La sculpture aux salons de 1897
Je vous dédie ce livre comme au représentant le plus pur de la tradition grecque dans notre Sculpture Française; à vous qui avez su faire revivre , dans l'image fidèle de la Femme modernej la beauté rajeunie de la Femme antique , affirmant V immortalité de la plus complète formule du Beau vivant ; à vous mon frère du sang latin qui aimez comme moi notre Rome Lan guedocienne .
Je vous l'offre en témoignage de mon admiration fervente et de ma constante amitié .
Armand SILVESTRE
Mai 1897.
Comme une mouche sur le lait ,
Ou, sur la nue une hirondelle ,
Tache d’encre ou bien frisson d’aile, En un mot, tout ce qui vous plaît.
Car elle est tout à fait charmante Cette tache au soyeux duvet Qui, de quelque heureux, agrémente Le plus beau livre de chevêt
Sur cette blancheur de statue, Mettant comme un frisson de deuil, C’est une caresse pour l’œil Sur la page qu’elle ponctue.
A la voir ainsi se poser,
Elle inspire — car elle énivre —
Le désir de fermer le livre A cet endroit, sous un baiser.
Il faudrait ne pas avoir d’âme Pour ne souhaiter ardemment Se poser sa lèvre, un moment,
Où pose votre doigt, madame,
Sur la colline aux purs contours Où, plus bas un peu que la hanche, Ce joli grain, sur la peau blanche, Se dessine aux yeux des Amours.
« Ton beau col est la tour d’ivoire,
Tes beaux yeux sont les clairs saphirs Où — tels les ramiers qui vont boire — Monte le vol de mes désirs.
« Ta taille, lorsque tu t’inclines, Ressemble au roseau gracieux,
Et tes seins blancs sont les collines Par où mon rêve monte aux cieux.
cc Ta bouche a la fraîcheur des mûres Au temps des midis embrasés,
Et le parfum des vignes mûres Se mêle au miel de tes baisers.
« Tes mains sont les colombes blanches Dont le bec de rose est nacré,
Et le navire de tes hanches De voiles blanches est paré.
« Que sur l’océan des caresses Il emporte mon cœur dompté,
Avec les vagues charmeresses De l’immortelle volupté,
c< 0 Sulamite rajeunie Qui, par la grâce et la douceur Et par la splendeur infinie, Égales ton antique sœur !