Cf. Perrot, Hist. de l'art, I, p
4. Je crois bien, comme je l’ai dit ci-dessus (p. 256, note 2), que c’est à l imitation des statues égyptiennes qu’est dû ce type aux proportions sveltes et élancées, qui apparaît dans l’art grec seulement après 550. 11 aurait passé d’Égypte en ionie. avant de gagner d’autres régions encore de la Grèce. — L’explication donnée par M. Pottier (Rev. arch., 1904, 1, p. 235), que ce type élancé viendrait de l’art « mycénien » et aurait été comme retrouvé par les Attiques dans la seconde moitié du vi° siècle, me parait prêter à plus d’une objection.
boration nécessaire. Si le nouveau type de l’homme debout fut imité de modèles égyptiens, ce n'est pourtant pas un type égyptien qui, de Samos ou de quelque autre cité asiatique, se propagea à travers le monde grec ; et si (pour reprendre l’exemple précédent) la forme du pied, quant à la longueur respective des deux premiers orteils, fut modifiée grâce à un heureux conseil soufflé par les statues égyptiennes, je. ne crois pas pourtant qu’il subsiste beaucoup de ressemblance entre les pieds d’une coré ionienne et ceux d’une déesse ou princesse de l’Égypte. En résumé, la sculpture des Ioniens ayant été, sans doute, le véhicule dans la Grèce occidentale, et nommément en Attique, d’un certain nombre d’éléments empruntés à l’art égyptien, le service ainsi rendu se trouvait doublé par le fait que ces éléments étaient déjà, en quelque sorte, digérés et assimilés.
Pareillement, dans le cas où les corés archaïques témoigneraient, comme on l’a supposé, d’une « influence delà plastique de bronze » et d’un effort hardi, presque téméraire, « pour transporter dans le marbre toutes les finesses et les délicatesses méticuleuses du métal »*, c’est en Ionie, dans le voisinage des anciens et florissants ateliers de bronze de Samos, que ce genre d’émulation a dû naître et porter ses premiers fruits; et là encore, l'assimilation ayant été faite d'abord par le travail des Ioniens, leurs imitateurs en eurent le bénéfice sans la peine.
D’ailleurs, pour avoir une vue exacte de la diffusion de l’art ionien et du rôle qu’il joua dans la Grèce de l’Ouest en général et en Attique particulièrement, il convient de ne pas s'en tenir à la sculpture seule ; il faut rappeler aussi, fut-ce d'un
1. Cette hypothèse a été faite par M Poltier (Rev. ét. gr ., XVI, 1903, p. 1 39- 140), qui envisage à ce point de vue, dans les corés , le détail du costume, de la chevelure et des ornements. Il ne peut s'agir, en effet, que de ces détails; car, dans l'ensemble, le type de la coré ne convient que pour l’exécution en marbre, et il a dû être fort rarement réalisé en bronze. Aussi, même pour les détails en question, l'inlluence du bronze a dû s'exercer seulement d’une façon indirecte. Voici comment. Les statues d'bommes nus, contrairement aux statues de corés , ayant été plus fréquentes en bronze qu’en marbre, il est très probable, ainsi que M. Collignon, entre autres, l’a soutenu (cf. Bull. corr. /tell., XX I, 1892, p. 451), que les délicates inventions des bronziers pour le rendu des cheveux ont servi de modèles aux marbriers qui avaient à tailler des figures de xo-jfoi. Et l’expérience qu’ils avaient acquise, par cette voie, des joliesses et des minuties leur a naturellement servi ensuite pour leurs statues de corés.
RÉSULTATS DE L’iNFLUENCE IONIENNE 347
mot, les principaux des arts industriels. Les ateliers de Samos ou de Chics, qui, par leurs inventions, avaient fait progresser les arts du métal, ont de bonne heure répandu au loin leurs produits ; le nom de Glaucos était célèbre à l'égal de ceux des plus renommés sculpteurs ; et les objets sortis d’une telle fabrique apportaient à l’Occident grec des modèles que les ateliers similaires essayaient d'imiter 1 et aussi des types de décor, des motifs d’ornementation, dont tout art pouvait tirer profit. Davantage encore dans l’industrie céramique, l’action des Ioniens hors de leur pays d’origine a été très forte, non pas seulement à cause de l’exportation des produits, mais parce que les producteurs mêmes se transportèrent, eux et leur talent et leur répertoire, dans des patries nouvelles. Un des mieux connus entre ces artistes-potiers de l’Ionie est Amasis, et le cas qu’il nous offre est vraiment typique2. 11 venait probablement de Samos, et il exerça son industrie à Athènes dans la seconde moitié du vi° siècle. Les vases que l’on possède, signés de lui, et ceux qui, sans être garantis par sa signature, peuvent cependant lui être attribués avec certitude, constituent une série de documents assez riche pour qu’on sache apprécier sûrement la manière de l’auteur. Or, Amasis, qui était devenu un véritable Athénien, et qui représente excellemment le style attique de cette période, a pourtant ceci de particulier, qu’il n’a cessé d’introduire, aussi bien dans les formes que dans la décoration de ses vases, des éléments nouveaux, étrangers à l’ Attique; il a, en quelque sorte, greffé une branche de la céramique ionienne sur le tronc attique, ou, plus exactement, il a importé et cultivé dans le domaine de la céramique athénienne des plants nouveaux, convenables au sol et au climat, susceptibles de prospérer à côté des anciens, et il a ainsi •contribué à donner aux fruits de la récolte une heureuse variété, jusque là inconnue. Enfin, il n’est pas jusqu’à ce nom d’Amasis, forme grecque du nom d’un pharaon philhellène, qui, en évoquant l'Égypte et les rapports étroits de l’Ionie avec l’Égypte, ne soit un rappel aussi des services, à peine soupçonnés, que les Ioniens ont dû rendre comme intermédiaires entre l’art égyptien et l’art grec, comme remanieurs et premiers adaptateurs des notions justes et des idées profitables qui
■1. Cf. Pottier, Calai, des vases du Louvre, II, p. 385.
2. Sur Amasis, cf. Rev. arck., 1889, I, p. 31 sqq. (Pottier), et principalement Journ. hell.slud., XIX, 1899, p. 13a sqq. (Karo).
pouvaient, en changeant de vêtement, passer de l’Égypte à la Grèce.
Envisagée dans toute son étendue, avec ses apports en tout genre, directs et indirects, l’influence ionienne demeure le fait culminant de l'histoire de l’art attique, durant 1a. seconde moitié du vi° siècle. Mais elle n’est nulle part mieux apparente pour nous qu’en ce qui concerne la sculpture. Ce n’a pas été une affaire d’engouement et de mode. La mode, dans la mesure où elle s’en mêla 1 , rendit seulement plus visible à la surface l’œuvre profonde d 'ionisation qui s’accomplissait; quand elle passa, le reste ne passa pas avec elle : la pénétration du génie attique par l’ionien était chose faite, et les germes déposés avaient déjà commencé à fructifier. Une expérience vite acquise de tous les secrets de la technique du marbre, et aussi de la rare et délicate beauté de modelé à laquelle se prête cette matière pour qui sait la comprendre ; un adoucissement de la verdeur un peu âpre et de la franchise un peu rude que manifestent leurs œuvres plus anciennes ; un sentiment nouveau de l’élégance des draperies et de la grâce des gestes, qui n’aura qu’à se préserver du maniérisme pour devenir, dans leurs œuvres prochaines, une fleur de finesse et de charme non encore éclose jusque là; — voilà les gains principaux que les Attiques durent aux leçons de leurs frères Ioniens. Et ces gains eussent été sans doute moins importants et moins complets, sans cet étroit lien de famille en vertu duquel les artistes de l’Ionie retrouvaient à Athènes presque leur patrie même, et aussi sans les circonstances d’ordre politique qui avaient contribué à faire de l’Athènes des Pisistratides un brillant et attirant foyer.
Cette période de l’histoire, oùl’Attique bénéficie du reflux de l’art ionien vers la Grèce de l’Ouest, se présente aux yeux attentifs comme une des plus laborieuses et des plus fécondes en résultats. Artistes et industriels travaillent, cherchent et trouvent. Une sorte de bouillonnement de sève, partout, révèle la puissante vitalité de cet art, qui, cependant, est à peine arrivé encore à l’âge de l’adolescence. La statue, impatiente de liberté et de mouvement, commence à s’affranchir allègrement de cette loi de frontalitê2, que les diverses plastiques de l’Orient