‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 221 sur 312 · N" 111. Cf. Conze, AU. Grabreliefs , 36, pl. XV · texte numérisé non relu

N" 111. Cf. Conze, AU. Grabreliefs , 36, pl. XV

2. N° 694. Cf. Brnnn-Bruckmann's Denkmæler, 326, adroite en haut (Arndt). A la bibliographie donnée par M. Arndt, ajouter : Bull. corr. hell., XII, 1888, p. 437 (II. Léchât). — Au moment de la découverte, on voyait encore des traces de bleu sur le bord de l’himation et des traces de rouge sur ce qui subsiste de la chevelure par derrière ; ces traces ont disparu depuis lors.

tateur), les jambes de profil, le torse de face ; la main droite devait relever les plis de la draperie et la main gauche reposer sur la hanche ; les ailes sont collées derrière les épaules, se prolongeant l'une l'autre sur une ligne horizontale. C’est donc encore tout à fait le type primitif de la Nike ailée ; le sculpteur l’a pris, tel que le lui fournissait une tradition déjà vieille de plus d’un demi-siècle, et l’a reproduit tel quel, sans chercher à y réaliser un progrès quelconque. La nouveauté de son œuvre réside dans le vêtement1. Celui-ci se compose d’un chitôn à manches très courtes et d’un himation agrafé sur l’épaule par une seule fibule et tombant librement à grands plis. Chitôn et himation très différents, par l’aspect et par le travail, de ceux qui vêtent les corés de la période antérieure. Le chitôn est entièrement lisse ; le bord supérieur sur le cou en était marqué à l’aide de la couleur, comme dans la coré d’Euthydicos ; nous en reverrons un semblable, avec de pareilles manches courtes, dans une petite statue à' Athéna ( Au musée de l'Acrop., p. 189, fig. 20), qui date des années 480- 460. Quant à l’himation, très ample, rabattu en double, il évoque par ses grands plis calmes, exécutés avec tant d’aisance, le noble et sévère péplos des figures d’Olympie. On ne sait ce que les parties détruites de la figure auraient pu ajouter à ces données ; mais, dans l'état présent, on voit avec une suffisante clarté que cette statue est posée en quelque sorte à la limite de deux époques distinctes. Par le sujet ou plutôt par le mode d’interprétation de ce sujet, elle est tournée vers le passé; par le genre de la draperie et par l'exécution de cette draperie, elle penche vers un style nouveau qu’un prochain avenir va développer : style plus simple, plus sobre, moins brillant, mais plus sincère que celui dont les Ioniens avaient été les actifs promoteurs.

Cette réunion de quelques sculptures, qui sont presque toutes antérieures à 480, et dont la plus récente (la stèle du Pirée) demeure conforme aux autres essentiellement et n'est même pas la plus significative de toutes, nous fait apercevoir les traits

1. Cf. Arndt, l. fin de la notice. — M. Arndt a très justement noté le contraste entre la nouveauté dans le costume et l’archaïsme traditionnel dans le type.

Fig. 30. — Statue de Aï/ce, n" 094 (Acropole).

titre attique au commencement du ve siècle.. Les causes de

d’un

COURANT ATTICO-DORIEN 37{

changement qui s’est produit dans la sculp-

principaux

ce changement sont diverses; et c’est une affaire délicate, de les déterminer avec certitude et d’attribuer à chacune sa juste valeur.

Le premier trait, le plus général, est un goût marqué de simplicité. Ce goût se manifeste par des moyens variés, mais qui aboutissent au môme but. Les cheveux de la femme ne sont plus astreints à des frisures compliquées; ceux de l’homme sont coupés court, ou, quand ils restent longs, sont du moins nattés et noués d'une façon pratique, et les frisures d’autrefois en sont exclues. Dans le costume féminin, apparait une mode de draperie plus sévère, dédaigneuse des petits plis minutieux et du serpentement indéfiniment prolongé des broderies peintes sur les bords; ce qu’on peut appeler la draperie verticale, à larges cannelures, tend à remplacer la draperie biaise, aux dispositions plus capricieuses ; ou bien, lorsque le costume garde encore la forme ancienne, son aspect du moins a changé, par la suppression de maints détails décoratifs, par une qualité d’exécution plus sommaire, plus unie. — Cet esprit de simplicité correspond, sans nul doute, à une modification dans les moeurs et usages du temps ; nous aurons à le constater aussi, en effet, sur les œuvres de la seconde série, qui seront groupées au chapitre suivant. Ce n’est pas les artistes, on le comprend, qui inspiraient à leurs contemporains tel genre de coiffure ou de draperie; c'est le goût public, au contraire, qui se répercutait dans les productions de la sculpture. Mais, si l’entraînement du goût public vers l’Ionie et les choses de l’Ionie avait, cinquante ans plus tôt, aidé puissamment à l’introduction et à l'influence de l’art ionien en Attique1, il va de soi que, ce goût se détournant à présent vers d’autres objets, l’art qui en était l’expression devait, à son tour, se détacher des modèles ioniens. Et il est remarquable que l’auteur de la corè d'Euthydicos, habillant sa corè à l'ionienne, en a pourtant traité le costume avec un éloignement des recherches élégantes, un parti pris de sobriété, qui est quasi opposé, peuton dire, à l’esprit même de ce costume.

Quant aux autres caractères nouveaux, que nous avons analysés en détail dans la corè d’ Euthydicos, il ne suffira peutêtre pas, pour les expliquer, de dire que la sculpture attique tendait à s’éloigner des modèles ioniens et, en quelque sorte, se

Page 1