Cf. Athen. Mittheil., XV, 1890, p. 1 sqq
4. Cf. Arch. Jahrbuch, VIII, 1893, p. 145 (Winter); Pauly-Wissowa’s Real-
Encycl., art. Antenor(S) (C. Robert); Springer-Michaelis, Uandbuch.7 , p. 174.
LES TVRANNOCTONES
d’Anténor aurait dû exciter l’intérêt davantage que celle de Critios et Nésiotès : elle était la première en date, et avait été exécutée par un homme qui avait certainement connu les deux héros; à elle s’attachaient les noms de Xerxès et d’Alexandre, le souvenir de l'invasion perse en Attique et de la conquête grecque en Orient; elle était comme chargée d’histoire. Mais disons tout de suite que cette raison de « sentiment » ne saurait peser en rien dans la discussion1 2.
Il importerait avant tout de savoir la date de l’œuvre d’Anténor. On a proposé récemment de fixer cette œuvre à 487-; elle aurait donc précédé de dix ans seulement celle de Critios et Nésiotès : une date si récente changerait de la façon la plus sérieuse les données du problème. Mais aussi il me paraît bien malaisé de l'accepter. La cité athénienne doit avoir voulu payer sans retard sa dette de reconnaissance à l’égard des deux citoyens qui avaient failli renverser la tyrannie, et dont la tentative, en remuant profondément l’âme populaire, avait été le plus grave coup porté au régime existant et le signe avant-coureur de sa chute prochaine. L’idée d’un monument à élever en l’honneur des Tyrannoctones était comme la conséquence naturelle de l’expulsion des Pisistratides, et de l'idée on dut passer à l’acte, aussitôt que les circonstances le permirent : nous avons dit3 que la date la plus propice à la réalisation du projet était les environs de 505. Date, non pas certaine, mais si vraisemblable qu’il faudrait avoir de fortes raisons pour lui en préférer une autre. Or, ces raisons n’apparaissent pas; peut-être même s’en laisse-t-il entrevoir une contraire. C’est une chose remarquable, en effet, que l’empressement avec lequel les Athéniens tinrent à relever, au milieu des ruines de leur ville, les statues d'Harmodios et d’Aristogeiton. Pour que les deux bronzes aient été coulés et mis en place dès 477/476, il est nécessaire que la commande en ait été faite quasi dès les premiers jours où Athènes commença de renaître. Il est vrai
1. M. Hauser [Arch. Jahrbuch, X, 1893, p. 203, fin de la note 26) y a, d’ailleurs, fort justement opposé une raison de fait, tirée des préférences particulières que les Romains ont montrées en matière d’archaïsme ; ils portaient d’habitude leur choix sur l’archaïsme le plus mûri, le plus adouci, en somme le moins archaïque : des deux groupes des Tyrannoctones qui s'offraient à l’amateur romain désireux d’en avoir une copie, c’était donc le plus récent qui devait lui agréer le plus.