Cf. ci-dessus, p
que la pierre commune ne fut pas délaissée du jour au lendemain ; la fabrication des images en calcaire continua pendant un plus ou moins long temps, parallèlement à celle des images en marbre, comme, auparavant, les xoana en bois avaient persisté à côté des sculptures en pierre ; et cet emploi simultané des deux matières dans les mêmes ateliers devait prolonger davantage le règne de l’ancienne technique. Il n’y a donc pas lieu d'être surpris si les premières oeuvres en marbre ne se sont distinguées des œuvres en calcaire un peu antérieures ou contemporaines que par la nature du bloc où elles étaient taillées, et si elles n’en ont pas du tout différé pour la façon qu'avait l’auteur de voir les formes et de les rendre. Les caractères des premières œuvres en marbre ont été exactement ceux des dernières œuvres en pierre tendre.
On ne saurait classer dans un ordre chronologique certain les quelques marbres que je vais décrire. Tout ce qu’on en peut affirmer, c’est qu’ils sont sensiblement du même temps.
Voici, d’abord, un petit fragment, qui nous a conservé la moitié supérieure d’une figure d 'Hermès (Au musée de l'Acrop., p. 111, fig. 6). C’est un haut-relief; la figure est encore attenante à la plaque, qui lui fait de chaque côté de la tête et des épaules un fond débordant; et en cela déjà, ce marbre se rapproche de la généralité des sculptures en pierre tendre1. Il n’y a pas de doute que le personnage ici représenté soit Hermès : on le reconnaît au rXkcq conique dont il est coiffé2 et à la syrinx, une de ses inventions et un de ses attributs, qu'il tient dans la main droite. Le bras droit était ramené sans effort sur la poitrine; mais le bras gauche, rejeté sur le côté et plié à angle aigu, a une position singulièrement forcée; la main gauche élevait peut-être un attribut quelconque, ou bien faisait un de ces gestes vagues, sans signification réelle, dont les figures archaïques des bas-reliefs et des vases peints sont
1. Cf. Au mus. de l'Acrop ., p. 109 sqq. — Marbre pentélique : cf. Lepsius, op. I ., p. 63, n° 74. — La figure, en l’état actuel, mesure 0m,22 de hauteur.
2. Cf., par exemple, VHermès du grand relief de Thasos. — M. Furtxvængler avait écrit jadis [Coll. Sabouroff, 11, notice de pl. CXLVI, I) que l’ancien art attique n’avait jamais représenté Hermès autrement que barbu. Depuis lors, les trouvailles de l’Acropole ont prouvé que celte règle, si c’en fut une, a souffert des exceptions ; car, outre la première exception que nous rencontrons ici, il y en a une seconde, peut-être, dans le relief Hermès et les Charités (Au mus.de l'Acrop., p. 443, pl. III). D’autre part, le type d’Hermès imberbe était familier à l’archaïsme béotien : cf. Annali, 1879, p. 143-146 (von Duhn).
PREMIÈRES SCULPTURES EN MARBRE )0'j
coutumières. En l’état actuel, le torse est coupé à peu près à la hauteur du nombril ; le bras droit est brisé depuis l’épaule jusqu’au poignet; un large éclat a enlevé en partie le coude gauche, et la main gauche aussi a disparu. Mais la poitrine, les épaules et la tête sont très suffisamment conservées.
Qu’on examine cette figure détail après détail, on n’en trouvera pas un qui n’ait son pareil, on pourrait dire son modèle dans l’une ou l’autre des sculptures antérieures. Le chitôn collant et la peau de bête nouée par dessus paraissent copiés d’après le costume des figures d'iris et d'Hermès luimême, dans le fronton d'iris1. La rondeur lourde des épaules et du bras gauche rappelle un caractère constaté dans le Typhon , et aussi dans le torse de Zens du fronton oriental de YHécatompédon. La main, aux doigts en bois, tout ronds, sans articulations véritables, est identique aux quelques mains que l’on a recueillies, provenant de figures en pierre tendre2. Les oreilles larges, sèchement creusées, qui semblent en bois elles aussi, reproduisent, ou peu s’en faut, celles de la petite Hydrophore , et sont de la même façon repoussées en avant par la masse retombante des cheveux. Puis, tout le travail du visage, l’arc raide de la bouche aux lèvres uniformément arrondies, les joues sans modelé, les ailes du nez cernées d’une petite entaille nette, la découpure des paupières, — tout cela nous ramène aux sculptures en pierre tendre. On retrouve même, à l’angle externe des paupières, cette arête saillante, si caractéristique, qui s’expliquait dans les têtes en pierre tendre par l’effet d’une lame tranchant la matière3, mais qui, avec le marbre, n’a plus de raison d’être et ne s’explique que par l'imitation irraisonnée des œuvres antérieures ou contemporaines, ou, plus exactement, par la tyrannie inconsciente de l’habitude prise. Si donc, par une transposition aisée à faire en esprit, on imagine ce que serait en calcaire poreux cet Hermès de marbre, on n’a besoin d’en modifier aucun détail pour le voir tout semblable aux vraies sculptures de cette catégorie ; la matière
1. Cf. ci-dessus, p. 38 sqq. — Figure d'iris : cf. ’E:pr,|j.. xpy., 1891, pl. XIII, à droite; AA'iegand, Poros-Architetctur, p. 210, fig. 227. — Fragment de la figure d’IIermès : cf. AA’iegand, op. I., p. 212, fig. 228-229.
2. Cf. Wiegand, op. Z., p. 83-87, fig. 90-92 (deux mains provenant du fronton de Typhon ); p. 103, fig. 108 (main gauche de Zeus dans le fronton des deux serpents); p. 207, fig. 224 (main droite provenant peut-être du fronton d'iris).