‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 250 sur 312 · Cf. Monutnents Piot, IV, 1897, p. 172-173, lîg · texte numérisé non relu

Cf. Monutnents Piot, IV, 1897, p. 172-173, lîg

6. Cf. plusieurs motifs analogues dans la frise du Trésor des Cnidiens à Delphes (Homolle, Fouilles de Delphes , IV, pl. VII-X) et un relief, plus ancien encore, de Cyzique, au musée de Constantinople {Bull. corr. hell ., XV11I, 1894, p. 493).

mélange avec ses anciennes qualités propres, donné comme une âme nouvelle. Quelle que soit, dans le fond, la somme des apports ioniens, il est sûr que la Xs-tôtvjç et la yâpiç qui distinguent cette œuvre sont bien attiques et qu’elles vont continuer à s’épanouir par le seul effort de l'art attique. Du reste, on retrouve dans telle sculpture athénienne de la période antérieure quelques-uns des caractères les plus apparents de celle-ci. Par exemple, que l’on examine la jambe gauche posée sur le char, la netteté de son contour, avec le ressaut ferme des muscles et la dure arête du tibia : c’est la même qualité de facture que nous avons jadis constatée dans la petite corê 672 Q une de celles qui sont demeurées le plus attiques tout en s’efforçant à imiter le genre des Ioniens.

Le relief Déesse montant en char n’est qu’une partie d’un ensemble plus développé, comportant des personnages divers. La destination de cet ensemble n’est pas connue; on doit présumer qu’il décorait la base haute et large de quelque grand monument votif-. A la même base sculptée doivent appartenir encore certains autres fragments3, réunis au musée de l’Acropole, dont le plus notable nous a conservé le haut d’une figure d’homme, désignée généralement sous le nom d'Hermès 4; ce nom s'impose, en effet, dès lors qu’on reconnaît une divinité dans la figure du relief précédent. Le dieu-messager précédait sans doute un char divin, puisque tel était un de ses offices ordinaires : soulevé par les ailettes rapides de ses talons, il passait légèrement, torse de face, tête de profil, vêtu d’un fin

2. M. Studniczka (Arch. Jahrouch,\ 1, 1891, p. 243, note 20) a indiqué que ce monument pouvait être le quadrige de bronze élevé sur l’Acropole après la victoire d'Athènes sur les Béotiens et les Chalcidiens en 506 ou 505. Notre relief serait donc antérieur à 500 : une telle date me parait inadmissible, comme trop ancienne.

3. Ce sont : 1“ un morceau de plaque avec tête et cou d'un cheval (photographie à l’Institut allemand d’Athènes : Akr. 167 ; cf. Friederichs-Wolters, Gipsabgüsse, 98 ; Studniczka, dans Arch. Jahrbuch , VI, 1891, p. 243, note 20; Lepsius, op. L, p. 75, n° 81 : marbre pentélique) ; 2° bas d’une plaque, brisé en trois morceaux qui se raccordent : char attelé de quatre chevaux dont il n’y a plus que les jambes postérieures et les queues ; derrière la caisse du char, personnage drapé debout, très mutilé; 3° fragment de plaque, avec une partie de l’avant-train et de l’encolure de deux chevaux (les n“s 2 et 3 sont réunis sur une seule photographie, à l’Institut allemand d’Athènes : Akr. 165).

4. N° 1343. Cf. Nuove Memorie dell' Inst., pl. XIII, en haut, p. 408 sqq. (Conze) ; Sittl, Die Patrizierzeit cl. gr. Kunst, pl. III, 22 ; Collignon, Itist. sculpt. gr., I, p. 378, fig. 195 ; Pawlowski, op. L, p. 295, fig. 107 ; Arch. Jahrbuch, XI, 1896, p. 265, fig. 8 (Studniczka) ; Perrot, Ilist. de l’art , VIII, p. 653, fig. 334.

COURANT ATTICO-IONIEN

chitôn qui laisse nus ses bras et ses épaules, la barbe longue et pointant en avant, les cheveux relevés par derrière et noués en crobyle, la tête couverte d’un pétase à grands bords. Le morceau est charmant, et l’exécution y a les mêmes qualités que dans la figure de la déesse. Le fin plissé du chitôn est exprimé avec une souplesse heureuse, et, si l’on rappelle à ce propos le chitôn ondulé et collant des corés du vi° siècle, ce ne doit être que pour constater le progrès accompli dans le rendu de ce genre de vêtement; car ici on sent que l’étoffe n’est plus étroitement adhérente au corps : largement ouverte sous le cou, libre et lâche sous l’aisselle, froncée en plis pressés autour des épaules, elle témoigne partout d’une observation meilleure et plus simplement juste. Même finesse dans le travail des cheveux et dans celui de la barbe dont la pointe s'allonge avec un air de fierté provocante ; et, tandis que le cou et les bras sont d’un modelé vigoureux et ferme, robustes et pleins, d’une force vraiment virile, le profil délicat du visage, l’oreille petite et soignée dans son encadrement de cheveux, enfin le joli complément qu’apportent à la coiffure en crobyle la cloche aplatie et les grandes ailes du pétase, sont d’une élégance juvénile, délicieuse, raffinée sans mièvrerie, naturellement charmante : on y respire la fleur toute fraîche et odorante du plus pur atticisme.

En dehors de l’Acropole et d’Athènes même, à Delphes, ont été découverts une série de reliefs attiques, de la plus grande importance, parce qu’à tous les autres motifs d’intérêt qu’on y trouve, ils joignent le rare avantage d’être exactement datés. Ce sont les métopes du Trésor des Athéniens , lequel fut érigé après la victoire de Marathon, soit entre 490 et 485 h II y en avait vingt-quatre ; et toutes sans exception, plus ou moins mutilées, ont été rendues au jour1 2. J’en retiendrai seulement ici quelques-unes entre les plus complètes et les plus instructives; et, en attendant la publication prochaine deM. Homolle,

1. Cf. Bull. corr. Iiell ., XX, 1896, p. 608 sqq. (Homolle)'. M. Pomtow ( Arch . Anzeiger , 1898, p. 43 sqq.) avait assigné au Trésor une date plus ancienne, antérieure à 500 , et M. Furtwængler ( Beschreibung d. Glypt. zu München , p. 162) avait d’abord adopté cette opinion. Depuis, M. Furtwængler ( München . Sitzungsb., 1901, p. 392 sqq.), après une étude personnelle de la question, a reconnu que la seule date possible était celle de 490 et années suivantes.

2. Cf. Homolle, Fouilles de Delphes, IV, pl. XXXVI11-XLV11I; Bull. corr. Iiell., XVII, 1893, p. 612 (Homolle).

sur laquelle je ne puis ni ne voudrais empiéter, j’indiquerai l’essentiel de ce qu’elles nous apprennent, à mon avis, pour l’art qui les a produites.

Des inégalités et différences de travail, qu’un examen attentif fait vite découvrir — ici, des bouches finement dessinées, des yeux minutieusement découpés; là, des lèvres presque aussi épaisses aux commissures qu’au milieu, des globes d’œil pareils à de grosses amandes mal taillées — prouvent que ces reliefs, comme on devait d’ailleurs le supposer a priori , n’ont pas été exécutés tous par la même main. Plusieurs artistes s’y sont employés, et ce n’est pas aux seuls traits que je viens de dire que se reconnaît cette pluralité ; il y a d’autres différences, d'un caractère plus général, et qui correspondent, peut-on dire, à des natures artistiques différentes. Mais du moins ces sculpteurs avaient une origine commune ; on voit bien qu’ils venaient d’Athènes; et c’est l’esprit attique qui anime également tous ces reliefs, en dépit des diversités de l’exécution. Aussi bien, celles-ci n’ont pas de quoi nous surprendre; elles sont de la même sorte et elles ont le même sens que celles que nous ont révélées les sculptures déjà énumérées au présent chapitre ; elles témoignent, à leur tour, en termes plus décisifs encore, d’une croissante liberté dans le choix des moyens et dans l’expression chez des artistes qui partaient cependant du même point et tendaient an même but, qui étaient des Attiques élèves des Ioniens, et qui développaient, chacun selon son tempérament propre, l’ancien idéal ionien, désormais atticisé.

Un des traits les plus intéressants de ces reliefs, celui qui s’impose tout de suite à l’attention, est le dessin précis, fortement appuyé, souligné jusqu’à la recherche anatomique, dans les formes des personnages nus. Voici, par exemple, la métope représentant Héraclès et la biche L Le héros a saisi, de la main gauche, la biche par son bois, et, de la main droite, il brandissait une arme aujourd’hui disparue. Le genou gauche appuyé sur la croupe de l’animal, il nous présente, presque de face, son corps à la fois penché en avant et tordu; et on ne saurait citer, dans la sculpture archaïque, un torse humain qui ait été fouillé et découpé avec un plus vif désir de préciser le jeu des muscles et l’attache des os. C’est presque un corps d’écorché. Le ventre est cerné d’un large sillon qui isole et fait saillir la cage

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