Cf. ci-dessus, p
2. Dans les débris qu'on possède des parties hautes des anciens édifices en pierre tendre, on peut constater, en effet, que les ornements sont exécutés de la même manière que les écailles des serpents ou des monstres marins dans les sculptures des frontons : bandes en relief délimitant des champs creux que remplissait la couleur, alternativement rouge et bleue. Cf. A. Choisy, ll/st. de l'archit., 1, p. 29 i : « Par une tradition qui remonte aux temps où l’outillage ne permettait pas d’entamer profondément la pierre, la sculpture architecturale des premières époques n’est presque qu’une gravure champlevée... »
3. Quelques fragments d’ailes d’oiseaux (aigles et cigognes), qui proviennent
Ce qui reste de la figure à' Athéna est fort médiocre; et cette médiocrité me paraît tenir surtout à ce que la figure est vêtue. Les artistes novices semblent, en effet, considérer le vêtement comme une heureuse chance qui les dispense du plus difficile de leur tâche1 : ils se croient autorisés à supprimer quasi toute indication des formes, parce que celles-ci sont cachées sous la draperie, et, d’autre part, ils font cette draperie lisse et presque sans un pli, parce qu’ils la supposent étroitement collée au corps. Sous la carapace du péplos, les seins ne se devinent même pas, et les deux bras, sous l’himation, semblent ridiculement courts et menus ; les vêtements sont tout en grandes surfaces unies, en plans raides, sans modelé. C’est seulement dans le délicat découpage des broderies au col du péplos et sur les bords verticaux de l’himation que l’artiste a dépensé quelque peine, et aussi dans la taille des boucles de cheveux en cordons de perles décroissantes.
Bien plus remarquable est la figure de Zeus; et elle est, heureusement, beaucoup moins mutilée. Zeus, que désigne la couronne royale dont sa tête est ceinte, est assis sur un trône à dossier et à accoudoirs. La partie pleine du dossier du trône, vue par derrière, offre un grand carré creux, décoré d’un fin dessin en losanges ; le bord du siège proprement dit est coquettement orné par derrière de deux rosaces à huit compartiments, qu’encadrent à chaque extrémité deux bandes de longs chevrons aigus. Sur le siège est posé un coussin, et l’accoudoir de droite disparaît sous une draperie jetée en travers2. Le costume est composé de deux vêtements : chitôn à manches courtes et himation. Le chitôn est décoré sur le col et les manches par un petit ruban de fins alvéoles ciselés en relief; et l’himation porte, à son bord supérieur, une large grecque pareillement ciselée. Ces deux vêtements ne collent pas moins au corps que ceux d 'Athéna, et il en résulte un
des rampants des frontons (cf. ci-dessus, p. 42 ; Wiegand, op. L, p. 31 sqq., fig. 38-42, pl. III, I, 3, S), montrent un pareil genre d'exécution géométrique : demi-cercles en relief circonscrivant des champs creux, coloriés en rouge et en bleu.
1. Se rappeler, par exemple, les statues des Branchides, la statue de femme assise du Dipylon (Mus. nat. d'Athènes, 7), la statue péloponnésienne dite Aqémô (Ibid., 6), la statue de l’Acropole dite Femme à la grenade (Au mus. de l'Acrop., p. 187, fig. 19), dont nous aurons à parler bientôt.
2. Cf. la juste explication donnée de cette draperie par M. Wiegand, op. L, p. 106-107, fig. 111.
FRONTONS DE l’hÉCATOMPÉDON
épaississement général des formes. Mais l’ensemble a bon air; le bras droit est d’un dessin juste, même dans la partie que recouvre la manche du chitôn, et la partie nue est exécutée non sans délicatesse ; vu de face, le torse présente une ampleur de construction, une vigueur de toute l’attitude, qui rappellent les torses du triple Typhon. Cependant on aperçoit une qualité d’un autre genre, plus nouvelle, et qui, par là, nous intéresse davantage : c’est ce goût d’élégance, dont témoigne déjà la fine et agréable décoration du trône. On le constate aussi, sous un aspect différent, dans l’exécution de telle ou telle partie de la figure humaine. Ainsi le pied droit de Zens , heureusement retrouvé, est d’un joli travail, ferme et délicat, plaisant à l’œil ; il ne révèle pas encore une scrupuleuse étude anatomique, mais il manifeste un penchant à l’élégance et à la finesse que nous n’avions pas eu motif de signaler dans les sculptures précédentes. Le même penchant se laisse reconnaître avec plus de clarté dans divers détails de la tête : les cheveux et la barbe y sont très différents de ce que nous avons vu jusqu’ici. Les cheveux sont divisés au milieu du front en deux bandeaux ondulés, sur l’épaisseur desquels l’artiste a creusé avec un soin minutieux de minces stries serrées, comme pour y faire sentir le passage des dents du peigne; et la barbe, exécutée avec plus de minutie encore, semble un amas savamment ordonné de petits chapelets pendants, dont les grains minuscules vont diminuant de grosseur jusqu’au dernier, qui s’effile en pointe.
Cette tête de Zeus , pourtant, par la coupe de sa barbe, par le caractère de sa physionomie et ses gros yeux bien ouverts, est toute voisine des têtes du triple Typhon. Ce sont œuvres de même origine et de même époque. Mais, dans l’exécution plus élégante et plus fine du Zeus , apparaît une tendance nouvelle, qu’il faut remarquer d’autant plus que nous allons en rencontrer bientôt une autre manifestation encore. Rien de tel ne se montre dans Y Athéna, et on croirait, si peu vraisemblable que cela soit, que les deux morceaux, quoique juxtaposés et en partie accolés l’un à l’autre, ne sont pas de la même main. L’état de mutilation du fronton nous oblige, d’ailleurs, à être fort réservés dans notre jugement. Constatons seulement cette tendance, encore superficielle, à modifier un type, dont les traits principaux restent néanmoins inaltérés; nos observations ultérieures nous feront voir que c’est là le premier
indice d’un grand changement, qui n’est plus désormais très éloigné.