Cf. Collignon, Hist. sculpt. gr., I, p
3. Une autre œuvre encore de Critios et Nésiotès, sur l’Acropole, était sûrement en bronze, d’après les traces laissées sur la base : c'est celle qu’avaient dédiée Gallias et Opsios (cf. Lolling, op. I., n* 59; Lœwy, op. I., n" 38).
4. Cf. Arch. Anzeiger, 1889, p. 147; 50BS Berlin. Winckelmprogr., p. 132, 150; Meisterw. gr. Plastik , p. 76, note 2; München. Sitzungsb., 1897, II, p. 128.
5. Maintes fois publiée et commentée. Cf. Brunn-Bruckmann’s Denkmæler, 461, B ; ’Eçvpj.. àpy., 1888, pl. III (la tète seulement), p. 85 sqq. (Sophoulis) : Collignon, Hist. sculpt. gr., I, p. 374-375, fig. 191-192: Pawlowski, op. I., p. 113, fig. 28, et p. 148, fig. 42; Bulle-Hirth, Schœne Mensch : Alterlum, pl. 52. — Il n’y a pas lieu de rappeler les articles assez nombreux publiés au temps où le torse portait une tète qui ne lui appartenait pas(cf. Athen. Mittheil., V, 1880, pl. 1) : ces articles discutaient surtout si la tête était ou non celle de la statue, et la question a été, depuis, tranchée définitivement ; d’aidre part, la présence de cette tète iniluait nécessairement sur le jugement qu'on prononçait sur l’ensemble, et ce jugement a dû être révisé.
Fig. 38. — Statue d 'Ephèbe (Acropole).
4b 4 LA SCULPTURE ATTIQUE AVAÎsT PHIDIAS
jeune corps vigoureux, solidement posé, avec un air d’assurance fière, de tranquille crânerie ; bien que l’éphèbe représenté n’accuse pas plus de quinze ou seize ans, les formes sont celles d’un adulte, un peu réduites de proportions et un peu adoucies de contours; elles sont pleines et fortes, rendues avec justesse et aisance; et ce serait se méprendre beaucoup, de croire que la simplicité de cette attitude de repos provient d’une incapacité encore d’exprimer le mouvement. La tête offre le même caractère de calme et de force que le corps; elle a un aspect plus viril que juvénile; c’est aussi une tête d’adulte, à dimensions réduites. Le menton est allongé et un peu lourd, les lèvres serrées, le nez fin, les oreilles petites et fouillées avec soin. Les yeux, qui étaient figurés par une matière vitreuse ou quelque métal coloré, afin de donner l’illusion de l’œil vivant, ont disparu, laissant vides deux cavités profondes, que borde en haut une paupière bien remontée. L’exécution des cheveux mérite d’être décrite : la tête est entourée d’un cercle rigide qui pose sur le haut du front et s’abaisse par derrière presque jusqu’à la nuque; les cheveux sur le crâne sont simplement peignés, avec de molles ondulations; puis, arrivés au cercle que je viens de dire, ils se divisent en boucles nombreuses qui s’enroulent autour de ce cercle, passent dessus, repassent dessous, formant ainsi une épaisse couronne; et leurs extrémités, sur les tempes et sur la nuque, se plaquent en mèches courtes, en petits frisons fins, ciselés avec une délicatesse un peu sèche qui rappelle le travail du bronze.
Ce dernier trait doit déjà retenir l’attention : la chevelure donne si bien l'impression d'un travail métallique qu’il nait de là un léger contraste entre l’exécution de la tête et celle du corps. On en doit conclure, il me semble, que l’auteur, s’il n’avait lui-même la pratique du bronze, avait du moins étudié avec un soin particulier certaines œuvres en bronze et peut-être avait eu l’intention formelle de les imiter. De toute façon, c’est à des modèles de provenance « dorienne » que nous devons penser, et, en effet, c’est du côté dorien que nous trouvons à faire mention, relativement à cette tête, soit de ressemblances étroites ou de fortes analogies. Ainsi la belle petite tête en bronze, découverte sur l’Acropole1, à propos de laquelle a été prononcé le nom d’Hagéladas ou d’Hégias, élève
■1. Cf. ci-dessus, p. 377.
présumé d’Hagéladas, offre une parenté certaine avec la tête de YÉphèbe 698 ; et cette parenté n’est pas seulement d’ordre général ; elle se précise jusque dans d’assez menus détails, comme la courte mèche de cheveux plaquée entre la tempe et l’oreille. Une analogie non négligeable, pour ce qui est de la disposition de la chevelure, doit être signalée également avec YÉlectre du groupe Oreste et Électre de Naples', laquelle est, selon toute probabilité, la copie plus ou moins arrangée d’un bronze péloponnésien appartenant à la première moitié du ve siècle. Mais un rapport bien plus prochain s’aperçoit, si l’on compare YÉphèbe de l’Acropole avec le Sélinous en bronze de Castelvetrano1 2 : des deux côtés, la couronne de cheveux autour du crâne est la même, pareillement découpée en gros quartiers espacés, de façon à laisser reparaître de place en place le cercle de métal qui en fait l’armature. Et dans une autre sculpture sicilienne encore, dans la métope de Sélinonte représentant Artémis et Aclæon 3, nous trouvons que la tête d 'Actæon est coiffée exactement de la même manière. Ces rapprochements précis manifestent clairement de quel côté l’auteur de YÉphèbe 698 portait ses préférences et à quelle école il demandait ses modèles. Ce sont ceux par qui s’était faite l’éducation artistique de Critios et Nésiotès, et qui avaient décidé du caractère des œuvres sorties de leur commun atelier. Aussi est-il naturel qu’on songe d’abord à attribuer à ces deux artistes encore la statue de marbre de l’Acropole.
Dans le temps même où la tête véritable n’était pas connue, M. Furtwængler4 avait déjà indiqué la parenté qui existe entre le corps de YÉphèbe et celui d ' Harmodios. La découverte de la tète a eu pour effet de resserrer cette parenté, puisque la
1. Cf. Brunn-Bruckmann’s Denkmæler, 306; Collignon, Ilist. scutpt. gr., II, p. 662, flg. 347. Pour le rapprochement entre la tête d'Éleclre et YÉphèbe de l'Acropole, cf. Athen. Mittheil., XI 11, 1888, p. 226 (Wolters); ’Etpvip.. ipy-, 1888, p. 86 (Sophoulis). — On peut joindre à cette tête d 'Electre la tête de Pylade du groupe Oreste et Pylade au Louvre (cf. Brunn-Bruckmann’s Denkmæler, 307; Collignon, op. 1, p. 663, flg. 348); elle est du même type et a la même origine.