Op. L, p
FRONTONS DE l’hÉCATOMPÉDON
gardiens perpétuels de l’Acropole même, il est sûr, d’autre part, que la croyance commune n’admettait qu’un seul serpent et que l’art n’en a presque toujours représenté qu’un seul. Aussi me semble-t-il, dans le cas présent, que l'artiste a dû être déterminé dans son choix, non pas tant par un respect scrupuleux d’une antique version de la légende que simplement par sa commodité personnelle.
Les divers morceaux retrouvés de ce fronton offrent un intérêt inégal pour nous, au point où nous en sommes arrivés de notre étude; je veux dire qu’ils ajoutent inégalement, les uns peu, les autres davantage, à ce que nous savons déjà des procédés et des qualités de l’exécution dans les œuvres en pierre tendre. — Les corps de serpents , qui sont pour la plus grande partie en ronde bosse, se rendent et se tordent avec la même vigueur que nous avons constatée tout à l’heure dans les parties animales du corps de Triton ou de Typhon. Le dessin des écailles est, chez l’un, en forme de losanges se suivant sur longues bandes juxtaposées ; chez l’autre, en forme de demi-cercles se recoupant plus ou moins. Mais, quelle que soit la forme, le procédé employé ne varie pas, et c’est celui que nous avons décrit pour les écailles de Triton1 ; chaque compartiment, losange ou demi-cercle, est fermé par un ruban en relief qui a été obtenu en grattant et creusant l’intérieur. Même là où ce dessin s’éloigne le moins de l’aspect véritable du modèle vivant, il reste toujours, essentiellement, un dessin convenu, géométrique, répété avec la même uniformité que les dessins d’alvéoles, de méandres, de chevrons, sur l’entablement des édifices 2. Peu importe alors que les écailles soient figurées ici par des demi-cercles et là par des losanges, et ailleurs par des dessins encore plus abstraits et moins vivants : il ne s’agit point de rendre avec fidélité un détail réel, patiemment observé; il s'agit d’un décor, dont le détail réel est l’occasion3.