‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 309 sur 312 · ÉPANOUISSEMENT DE L ART ATTIQUE · texte numérisé non relu

ÉPANOUISSEMENT DE L ART ATTIQUE

et voluptueux, de Y Aphrodite dans l’aile droite1, une opposition analogue à celle que nous constations tout à l’heure chez la Déméter et la Coré du relief d’Éleusis? Et, que cette opposition soit en juste accord avec le caractère opposé des divins personnages, que la draperie ait été en ce cas un instrument d’expression non moins sensible, probablement même bien plu? sensible que la physionomie du visage, et que le sculpteur ait montré par là le sens le plus sûr et le plus délicat dans le maniement du langage plastique, cela est évident et je n’ai d’ailleurs pas à développer ici cet éloge; je veux rappeler seulement que les moyens, dont Phidias a fait ce magistral emploi, lui avaient été préparés par le travail antérieur de l'école, qu'il les a trouvés devant lui, à disposition : mais restait à savoir en user supérieurement; user des deux genres à la fois, chacun en son lieu; réunir en soi, selon la mesure possible, des aptitudes jusque là divergentes; les faire réagir l’une sur l’autre ; tempérer également d’atticisme la tendance ionienne et la tendance dorienne ; et bref, ramasser tous les rayons de l’art grec en un centre unique, d’où ils raj'onnassent ensemble, avec une splendeur singulière. C’est en quoi parait avoir consisté le meilleur du génie de Phidias.

Elève d’un maître argien ou d’un maître qui représentait en Attique l’enseignement de 1 école argienne, il garda de cette première éducation une empreinte qui ne s’effaça pas (et que nous apercevrions peut-être davantage encore dans ses grandes statues isolées). Mais il était Athénien de naissance, et l’esprit attique vivait en lui, et tout le patrimoine de l’école attique était à lui. De plus, s’étant porté un moment du côté de la peinture, et ayant eu toujours auprès de lui, en son frère Panænos, un peintre de talent, il dut ne rien ignorer des découvertes de cet art aux procédés plus souples, en avance sur la sculpture, et de qui celle-ci pouvait heureusement s’inspirer pour l’ordonnance des compositions à nombreux personnages et pour le détail des attitudes et des gestes ; et ainsi, il fut particulièrement à même de tirer profit de ces peintures de Polygnote et de Micon2, par lesquelles, une fois encore,

1. La prétendue « Parque » couchée. Pour ces appellations ( Déméter et Coré , Aphrodite), cf. , en dernier lieu, l'élude de M. Studniczka : Arch. Jahrbuch, XIX, 1904, p. 2 sqq. et p. 8.

2. Cf. Michaelis, Von ariechischer Malerei (Deutsche Rundschau, mai 1903), p. 217-218.

quelque chose de l’esprit ionien s’introduisait et se fixait en Attique. Enfin, l’amitié dont il était uni avec Périclès ne nous est-elle pas un sûr garant d’une large et haute intelligence, capable de s’associer à la noble ambition patriotique de son ami et d’aider, pour sa part, à la réalisation du dessein qu’avait Périclès défaire d’Athènes « la Grèce de la Grèce »*? Sa part, ce fut les monuments de l’Acropole et surtout ce Parthénon, dont on peut dire qu’il fut, sculptures et architecture à la fois, l’œuvre la plus accomplie, non pas de l’architecture dorique seulement1 2 et de la sculpture attique seulement, mais bien de l’art grec, comme, dans le même temps, le dialecte attique est celui « en qui se réalise le type le plus achevé de la langue nationale »3.

Or, s’il est vrai que les plus parfaits et les plus harmonieux des orateurs ou écrivains attiques n’ont pas créé de toutes pièces leur dialecte, et qu’il fut amené progressivement à son point de maturité par le travail collectif des générations qui s’en servaient avant eux, semblablement le Parthénon n’est pas dû au seul Phidias et aux collaborateurs excellents groupés sous sa discipline : c’est le chef-d’œuvre collectif de l’école attique, qui y contribue tout entière, par son présent et par son passé, par les hommes de génie et de talent qu’elle a le bonheur de posséder alors, et par l’effort accumulé de sa longue carrière. Dès l’origine, l’école attique nous a paru animée d’un esprit qui la mettait à égale distance de l’art « dorien » et de l’art ionien4, et aussi la rendait apte à comprendre et à prendre les qualités distinctes, plus spécialement propres à chacune de ces deux grandes divisions du génie grec5. Elle eut donc déjà cet heureux destin, d’être la terre élue où se rejoignirent, se juxtaposèrent les deux formes d’intelligence, les deux directions de pensée, les deux capacités de création artistique, qui étaient également grecques, également nécessaires

1. Si le mot n'est pas de Périclès, il répond du moins à ses idées.

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