PREMIÈRE PÉRIODE
[Jusque vers 550 av. J.-C.]
Nous ne devons pas faire commencer l’histoire de la sculpture grecque à l’époque seulement où nous voyons cette sculpture matériellement émerger de l’ombre des origines. Lorsqu’elle apparaît ainsi à la lumière, elle a déjà un long passé; elle a vécu, pendant un temps indéterminé, d'une lente vie obscure, qu’il est possible de deviner en gros, sinon de suivre de près, et qu’en tout cas il n’est point permis de négliger tout à fait. En Attique, les plus anciennes oeuvres de sculpture qui aient subsisté remontent à peine au delà de l'an 600 avant Jésus- Christ. Elles sont d’un art encore primitif ; mais elles ne sont pas, tant s’en faut, les premières œuvres de l’art attique, et elles en supposent nécessairement d’autres antérieures à elles. Elles sont taillées dans la pierre tendre ; mais la façon même dont elles sont taillées témoigne qu’elles ont été précédées par des œuvres en bois ; et ces très vieilles figures en bois, dont aucune ne nous est parvenue, nous en trouvons en effet la mention çà et là dans les écrivains de l’antiquité.
Ce n’est pas à dire que les premiers sculpteurs aient travaillé exclusivement le bois, et soient demeurés insoucieux ou ignorants du parti qu’ils pouvaient tirer de la pierre. Si la statuaire de la Grèce hellénique1 a eu pour origine et pour stimulant principal à ses débuts l’esprit anthropomorphique de la religion grecque, et si la statue est née de la progressive
1. Que l'on doit distinguer aujourd’hui de la Grèce préhellénique ou <> mycénienne ».
transformation clés anciens symboles divins aniconiques, du moment que ces symboles existaient en pierre aussi bien qu’en bois1, les imagiers devaient être a priori inclinés autant vers la pierre que vers le bois; même, ils pouvaient quelquefois n'avoir point le choix et être obligés de s'en tenir à telle matière qu’on supposait avoir été expressément élue par le dieu. Mais il n’est pas douteux que l’appréhension des difficultés d’ordre matériel et technique leur fit en général préférer le bois, plus aisé à tailler et sur lequel il n’y a pas à redouter les suites désastreuses d’un coup porté trop fort ou à faux. Du reste, les témoignages sur ce point concordent avec exactitude : c’est en bois qu’étaient ces vieilles statues divines, en qui résidait l’âme de la cité, et qu’on emportait précieusement quand le malheur des temps obligeait à l’abandon, momentané ou définitif, du sol natal; c’est en bois qu’étaient les plus anciennes statues d’athlètes conservées à Olympie 2 ; et l’on sait que le nom de xoanon , attribué en propre aces primitives images, soit divines ou humaines, ne désignait habituellement, dans l’antiquité, que des images en bois3.
1. Cf. le résumé de la question dans Collignon, Hist. sculpt. gr., 1, p. 101 sqq.