‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 212 sur 312 · SCULPTURES DE LA SÉRIE ATTICO-DORIENNE · texte numérisé non relu

SCULPTURES DE LA SÉRIE ATTICO-DORIENNE

Puisqu'il u’est pas possible de ranger dans un ordre chronologique certain les quelques sculptures d'esprit anti-ionien écloses au début du ve siècle, le mieux est, sans doute, de choisir entre elles, pour la mettre en tête de la série, celle où les caractères nouveaux se présentent avec le plus de clarté et sont le plus aisément saisissables ; et le choix est limité naturellement aux sculptures de l'Acropole, les seules pour lesquelles il existe un terminus ante quem. Nous prendrons donc d’abord la petite figure mutilée n° 686 [An musée de l'Acrop ., p. 367, fig. 37), en marbre des Iles, qu’on appelle d’habitude la corè d’ Euthydicos , parce qu’à la statue d’où provient le fragment 686, on croit pouvoir attribuer aussi le fragment 609 (Ibid., p. 365, fig. 36), partie inférieure d’une coré, sous les pieds de laquelle est gravée une dédicace au nom d’Euthydicos fils de Thaliarchos1. Sans être certaine, l’appellation se justifie néanmoins par d’assez bonnes raisons pour mériter d’être maintenue jusqu’à preuve du contraire 2. Mais du

1. Le fragment 686 a été maintes fois publié, mais non pas aussi complet qu'il est aujourd'hui. A la bibliographie donnée dans les Mvï]p.sïa -rîjç 'EXXâSoç, pl. XVII, 2, ajouter : S. Reinach, Têtes antiques , pl. 13; Perrot, Hist. de l'art , VIII, p. 593, fig. 29). — Pour l'inscription au nom d'Euthydicos, cf. Inscr. attic ., I, Suppl., 373 1 1 8 ; Lolling, Catal. inscr. Acrop., p. 83, n° 146. Noter qu’on a retrouvé, sur l’Acropole, une seconde dédicace au nom d'Euthydicos, mais plus récente, et dont on ne peut dire si c’est le même Euthydicos, le patronymique n’existant pas : cf. Bull. corr. hell. , 111, 1879, p. 127 ; Inscr. attic., I, Suppl., 373114; Lolling, op. I ., p. 83, n* 145.

2. C'est M. AVinter ( Arch . Jahrbuch, II, 1887, p. 219-220) qui a, le premier, rapproché le torse 686 et le morceau 609, et affirmé que les deux provenaient d'une seule et même statue. Il a donné, à l'appui de son hypothèse, des raisons excellentes ; mais la démonstration matérielle est impossible, puisqu’il subsiste entre les deux fragments une forte lacune. — D’autre part, M11” Ingrid

reste, quant à la question qui nous intéresse à présent, le morceau 609, qui a conservé le bas des jambes et les pieds de la coré offerte par Euthydicos, se trouve n’avoir heureusement aucune importance; et, si la preuve était faite qu’il n’a rien de commun avec le torse 686, la valeur documentaire de celui-ci n’en serait pas du tout affaiblie.

Cette sculpture appelle la première notre examen, parce que, représentant une coré, dans le même costume, avec la même pose du corps, le même geste des bras que les corés déjà connues de nous, elle est, par son extérieur, proche voisine des sculptures qui donnent le mieux, peut-on dire, « la note » de la période antérieure ; et ainsi, à côté des traits qu’elle a en commun avec ses devancières, ceux qui lui sont propres se détachent nécessairement en un relief plus vif. Au musée de l’Acropole, dans cette salle que j’ai appelée le salon des corés, la comparaison est des plus aisées à faire, et elle est instructive singulièrement. Tout d’abord, la figure nouvelle frappe par son air de simplicité. Etant donné qu’elle est vêtue du costume ionien, chitôn long et himation en biais, et qu’elle est coiffée selon l’usage ancien, nappe épandue sur le dos et boucles ramenées par devant chaque épaule, il est difficile de concevoir plus sobre exécution des détails que comportent un tel costume et une telle coiffure. Le chitôn, sur le sein gauche et le bras gauche, est absolument lisse1, sans ces menus

Kjœr (aujourd'hui M"‘ W. Lermann) était convaincue que ces jambes et ces pieds de femme, qui constituent le fragment 609, sont les jambes et les pieds de la coré 674 (Au mus. de l'Acrop ., p. 279, pl. I), et que, par conséquent, le nom de coré d' Euthydicos devrait être appliqué au marbre 674, non plus au marbre 6S6 : cf. American journ. arch., V, 1901, p. 94 (où le nom Kjœr a été écrit, par erreur, Kyar). Or, cette opinion ne doit pas être rejetée à la légère : la personne qui l’exprima est l’auteur d’une excellente copie en plâtre colorié de la statue 674 (cf. H. Léchât, Calai, du musée de moulages de. V Université de Lyon , p. 24, n" 122; Arch. Anzeiger , 1902, p. 134); elle a travaillé plusieurs mois devant ce marbre ; les moindres traits de la facture lui en sont connus, et, si elle .a cru les reconnaître aussi dans le fragment 609, il serait imprudent de ne vouloir rien entendre. Par malheur, cette fois encore, il n’y a pas de démonstration matérielle possible, la cassure en bas de la statue 674 et la cassure en haut du fragment 609 étant séparées par un vide assez large. — En résumé, les raisons alléguées par M. Winter n’ont pas été positivement infirmées, et son hypothèse doit donc être maintenue; mais il faut se souvenir qu’on n'y doit voir toujours qu’une hypothèse : c'est avec cette réserve que j’emploierai ici l’appellation habituelle de coré d' Euthydicos.

1. Rappelons la jolie décoration peinte, représentant des chars au galop, qui en garnissait le bord, au dessous du cou : cf. Arch. Jakrbuch , 11, 1887, p. 217 (Winter) ; Collignon, La polychromie dans la sculpt. gr., p. 33.

COURANT ATTICO-DORIEN

plis ondulés qu’on voit partout ailleurs et qui demandaient force temps et patience ; les plis verticaux de l'himation sont tout plats, sans apprêt, et le bord du vêtement en travers de la poitrine est réduit, au lieu des gracieux festons habituels, à un raide faisceau de quatre ou cinq baguettes renflées. L’arrangement des cheveux est aussi des plus simples : divisés au milieu du front par une raie, ils s’en vont, crêpelés par petites ondes, en deux bandeaux qui s’infléchissent sur les tempes, puis remontent et passent derrière l’oreille. Enfin on ne voit de bijoux, ni aux oreilles, ni au cou, ni aux bras 1 ; et la stéphané même, la quasi indispensable stéphané, a fait place à un étroit ruban, auquel on prête à peine attention2. — Un pareil goût de simplicité nous est déjà apparu dans certaines statues de la période précédente, dans celles qui ont le mieux gardé, sous leur extérieur ionien, l'esprit de l’ancien art attique ; cependant, nous ne l’avions pas vu encore si nettement marqué, si voulu, et ayant, en quelque sorte, si bien pris conscience de lui-même.

Nous sommes avertis par là que l’œuvre doit ressortir au vieux fonds attique; et cette première indication est renforcée, en effet, par un autre détail significatif. La construction de la tête, au crâne relativement petit, arrondi, mais ne fuyant pas en arrière, le front presque vertical, les plans simples des joues, le menton large et bien assis, sont des traits que nous avons remarqués et expressément signalés dans les œuvres attiques de la période primitive3. Si notre analyse était complète ainsi, il suffirait donc de dire que cette statue continue la série des sculptures dénommées plus spécialement « attiques », par opposition aux « ioniennes », et qu’elle est la plus récente de toutes, comme en témoigne la légèreté de main avec laquelle ont été taillées les boucles de cheveux sur les épaules4, comme en témoigne aussi la qualité du modelé, généralement aisé, souple et ferme5, et enfin l’exécution délicate et juste

1. Le bras gauche subsiste seul, il est vrai; mais c'est à ce bras-là que se portait ordinairement le bracelet : cf. Au mus. de l'Acrop., p. 214.

2. Il était jadis décoré d'un méandre peint ; mais la couleur a disparu : cf. Arch. Jahrbuch, II, 1 S 8 7 , p. 218 (Winter).

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