‹ La sculpture espagnoleChapitre 17 sur 82 · TOMBEAU DE LEONEL DE NAVARRE DE SA FEMME EPIFANIA DE LUNA · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE LEONEL DE NAVARRE DE SA FEMME EPIFANIA DE LUNA

(Cathédrale de Pampelune.)

dans Tabside des églises et des chapelles et préférèrent des sièges plus confortables, les stalles en bois prirent place dans les sanctuaires.

En Espagne, plus que partout ailleurs, elles devinrent vite un des plus intéressants motifs de décoration des édifices religieux, une des branches les plus brillantes de l'art national.

Les plus anciennes stalles, dont il ne reste que des vestiges recueillis par le musée archéologique de Madrid, de style arabe du xiii® siècle, sont celles du couvent des religieuses de Gradefes dans le royaume de Léon. En 1402, Mahomet de Borja taille en plein bois celles du chœur de la cathédrale de Huesca, et en 141 o, le maestro Centillas, probablement originaire de Valence, celles de la cathédrale de Palencia; en 1424, avec Lorenzo Rexach, Francisco Jasser exécute les stalles du chœur de Téglise Santa Maria delà Mar de Barcelone, tandis qu^aux environs des mêmes années, Francisco Gomar sculpte, en chêne de Flandre, le retable de la chapelle consistoriale de la même ville; toujours à Barcelone, Jayme Rey élève, en 1437, dans la cathédrale, encore avec du chêne de Flandre, le grand retable de la chapelle de San Marcos. C'est de la même époque ou à peu près, que datent les stalles du couvent de Santa Clara de Palencia ainsi que celles des chevaliers de l'ordre de Santiago de Castillo d'Ucles, conservées en partie au musée archéologique de Madrid.

C^est, en Espagne, sinon le commencement, tout au moins le triomphe du bois qui non seulement est employé pour les sièges, les statues, les retables, mais encore pour mille autres objets, les balustres, les buffets

ÉPOQUE GOTHIQUE

d'orgues, les arcatures, témoin les superbes arceaux de style ogival, taillés pn plein noyer, surmontés d'écus héraldiques provenant de Léon, recueillis par le musée archéologique de Madrid.

Il ne faudrait pas croire que les artistes espagnols aient seuls pratiqué la sculpture sur bois. Les autres nations sont loin de l'avoir laissée de côté, et selon l'heureuse expression de Bonnafé, « chacune » d'elles « suivant son génie, ses mœurs et son climat ». Vasari, dans la vie de Baccio d'Agnolo, nous apprend « à quel point la sculpture en bois et l'ornementation étaient estimées de son temps et quels illustres artistes s'y sont appliqués Les Brunelleschi, les Donatello, les San Gallo ne dédaignaient pas de se servir de cette matière. Le rôle joué par le bois en Italie, dès la fin du moyen âge, est considérable. Le chœur de la cathédrale d'Orvieto est là pour en témoigner. Emmanuel de Sienne et son fils Pierre, Riccio de Montepulciano, Giovanni Barili, furent de merveilleux ouvriers en bois. Malgré tout, les Espagnols ont plus que tous les autres peuples usé .de cette matière, avec une prédilection manifeste qu'ils tenaient sans doute des Maures; ceux-ci avaient fait un grand usage du bois, surtout du bois résineux qu'ils employaient particulièrement dans la décoration des plafonds de leurs mosquées et de leurs demeures.

Ce genre de travail a survécu à leur refoulement en Afrique, car de nombreux Maures Mudejares, c'est-àdire de ceux qui étaient demeurés dans la péninsule ibérique après la prise de Grenade et qui y restèrent jusqu'à leur expulsion définitive sous Philippe III, étaient fréquemment employés à Tornementation des édifices

religieux et civils. Des documents d'archives mentionnent plusieurs d'entre eux, parmi lesquels un certain Yunza, occupé, au xv' siècle, à la cathédrale de Burgos, dont d'ailleurs la sacristie est de pur style arabe.

Moins fragile et plus souple que la pierre, plus chaud et plus élastique que le marbre, autrement facile à rencontrer, le bois convient à merveille à la sculpture. L'éclat de son poli, la coloration de ses taches, l'élégance de ses veines, la diversité de ses nuances allant du noir foncé de l'ébène au blanc éclatant de l'érable, ne peuvent que venir en aide à l'artiste et l'inciter à de plus absolues délicatesses. Les essences les plus communes, telles que le noyer et le chêne, sont peut-être même celles qui permettent d'obtenir les plus beaux effets, les patines blondes ou brunesqui font rivaliser le bois avec le marbre et le bronze. De plus, par sa nature fibreuse, le bois a encore l'avantage de supporter de longues portées sans tenons ni supports et de se prêter à toutes les formes par la parfaite cohésion de ses assemblages.

Vers le milieu du xv' siècle, la Catalogne et l'Aragon, dont les couronnes étaient réunies sur une même tête, occupent toute une légion d'artistes. Dans l'église du petit village de la Selva, en Catalogne, se voit une statue de pierre, plus grande que nature, signée de Raymundo Plynera et datée de 144 1 , dont les draperies sont particulièrement bien traitées; en 1442, Pedro OUer travaille à la cathédrale de Barcelone récemment érigée ; en 1445, en collaboration avec Pedro Garcia, Guillermo Mocet, Pedro Navarro et Ramon Tayero, le maestro Pedro Jahan, d'origine catalane, dresse le magnifique

LA SCULPTLIR].: ESPAGNOLE

retable en pierre du grand autel de la Seo de Saragosse dont les portes seront modelées seulement trente-sept ans plus tard, en 1483, par Maese Gamboa.

Aux approches du milieu du siècle, en 1442, le fameux converti Alonzo de Carthagène, devenu évêque de Burgos, bâtit dans son église épiscopale une chapelle, dans laquelle on érige, après sa mort, son tombeau ainsi que ceux de cinq autres personnages. Ces derniers, fort remarquables, sont encastrés dans les murailles latérales; mais, le plus intéressant reste celui du prélat, placé au milieu de la chapelle. Élevé sur un socle, il montre sur les côtés de Tenfeu de nombreuses et délicates représentations de saints et sur la dalle mortuaire la statue couchée d' Alonzo de Carthagène seyêiu de ses ornements sacerdotaux (fig. 27), la mitre en tête et la crosse pastorale à ses côtés, ces deux derniers objets enrichis de pierreries; aux pieds du gisant, un familier de sa maison prie, agenouillé, les yeux fixés sur un livre ouvert. L^auteur de ce monument, surprenant d^observation et de vérité, est inconnu.

A la même époque, un artiste également ignoré exécute, pour l'église Santa Maria la Vieja de Carthagène, le superbe retable d^albâtre composé de sept bas-reliefs dont les sujets sont empruntés à la Vie de la Vierge, aujourd'hui exposé au musée archéologique de Madrid, à côté d'un autre très curieux bas-relief en bois peint et doré représentant très probablement Gaspar Luimen, l'auteur de Tartesonado du salon des Anges des Casas Consistoriales de Valence.

C'est alors que les artistes se pressent en foule à la cathédrale de Tolède qu'ils enrichissent d'œuvres de

, Cliché Lacoste, Madrid.

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