtements ; et la richesse, la beauté, l’élégance de ces broderies tiennent moins à leurs couleurs (toujours le bleu et le rouge) qu’à leur dessin, plus ou moins ingénieux et compliqué, auquel on donnait une attention si particulière que l'habitude était de le graver patiemment à la pointe avant de le colorier. Or
1. Cf. Pottier, Calai, des vases du Louvre, II, p. 380 et 499.