‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 57 sur 312 · Métopes, cymaises et chéneaux de l’ Hécatompédon · texte numérisé non relu

Métopes, cymaises et chéneaux de l’ Hécatompédon

LA SCULPTL'RE ATTIQL'E AVANT PHIDIAS

ton ? Sûrement non ; voilà pourquoi ils se sont abstenus tant que le travail du marbre leur a paru devoir dépasser leurs forces. Dans cette abstention, d’ailleurs, il faut voir autre chose encore que la crainte momentanée d'une matière rebelle à l’outil ; j’y vois surtout l’effet d’une excellente discipline et de ces fermes traditions d’école, qui ne sont pas un obstacle au progrès (la marche de l’école attique a été incessante), mais qui sont une garantie contre les aventures. Passer successivement des matériaux les plus tendres aux plus durs, du bois aux diverses sortes de calcaire, puis au marbre : c’était là, sans nul doute, une marche logique et naturelle. Engagés dans cette voie par la force même des choses, les artistes attiques l’ont suivie avec constance, sans s’arrêter nulle part plus que déraison, mais aussi sans précipiter le pas; bien que sollicités peut-être par certains exemples du dehors, ils n’ont point couru au but, ils ont continué à s’y acheminer d’une allure méthodique, tâtant le terrain avant d’y poser le pied, tenant toujours fortement la chaîne solide de leurs traditions ; et ainsi, quand ils ont attaqué le marbre, ils étaient vraiment mûrs pour la besogne plus difficile qui s’imposait à eux. Je ne sais s’il y a, dans toute l’histoire de l’art, une manifestation plus frappante de cette continuité calculée de l’effort, de cette prudence dans la recherche tenace du mieux, qui fut un des principes les plus salutaires du développement du génie grec1.

Le passage de la pierre commune au marbre, opéré de la sorte, ne fut donc pas une de ces révolutions soudaines qui bouleversent toutes les habitudes d’un atelier ; il ne fut que

1. Dira-t-on que, dans le temps que la sculpture décorative était exécutée en pierre commune, aux frontons d'édifices construits eux mêmes avec cette sorte de pierre, il pouvait déjà exister cependant une statuaire en marbre, pour les statues isolées? Mais le fait est qu’en Attique on ne constate rien de tel : il n’y a pas de statue de marbre, à Athènes, qu’on puisse reculer jusqu'au temps du fronton de l'Hydre, du fronton rouge, voire des frontons de l’ Hécalompédon. Si on songe que, suivant le témoignage des anciens eux-mêmes, la statuaire en marbre est venue tard, et que, dans les régions de la Grèce où elle fut le plus précoce, elle ne faisait pourtant que commencer vers 600 avant Jésus-Christ, on ne s’étonnera plus que, dans l'Attique, elle ne se soit développée guère avant le milieu de vi“ siècle. Je ne prétends certes pas poser une cloison entre la période de la pierre tendre et celle du marbre, et je ne néglige aucune occasion de préciser ma pensée sur ce point; mais il me paraît vrai que le gros des figures en marbre dont nous allons nous occuper est postérieur au gros des sculptures en pierre tendre, et quelles marquent un progrès de l'art relativement à celles-ci.

PREMIÈRES SCULPTURES EN MARBRE

le dernier terme d’une gradation dès longtemps commencée. Cependant, pour cette matière nouvelle, une nouvelle technique devenait nécessaire. Jusque là les procédés de travail n’avaient point changé essentiellement : on avait pu continuer à tailler les images en calcaire tendre avec les mêmes outils à peu près qui avaient servi auparavant à découper les xoana en bois; mais le marbre ne se laissait pas entamer avec une pareille facilité. A la gouge, à la scie, au ciseau qui tranche par pression, bref à tous les outils coupants de l’imagier en bois, il fallait substituer les outils du marbrier, notamment le ciseau sur lequel on frappe avec la masse pour faire éclater la matière, non pour la trancher. Le seul changement des matériaux employés déterminait en conséquence un changement dans le métier.

Mais ici encore nous devons répéter ce que nous avons déjà dit pour le début de la période antérieure1 : il y a quelque chose qu’on ne quitte pas aussi aisément que l’on quitte un outil : ce sont les habitudes de la main et de l’œil. Ces habitudes, quand elles sont profondément enracinées, ne se laissent extirper que peu à peu. L’emploi des outils coupants dans une matière comme le bois avait eu pour effet certains traits spéciaux dans la facture des œuvres les plus anciennes de la statuaire ; nous avons expliqué comment ces traits avaient subsisté dans les œuvres en calcaire poreux : les plus récentes de cellesci gardent encore l’empreinte, très reconnaissable, de la technique du bois. Il y avait, si je puis dire, une physionomie particulière des images en bois ou en pierre tendre, à laquelle l’œil était habitué ; dans le détail surtout, il y avait des traits que la main de l’ouvrier était habituée à produire. Or, elle ne pouvait pas subitement cesser de les produire, ni l’œil cesser de les chercher là où il les trouvait d’ordinaire. Ce qui n’avait été primitivement, dans la période du bois, qu’un résultat involontaire et presque forcé des procédés de la technique, s’était maintenu, dans les œuvres suivantes, non plus par nécessité, mais comme par droit d’occupation antérieure, et devait durer quelque temps encore, même avec le marbre. Ce n’est qu’en pratiquant le marbre que les artistes devaient apprendre à le connaître et être conduits peu à peu à le travailler d’une manière plus conforme à sa vertu propre. D’ailleurs, il est certain

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