‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 222 sur 312 · COURANT ATTI CO-DO RIEN · texte numérisé non relu

COURANT ATTI CO-DO RIEN

repliait sur ses propres traditions. Mais nous devons d’abord faire un loyal effort dans ce sens, en tenant compte, naturellement, du progrès normal que l’art avait dû accomplir pendant la vingtaine d’années écoulées depuis le fronton de la Gigantomachie ou la grande coré d’Anténor. — Ainsi l’enchâssement et la forme des yeux, si différents de ce qu’ils étaient auparavant, ne pourraient-ils point, par cela seul qu'ils approchent davantage de la réalité vivante, être le simple résultat d’une observation plus attentive, plus réfléchie? Il fallait que ce progrès arrivât quelque jour, et il est, en principe, indépendant d’un style quelconque; on n’y doit pas chercher d’autre cause, à moins d'une indication contraire, que l’effort heureux des artistes travaillant à atteindre un rendu plus exact de la forme. On interpréterait d’une façon analogue le redressement du profil, c’est à dire le rapport nouveau qui existe entre la ligne supérieure du crâne et la ligne du front et du nez. Cette fois pourtant, il s’agit de quelque chose déplus, à savoir d’une « stylisation » du type humain, d’une légère correction des données de la nature en vue d’une idée particulière de la beauté. Mais il n’y a rien d’impossible a priori à ce que cet idéal, que l’Attique devait faire sien et développer, ait eu son germe aussi en Attique.

Une difficulté plus sérieuse se présente pour le dessin de la bouche, là où il est le mieux caractérisé, dans la coré d'Euthydicos et la tête d ’Éphèbe blond. II nous a paru, au premier regard, qu’un tel dessin marquait une réaction voulue contre le sourire factice des corés ioniennes. Mais comment cette réaction s’est-elle produite ? Il n’en est pas de la bouche comme de l’œil : on ne peut pas dire que la forme nouvelle que nous lui voyons résulte d’une observation plus juste et d’un progrès dans le rendu ; des lèvres boudeuses n’ont rien de plus «vrai» que des lèvres souriantes, et ce n’est pas témoigner d’une technique plus habile que d’abaisser les coins de la bouche au lieu de les relever. D’autre part, l’ancienne sculpture attique ne nous a jamais rien montré de pareil : les têtes des plus vieilles figures en pierre tendre sont souriantes; le Moschophore, la statue xoanisante, la coré d’Anténor, si leur sourire est plus discret que celui des têtes ioniennes et s’il le parait davantage en raison de la pose non oblique des yeux, du moins ont toujours les lèvres éclairées d’un sourire. La coré d’Euthydicos et VÉphèbe blond n’offrent, sur ce point, rien de

commun avec les têtes les plus « attiques » de l’époque antérieure, et ne sont guère moins éloignées de celles-ci que des têtes « ioniennes » : il n’y a là ni retour vers le passé, ni progrès d’ordre technique; il y a changement du caractère, et c’est par ce changement que les deux œuvres sont le plus nouvelles.

Or, un tel changement est-il venu de l'initiative personnelle d’un artiste attique, et serait-il dû simplement, comme nous l’a fait dire plus haut1 2 la première impression ressentie devant cette nouveauté, à une sorte d’agacement et de mauvaise humeur causée à la longue par l’éternel « sourire archaïque »? Il faudrait bien tenir cette explication pour suffisante, si nous ne rencontrions, vers la même époque, ce dessin particulier de la bouche ailleurs encore que dans l’art attique. — Une petite tête de femme, en marbre, trouvée en Sicile, et probablement à Sélinonte-, offre une ressemblance frappante et singulière avec la tête de la coré d'Euthydicos 3 : même profil droit, même forme triangulaire du front sous les deux bandeaux de la chevelure qui, de la raie médiane, se dirigent en ondulant vers la tempe et l’oreille, même facture du globe de l’œil et des paupières, surtout même dessin de la bouche, avec les coins de la lèvre supérieure nettement abaissés. La ressemblance s’étend jusqu’aux détails secondaires; dans la tête sicilienne comme dans l’athénienne, la chevelure est ceinte d'un ruban plat au lieu de la stéphané, le haut du crâne au dessus de ce ruban est resté lisse, et les oreilles n’ont pas leur ornement habituel. En raison de ces ressemblances, va-t-on attribuer la tête sicilienne à un sculpteur attique? Mais M. Kékulé4 a justement observé que cette tête n’est pas du tout isolée dans son pays d’origine, que le type du visage, le dessin de l’œil et de la bouche, la forme du menton, le travail des che-

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