‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 207 sur 312 · Cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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pris légitimement aux modèles ioniens l’élégance de leur costume, de leur tenue, de leurs gestes, tout ce qu’il était bon d’en prendre ; mais ce n’est pas à ces modèles-là qu’elle doit son air de dignité calme et de grandeur simple ; et une œuvre plus importante encore et plus instructive, le fronton de la Gigantomachie , nous a montré comment l’art attique avait su sauvegarder les fortes qualités qui lui étaient propres, en même temps qu’il s’enrichissait de tous les progrès réalisés alors par les Ioniens dans la science délicate du modelé.

Entre les services de divers genres que les Ioniens, par la propagation de leur art, ont rendus au reste delà Grèce, il y en a un dont l’étendue est malaisément discernable, et qui, en raison de sa nature, a dû échapper à ceux mêmes qui en profitaient. Les premières cités grecques qui nouèrent des rapports suivis avec l’Égypte furent les cités de la côte asiatique et des îles voisines. Lorsque ces relations devinrent particulièrement actives, à dater du milieu du vie siècle; que des artistes grecs, dont nous savons les noms, voyagèrent en Égypte et en rapportèrent de précieux enseignements techniques, tels que le procédé de la fonte en creux 1 ; que, dans certaines colonies grecques installées en Égypte ou à proximité de l'Égypte, comme Naucratis et Kyrène, l’art de la métropole eut en quelque sorte ses petites succursales exotiques ; et qu 'enfin des statues égyptiennes furent envoyées jusques en Grèce, par exemple à Samos et à Lindos, — il va de soi que l’art de l’Égypte dut intéresser l’esprit curieux des Grecs et eut une influence sur leur art propre2. Influence profonde? Non pas ; car il existait trop de différences essentielles entre la civilisation grecque et l’égyptienne, et entre les deux formes d’art issues de chacune de ces civilisations ; puis les Grecs, par le fait qu’ils avaient été, au début, laissés à eux-mêmes et à leurs seules forces, étaient trop bien liés par la tradition qu’ils avaient créée et ils étaient, si je puis dire, trop bien partis dans leur voie

1. Parmi les détails techniques relatifs à la statuaire en bronze, on peut citer l’usage égyptien de représenter les sourcils par l’incrustation d’une bande de métal autrement coloré (cf. Perrot, Hist. de l'art , I, p. 649, note 1). Si les Grecs ont souvent fait de même, surtout pendant l’époque archaïque, c’est probablement à l'imitation des Égyptiens.

2. Cf. Au mus. de l'Acrop., p. 410 sqq. ; Bull. corr. hell., XVIII, 1S94, p. 411 sqq. (Pottier) ; Rev. ét. gr., XI, 1898, p. 374 sqq. (Pottier); Perrot, Hsit. di l'art, VII 1, p. 734.

RÉSULTATS DE L’iNFLUENCE IONIENNE

propre pour s’en laisser détourner à la première invitation du dehors. Mais cependant, les Égyptiens, avec leur expérience de tant de siècles, après tant de luttes victorieuses contre les matières les plus diverses et parfois les plus rebelles, étaient des praticiens excellents, et les Grecs, eux, n’étaient encore que des novices, ayant beaucoup à apprendre. Certainement ils ont appris des Égyptiens quelque chose, pour le marbre comme pour le bronze. On admet aujourd’hui quele progrès considérable réalisé au vie siècle dans le type de la statue d’homme debout, grâce à l’avancement d’une des jambes (la gauche ), est dû à l'imitation de modèles égyptiens 1 ; les mêmes modèles ont pu suggérer aussi de détacher habituellement un des avant-bras collés aux flancs et de le redresser à angle droit. Et qui dira, surtout, combien de corrections de détail, dans le modelé des diverses pat ties du corps, a pu suggérer à un artiste intelligent l’étude attentive et minutieuse des statues égyptiennes? Ainsi, je rappelais tout à l’heure2 l’excellence des pieds dans les figures ioniennes, et la forme élégante que leur donne la longueur du second doigt dépassant un peu le gros orteil : on a observé que, dans les statues égyptiennes, ce second doigt est toujours le plus long 3 ; n’est-il pas possible alors que ce détail soit de ceux que les artistes grecs ont empruntés à leurs confrères égyptiens, en ayant reconnu à la fois la justesse matérielle et la valeur artistique4?

Or, quelles que soient la nature et l’étendue des emprunts faits à l'Égypte, il est bien certain qu'ils eurent lieu principalement, et peut-être exclusivement, par l’intermédiaire des cités grecques qui avaient les plus fréquents rapports avec l’Égypte : c’est donc l’art de la Grèce orientale qui les reçut d’abord. Et, les recevant, c’est lui qui eut la tâche de les adapter à ses habitudes, de les fondre dans sa technique antérieure, en un mot de les gréciser. Le reste de la Grèce n’en profita qu’après cette éla-

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