‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 213 sur 312 · Cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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4. Dans nulle autre statue archaïque, on ne trouve, pour ces boucles de cheveux, autant de finesse et de souplesse, et, en même temps, de simplicité et de vérité.

5. C'est dans le visage, sans doute à cause de la nouveauté de certains traits, que le modelé a été le moins poussé.

des oreilles1, qui, d’ailleurs, par une incorrection inattendue, sont trop haut placées. Mais tout n’est pas dit, et il reste les deux traits principaux, qui sont la grande nouveauté et font l’intérêt capital de la figure, à savoir le dessin des yeux et celui de la bouche.

L’enchâssement des yeux et leur forme même présentent quelque chose d’absolument neuf, par rapport à toutes les œuvres antérieures. Dans celles-ci, attiques ou ioniennes, le globe de l’œil, qu’il soit rectiligne ou oblique, est toujours à la fois trop grand et trop saillant, entre des paupières minces, plates et tendues. Ici, il est beaucoup plus petit, plus reculé au fond de l’orbite, sous des paupières épaisses et charnues ; et ce globe est presque trop petit, il a l’air de jouer trop librement dans la cavité qu’il devrait remplir, comme si un peu de vide existait entre sa surface extérieure et les paupières. De plus, la paupière supérieure, jusque là entièrement lisse, ou tout au plus rayée d’un fin trait transversal, est à demi remontée et rentrée sous l'arcade, et donne bien l’impression du mobile rideau qu’elle est en réalité. — A ce changement complet dans le dessin et le modelé de l’œil, il semble 2 qu’on peut assigner les raisons suivantes. Nous sommes à un moment où les sculpteurs, s’étant rendus maîtres des types traditionnels de la statuaire et n'y rencontrant plus nulle difficulté d’exécution, commencent à reprendre détail par détail l’étude de la figure humaine, révisant les habitudes anciennes, redressant les erreurs invétérées ; et, comme ils sont mûrs pour cette tâche, ils atteindront en peu de temps une correction matérielle presque irréprochable. Mais, la coré d Euthydicos appartenant encore au début de cette période d’étude, la juste mesure n’y est pas observée : on dirait que l’artiste, désireux de réagir contre la convention des yeux trop gros et trop sortis, a dépassé son but en faisant le globe de l’œil trop petit et trop rentré3. Une nouvelle rectification, dans le sens opposé,

1. L'oreille est, d'ordinaire, une des parties les plus négligées des figures archaïques : cf. Bull. corr. hell., XX, 1896, p. 452, note 5(Pottier) ; Monuments grecs, II, n"s 23-25, 1895-1897, p. 63 (Collignon); Rev. arch., 1900, II, p. 198 (Pottier).

2. Je tcâche d'abord d'expliquer les nouveautés de cette figure par ellemême et par les monuments de l’âge antérieur; nous verrons plus loin si cette explication suffit, et s’il n’est pas nécessaire de faire intervenir des éléments qui jusqu'alors n'étaient pas entrés en ligne.

3. Les paupières sont aussi trop lourdes, et celle d’en haut devrait être davantage remontée.

COURANT ATTICO-DORIEN

deviendra donc nécessaire. Ce ne sera plus, d’ailleurs, qu’une retouche légère, et dès maintenant le résultat principal est acquis : avec cette statue, c’en est fini de ce qu’on peut appeler Y exophtalmie archaïque.

Et c’en est fini aussi du sourire archaïque. Car le dessin de la bouche a, sur ce point, la plus nette signification. Non seulement la bouche ne sourit pas ; mais on sent — telle est du moins l’impression première — que l’artiste a voulu qu’elle ne fût pas du tout souriante et, comme par crainte qu’on ne s’y trompât, il a en quelque sorte écrit lisiblement, trop lisiblement, sa volonté sur les lèvres mêmes de la figure. Ces lèvres, en effet, expriment le contraire du sourire ; elles ont plutôt un air de tristesse et de bouderie. Comment expliquer ce trait? N’est-ce pas que le sculpteur, attentif à réagir contre une convention qui tendait la bouche en arc et plissait la chair des joues, ne s’est point borné à détendre l’arc de la bouche, et l'a quasi retendu à l’inverse? N’est-ce pas que, soucieux de ne plus relever, si peu que ce fût, les coins des lèvres, il les a un peu trop abaissés ? Bref, dans le dessin de la bouche autant que dans celui de l’œil, il aurait été un peu au delà de son but, et il se serait imposé à lui-même la nécessité, pour l’avenir, de faire un pas en arrière. — Enfin, à ces deux traits qui modifient déjà de la façon la plus notable l’aspect de la physionomie, s’ajoute que la forme du visage, sous le triangle dessiné parles deux bandeaux de la chevelure, est moins allongée qu’auparavant ; que le profil en est presque vertical, le nez continuant le front suivant une ligne droite, ou peu s’en faut ; et que la partie inférieure du visage parait plus importante, le nez étant plus court que jadis, voire coupé un peu court.

L'auteur inconnu 1 * * * * de la coré d'Euthydicos ne fut donc pas un simple continuateur de la tradition attique, telle que la représentent, à deux de ses étapes précédentes, par exemple

1. MM. Winter et Wolters ( Athen . Mittheil., XIII, 1888, p. 123, note 1) ont

supposé que, peut-être, la base portant la dédicace au nom d'Euthydicos se

continuait par une autre base qui porte la signature de l’artiste Euthyclès (cf. Inscr. altic., I, Suppl., 373-06 ; Lolling, Calai, inscr. Acrop., p. 47, n" 47).

— Mais cette hypothèse me paraît prêter à des objections graves. D’abord la

forme de certaines lettres n’est pas la même dans les deux inscriptions. D’autre

part, la base au nom d’Euthyclès est carrée; et on imagine mal que cette base carrée ait pu être complétée par un haut de colonne cylindrique, avec chapiteau à échine arrondie et à tailloir rond : cf. Au mus. de l'Acrop ., p. 36.7, fig. 36.

la statue xoanisante et la grande coré signée d’Anténor : il a fait une œuvre qui est, par certains côtés, nouvelle et respire un autre esprit. La question est de décider si les nouveautés de son œuvre sont dues seulement à un progrès intérieur de l’art attique, ou si elles ont pu être provoquées en quelque mesure par des influences extérieures autres que celles qui s’étaient exercées jusqu’alors à Athènes. Mais il est naturel d’attendre, pour examiner cette question, que nous ayons réuni et présenté toutes les sculptures où se retrouvent plus ou •moins ces nouveautés-là.

Face à face, contre les montants d’une baie de porte, au musée de l’Acropole, ont été placées deux petites statues de corés , comme pour mettre chaque visiteur à même de les comparer ensemble et d’apprécier par quoi elles sont pareilles ou différentes. L’une est la coré 687 [Au musée de l’Acrop., p. 161, fig. 12), que nous avons analysée plus haut L La seconde est la coré 688 (Iôid., p. 163, fig. 13); elle doit être de très peu antérieure à l’année 4801 2. Elle porte un costume identique, par le nombre, l’espèce et la disposition des vêtements, à celui de sa voisine plus ancienne ; même ce costume offre certain détail notable, qui est commun aux deux figures et ne se rencontre exactement chez aucune autre3. On est, par là, d’autant mieux préparé à remarquer le caractère nouveau que prend ce costume dans la coré la plus récente. Les plis du chitôn, au lieu d’avoir cet aspect d'ondulations fines et serrées qui était de règle pour la partie supérieure jusqu’en bas du colpos 4, tombent tout droit avec largeur et simplicité. L’himation, au lieu d’être plaqué étroitement contre les épaules, ses plis étant indiqués par quelques traits en creux, a l’épaisseur qui convient à une étoffe de laine ramenée et ramassée sur elle-même ; il se renfle, il tient de la place, on sent qu'il y a du vide entre ses plis ; et le bord, de chaque côté, descend en serpentant avec une souplesse et un moelleux qui ne laissent

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