SAINT JÉRÔME
(Chapelle du connétable. — Cathédrale de Burgos.)
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le couvent des Descalzas reaies de Madrid, détruit par un incendie en 1862; du grand retable de la cathédrale d'Astorga, daté de 1 569 ; de celui de Péglise des Jésuites de Valladolid, avec ses superbes bas-reliefs; enfin, de nombreuses statues et d'une grande quantité de groupes ou médaillons disséminés un peu de divers côtés. Les statues de saint Jérôme (fig. 67) et de saint Sébastien^ du. retable de la chapelle du Connétable à la cathédrale de Burgos, lui sont attribuées. Il est douteux, quoi qu^on en ait dit, que le fameux squelette^ une faux dans la main et un suaire sur les épaules, de l'église San Francisco de Zamora, soit sorti de ses mains. Sans doute, ce qui lui a fait donner cette œuvre, qui a beaucoup frappé tous ceux qui Pont vue, c'est que c^est une des premières figurations de la mort que Ton ait exécutée en Espagne. Les squelettes, les têtes de morts, les ossements, les larmes, comme motifs décoratifs, sont une pensée de la Renaissance italienne, que le moyen âge avait ignorée. Ils sont bien rares et pour ainsi dire inconnus avant le xvi^ siècle. Quelque étonnante que la constatation en puisse paraître, l'idée du tombeau, de la mort, c'est-à-dire de la corruption et de l'anéantissement, n'a guère inquiété le monde chrétien avant les temps modernes. Jusqu'au xv^ siècle inclusivement, les fidèles n'ont été préoccupés que par la pensée de l'au-delà, du Paradis ou de l'Enfer, de la damnation ou du salut.
Mais revenons à Gaspar Becerra : il mourut à Madrid, en 1570, et laissa de nombreux élèves, parmi lesquels il convient de citer les sculpteurs Miguel Martinez, Baltasar Torneo, Miguel de Ribas, Miguel Barroso,
Bartolome del Rio, Juan Ruiz de Castaneda, Toribio Gonzalez. Il va être question de la plupart d'entre eux.
L'influence de Berruguete d'abord, celle de Micer Alejandro, d'Ordonez, de Juan de Nola, d'Orozco, de Gabriel Joly, de Pedro Furment, de Nicolas Lobato, de Juari Moreto, de l'architecte Covarrubias, et enfincellede Gaspar Becerra, plus imprégné qu'aucun autre de l'étude et de l'amour de l'art florentin, a été énorme et prépondérante sur leurs contemporains. Elle ne s'éteignit pas avec eux, mais se répandit et se propagea par leurs disciples. Nombre d'ouvrages, qui décorent les monuments religieux et civils de la péninsule ibérique, sont la résultante de leur doctrine. Mais, chez leurs élèves, la facture est plus timide, plus sèche, la conception moins mesurée, moins simple, moins pondérée.
La sculpture castillane, tout en leur devant une bonne part de ses qualités, leur doit en même temps la nouvelle orientation de son style, qui ne fut peut-être pas des plus heureuses; car, bientôt après, comme conséquence fatale, apparaîtra la maladie du maniérisme michelangélesque, des figures à mouvements exagérés, à attitudes violentes, déployant les jambes, étendant les bras pour faire saillir les muscles et bomber le torse. Les grands seigneurs, les rois d'Espagne en tête, se montrèrent épris de l'art d'outre-mer et, à côté de Charles-Quint et de son fils Philippe II, il faut faire une place, d'abord à don Juan d'Aragon, duc de Luna et de Villahermosa, cousin des souverains et vice-roi de Naples, puis aux ducs d'Albe et de l'Infantado, aux marquis de Tarifa, de Berlanga, de Santa Cruz de Viso, aux Cobos, aux
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Zunigar, aux Vargas, qui tous, en rapports constants avec les riches cités italiennes, ravis de leur luxe et de leur élégance, épris de leur art, firent élever dans le goût florentin ou romain des palais somptueux à Alba, Abadia, Lerma, Guadalajara, des demeures non moins riches à Berlanga, Viso, Ubeda, Palencia, Tolède, etc. Il convient néanmoins d'ajouter que tous les artistes espagnols — nous en avons déjà cité quelques-uns — n'acceptèrent pas, sans contestation ni débat, cette intrusion étrangère; certains demeurèrent fidèles aux enseignements nationaux et flamands, dont Philippe de Bourgogne avait été le plus brillant représentant.
Nicolas de Vergara, el Viejo, un des meilleurs peintres et sculpteurs de cette époque, ne résista pas à Tentraînement général et partagea Pengouement de la plupart de ses contemporains pour Part italien. Son attrait pour les formes antiques et pour les ajustements donne à croire, sans que Ton en ait la preuve, qu'il dut séjourner à Florence. En 1542, il est nommé peintre et sculpteur du chapitre de la cathédrale de Tolède qui le charge de diriger l'établissement des verrières de ce superbe édifice. Il en peignit un certain nombre et le reste fut achevé par ses fils Nicolas et Juan de Vergara. Ce travail tout spécial ne Fempêcha pas de s'occuper de beaucoup d'autres ouvrages. En 1 556, il sculpte la statue de Notre-Dame de Vlncarnatioîi de la façade de l'Horloge — celle de V archange Gabriel de la même façade est l'œuvre de Juan Bautista Vasquez. — En 1 56o, avec Juan Bautista Vasquez, il est occupé au retable de la chapelle de la Tour où il exécute d'une main nerveuse un crucifix de
grandeur naturelle. En i56i, avec Berruguete, il va à Alcala de Henares expertiser le tombeau du cardinal Ximenes de Bartolome Ordonez, dont il entreprend la grille, l'année suivante. Entre temps, il dessine le cénotaphe de saint Eugène, dont le mausolée, ou plutôt la châsse d'argent, fut ciselée par Torfèvre Francisco Merino. Il meurt à Tolède, en 1 574. Son fils, Nicolas de Vergara el Mozo, peintre, sculpteur, architecte et forgeron, s^occupa surtout de ces deux dernières branches de Part. Comme sculpteur, et encore est-ce plutôt comme dessinateur, son œuvre principale est la châsse de sainte Léocadicy ciselée, en i 590, par ce même Francisco Merino, pour lequel avait travaillé son père. Nicolas de Vergara el Mozo mourut à Tolède en 1606.
Quoiqu'il ne soit ici question qu'incidemment de Torfèvrerie, qui avait déjà produit des artistes des plus remarquables en Espagne, en laissant de côté Rodrigo Fernay qui habitait Oviedo au xiv' siècle, mais était incontestablement d'origine française, il convient, pour le moins, de rappeler les noms de Jayme et Juan de Casteluou et de Nadar Irro de Valence, de citer ceux de Pizarre et du frère Juan de Ségovie.
Juan de Arfe y Villafane, le plus grand orfèvre qu^ait produit les Castilles, fut, en même temps, un très habile sculpteur. Il était petit-fils de Enrique de Arfe, qui, dès i5o6, habitait Léon, et fils d'Antonio de Arfe. Né en i 535, il fit son apprentissage sous la direction dé son père, qui Péleva dans l'étude et la culture du style gothique qu'il pratiqua toute sa vie; il alla ensuite à Medina étudier l'anatomie soys la direction du docteur Cosme, puis de là se rendit à Tolède où il s'im-
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prégna des chefs-d'œuvre de Philippe de Bourgogne et de Berruguete.
A peine âgé de vingt-cinq ans, il fut chargé de dessiner et d'exécuter la custodia du grand autel de la cathédrale d'Avila; cet ouvrage eut un tel succès que les chanoines de Séville se hâtèrent de lui en commander une autre pour leur basilique; celle-ci, qui fait toujours Pornement de la superbe cathédrale, est un véritable monument d'architecture et de sculpture; il en cisela enfin une troisième pour la paroisse Saint-Martin de Burgos. Avec son gendre, Lesmes Fernandez del Moral, qu'il associa à ses travaux, Juan de Arfe modela et cisela, vers i588, l'ostensoir de l'église d'Osma — probablement de l'église San Pedro — puis celui de la cathédrale de Valladolid, encore conservé dans le trésor de cette basilique. Plus tard, il fut chargé, pour l'Escurial, de modeler et repousser, en feuilles de cuivre, soixante-quatre bustes destinés à servir de reliquaires, qui lui furent payés i ooo réaux de veillon chacun. Il fit aussi une fontaine et une aiguière en vermeil pour le roi Philippe III; le père de ce dernier, Philippe II, avait nommé Juan de Arfe directeur de l'Ecole des monnaies de Ségovie. Cet artiste émérite écrivit deux ouvrages traitant de l'orfèvrerie et des matières d'or et d'argent, publiés, l'un à Valladolid, en 1572, l'autre à Séville, en 1 585. Il mourut à Madrid, dans les dernières années du XVI® siècle ou les premières du xvii'. Par la qualité et l'importance de ses ouvrages, Juan de Arfe y Villafaiie mérite le surnom de Benvenuto Cellini espagnol, que lui ont décerné ses compatriotes.
Gomme sculpteur, on lui doit l'exécution des fameuses
Statues agenouillées du duc et de la duchesse de Lerme (fig. 68-69), aujourd'hui au musée de Valladolid, provenant deTéglise de San Pablo de celte ville; la statue de Cristobal de Rojas, archevêque de Séville, en vêtements sacerdotaux, également agenouillé devant une table recouverte d'un tapis sur laquelle repose sa mitre et est appuyée sa crosse pastorale, dans Téglise San Pedro de Lerma; enfin la statue du cardinal Bernardo de Rojas^ archevêque de Tolède, malheureusement détruite.
Ces diverses œuvres, que la mort l'empêcha d'achever, furent terminées par son gendre, Lesmes Fernandez del Moral. Les modèles en avaient été dessinés, les maquettes modelées par Pompeo Leoni, aidé de ses élèves et collaborateurs, Millan de Vilmercado et Baltasar Mariano.
Francisco de Giralte, né à Palencia, voit vite son talent apprécié comme il méritait de l'être. Don Gutierrez de Carabajal, évêque de cette ville, l'appela, en 1547, à Madrid, pour construire le grand retable de la chapelle connue sous le nom de chapelle del Obispo, contiguë à l'église de San Andres. Cet important ouvrage consiste en quatre corps d'architecture, ornés de pilastres et de colonnes, accompagnés de statues d'apôtres, d'évangélistes, de prophètes, de patriarches, de saints, de figurations d'épisodes de la Vie et de la Passion du Christ; au sommet du monument, le Père Éternel surgit au milieu de figures allégoriques et décoratives. Les frises, les corniches, les architraves sont meublées de figurines, d'ornements, de caprices d'une exécution parfaite; mais quoique chaque motif en lui-même soit des plus remar-
quables, l'ensemble ne laisse pas cependant d'être surchargé et un peu confus.
C'est aussi à Giralte probablement que l'on doit attribuer les trois tombeaux, en marbre, de Vévêque de Palencia, de son père et de sa mère qui se trouvent dans la même chapelle. Celui du prélat (fig. 70) est placé contre la muraille, faisant corps avec l'édifice, dans une niche recouverte d'une toiture ornée de fleurons et décorée de deux statues de femmes et d'un bas-relief représentant Jésus au Jardin des Oliviers. La partie principale se compose de la statue agenouillée de l'évêque revêtu de la capa magna, suivi de son secrétaire Barragariy placé un peu en arrière et au second plan, de deux familiers de sa maison portant sa mitre et sa crosse, figurés en conformité avec cette habitude du siècle précédent, de donner pour compagnons au défunt, comme une garde d'honneur, ses amis et ses serviteurs. Sur les côtés de l'enfeu se trouvent des figures un peu plus petites que nature, d'apôtres et d'enfants, et sur le devant une théorie d'éphèbes en surplis, chantant et jouant de divers instruments. Dans le sanctuaire, à droite est le tombeau de Francisco de Vargas, père du prélat, et à gauche, celui de sa mère, Ine:{ de Carabajal., avecleseffigies des deux défunts, également agenouillés, les mains jointes, dans l'attitude de la prière, les yeux tournés vers l'autel.
Les fastueux tombeaux, inspirés par la Renaissance italienne, qui recouvrent la mort d'une pompe héroïque et altière, malgré leur apparat et leur perfection d'exécution n'en restent pas moins un peu vides et impersonnels. La tristesse et l'angoisse de l'au-delà, si bien
r,liché Lacoste, Madrid.
FI G. 70. — FRANCISCO DE GIRALTE(?). — TOMBEAU DE DON GUTIERREZ DE CARABAJAL, ÉVÈQUE DE PALENCIA.
(Chapelle del Obispo. Madrid.)
comprises et interprétées par le moyen âge, cette tristesse et celte angoisse, si profondément écrites dans Tâme espagnole, ont complètement disparu pour faire place à une conception toute différente. En réduisant l'art funéraire à la noblesse classique, comme l'a si bien dit H. Taine, la Renaissance l'a amoindri; elle n^a pas compris la grandeur de la simplicité et de la naïveté des époques antérieures. Le tombeau n'est plus qu^un riche édicule, trop souvent fade et mondain, pour lequel ont été employés les quatre ordres de Vitruve.
Les statues des défunts, luxueusement drapées et habillées, sont agenouillées sur de superbes coussins reposant sur les dalles funéraires; elles sont abritées sous des arcades sur lesquelles courent de délicieuses arabesques enchevêtrant leurs courbes gracieuses. Le monument n'est plus, pour ainsi dire, qu'un arc de triomphe, une glorification humaine et altière de ceux qui ne sont plus.
Mais revenons aux ouvrages de Giralte; ils ne se bornent pas à ceux dont nous avons parlé; sans nous arrêter aux bas-reliefs dont les sujets sont empruntés à l'Ancien Testament et aux statues des hérauts d'armes portant les écussons des Vargas et des Carabajal de la chapelle del Obispo, qui, s'ils ne sont pas de sa main, ont été exécutés sous ses ordres, il fit aussi les dessins et dirigea l'édification du grand retable de l'église paroissiale d'Espinar. Cet important monument, achevé en i573, fort élevé, trop élevé même, puisqu'il atteint presque le sommet de l'édifice, consiste en quatre corps surchargés d'ornementations. Il renferme de nom-
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breuses statues, entre autres celle de saint Euterpe et de non moins nombreux bas-reliefs.
On doit encore à Giralte le retable de la chapelle du Corral, dans l'église de la Madeleine à Valladolid, ainsi que celui de l'église de Cisneros pour lequel il se fit aider par Juan Mancano.
Malgré son manque de mesure et de goût, malgré sa passion pour l'excessif et la boursouflure, Giralte est un maître, mais son art annonce la décadence à laquelle il participe déjà.
Au milieu de cette pléiade de grands sculpteurs qu'a vu fleurir le milieu du xvi' siècle, Juan de Valenzuela occupe une place brillante : le Christ mort et la Vierge dont il dota, en i556, la chartreuse de Val de Christi suscitèrent l'admiration de ses contemporains. Perris Hostri ou Ostri, de Barcelone, n'est pas moins remarquable; en 1557, il est appelé à Saragosse où il taille, en bois de cyprès, les statues des Evangélistes, de saint Michel et de l'Ange gardien, pour la partie supérieure du grand retable de la cathédrale; un peu plus tard, avec Geronimo Sancho, de Lerida, il entreprend, d'après les dessins de Tibeza Jayme Amigo, la décoration de l'orgue de ce sanctuaire; mais la mort le surprit avant l'achèvement de ce travail, qui ne fut terminé qu'en i 56o, par son fils, aidé de son collaborateur Geronimo Sancho.
Vers les mêmes années, Jayme Caldoliver de Barcelone et Juan Uguet de Artes décorent l'orgue de Santa Maria de Murcie; Rafaël de Léon, des environs de Tolède, où il fut probablement élève d'un des nombreux sculpteurs qui s'étaient fixés dans l'ancienne capitale des
Castilles — s'il n'a pas été en Italie — exécute de i56i à iSyi les stalles de la chapelle du couvent des Bernardins de San Martin de Valdeiglesias. Ces stalles et le lutrin qui en est le complément sont au nombre des plus belles productions de la sculpture sur bois de la péninsule ibérique. Elles se composent de quatre-vingt-deux sièges, quarante-huit hauts, et trente-quatre bas. Sur les dossiers des sièges bas sont représentés, en bas-reliefs, différents épisodes de la Passion du Christ^ séparés par des statuettes de prophètes; leurs accoudoirs, en forme de cariatides, supportent un couronnement ornemental; pour les sièges hauts, que divisent des colonnes composites, ils montrent des figurations empruntées à la vie de saints appartenant à l'ordre des Bénédictins et à celui des Bernardins, surmontées d'une frise décorée de têtes d'anges, d'enfants, de grotesques, de fleurons, de festons, d'astragales, d'entrelacs et de vingt et une figures de personnages de l'Ancien Testament alternés d'autant de saints du Nouveau, le tout dominé par une imposante statue du Pèî^e Éternel.
Dans cette boiserie qui est une véritable dentelle, pas un coin abandonné, délaissé, oublié, tout est fouillé et évidé d'une façon extraordinaire, avec une rare perfection.
Cristobal de Salamanca, originaire de la ville dont il porte le nom, doit sa célébrité aux stalles du monastère de Montserrat et à celles de la cathédrale de Tortosa qui sont son ouvrage. Les unes datent de iSyS, les autres de dix ans plus tard. Dans les premières, où il a représenté la Tentation de Jésus sur la inonta^^ne, il a figuré
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le malin en costume de moine; est-ce une satire intentionnelle? Cean Bermudez ne le croit guère.
Pedro de Valdelvira, que Ponz estime presque à l'égal de Berruguete, fut, comme la plupart des sculpteurs de son époque, en même temps architecte. Ainsi que tant d'autres, il fit le voyage d'Italie où il s'enthousiasma des ouvrages de Michel-Ange.
A Rome, il fit la connaissance d'un secrétaire de Charles-Quint, Francisco de los Gobos, plus tard évêque de Jaen, qui le pressa de rentrer dans sa patrie et le chargea d'édifier à Ubeda une église dédiée au Sauveur. Commencée en 1540, elle fut achevée quinze ans plus tard, en i 555. Pedro de Valdelvira en orna la façade principale et les portes latérales avec une simplicité et une sobriété rares. Il décora le grand autel de statues et d'un groupe de la Transfiguration, de premier ordre.
On croit généralement qu'il est aussi l'auteur du fronton de l'église des Dominicains de la même ville dont le style se rapproche beaucoup du sien et qui, s'il n'est pas de lui, est sans doute d'un de ses élèves. Dans la cathédrale de Jaen, dont son protecteur Francisco de los Cobos était évêque, il plaça quatre beaux basreliefs, figurant divers épisodes de la Vie du Christ. Pedro de Valdelvira mourut à Jaen en i 565, laissant trois fils, Francisco, Cristobal et Andres, qui furent les collaborateurs de leur père dans la plupart de ses travaux. On a attribué à tort à Pedro de Valdelvira la construction et la décoration, de style plateresque, des Casas Capitulares de Séville (fig. 71), dont les façades sont ornées de colonnes corinthiennes,
de pilastres, de médaillons, de fleurs, de feuillages, d^arabesques, de figures d'enfants et de grotese]ues, d\m dessin très châtié et d'une exécution, d'une finesse sans égales. L'intérieur de l'édifice est digne de son extérieur et la frise de la salle capitulaire, ainsi que sa voûte, montrent une multitude de médaillons et d'ornements du goût le plus délicat. Ce monument semble, tout au moins pour sa sculpture, devoir être rendu à Juan Sanchez dont on ne connaît pas d'autres ouvrages et que ne cite même pas Cean Bermudez.
Diego de Siloe, fils de Gil de Siloe, avait abandonné les errements paternels pour embrasser les idées de la Renaissance, tout en conservant néanmoins l'habileté de ciseau que lui avait léguée le vieux Gil. Il substitua à la naïveté et au naturalisme de l'ancienne école nationale, la noblesse des attitudes, la pureté de la forme et l'élégance italienne. Après la mort de son père, il quitta Burgos et alla s'établir à Grenade où il se distingua, dès son arrivée, par la décoration de la porte du Pardon de la cathédrale; il exécuta plus tard, pour ce même sanctuaire, unEcceHomo, unsanto 0«q/r/o et d'autres statues qu'il serait trop long d'énumérer ici. Il alla aussi travailler à Tolède; mais la plus grande partie de sa vie se passa à Grenade où il mourut, en i 563, chargé d'ans, de richesses et d'honneurs. Son aide et collaborateur, Juan de Maeda, fut nommé, en 074, directeur des travaux d'art de la cathédrale de Séville, après l'avoir été de celle de Grenade.
Bartolome Morel vivait à Séville au milieu du xvi'' siècle et était « maître d'artillerie » en même temps que sculpteur. Quoique, bien avant Micer Antonio Flo-
(Détails de la porte principale^)
rentin, il ait fait un modèle du monument de la Semaine sainte de Tinsigne basilique, ce n^est pas par ce côté de son œuvre qu'il mérite une attention particulière, mais bien par ses ouvrages de bronze. Le plus important d'entre eux est le Triunfo de la cathédrale dont il est l'auteur, avec Pedro Delgado et Juan Giralte. Ce morceau d'architecture, car il est bien difficile de lui donner un autre nom, est une des principales pièces où le bronze domine qui aient été fondues en Espagne. Il consiste, d'abord, en une partie supérieure, de forme triangulaire, supportant les statues en bois doré du Christ et de quatorze disciples. La partie centrale, de forme ovale, montre la Vierge et le buste d'un roi, le tout soutenu par quatre colonnes de bronze, d'ordre composite, reposant sur autant de cariatides; enfin, la partie inférieure comprend des têtes de lion et différents ornements avec des harpies, posés sur un socle. Après ce colossal ouvrage, le chapitre en commanda, en i566, un second à Morel, non moins important : la statue gigantesque de la Foi tenant de la main droite le Labarum et de la gauche une palme, qui couronne la tour de la Giralda; en bronze, malgré son poids de 2,800 livres, elle tourne à tous les vents et sert de girouette. Bartolome Morel modela et fondit également en bronze le magnifique lutrin du chœur de cet édifice, un de ses plus beaux ornements. A quatre côtés, destiné à recevoir les lourds et volumineux livres liturgiques, il repose sur un assemblage de colonnes accotées de statuettes allégoriques demi-nues, assises à sa base. Surmonté d'un pinacle figurant un petit temple renfermant au centre une statue de la Vierge^ il est dominé par un
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Christ en croix^ ayant à sa droite et à sa gauche deux disciples en prières. Enfin, Bartolome Morel fondit le célèbre Tenebrario, ce chandelier de bronze que Th. Gautier a spirituellement comparé à la colonne Vendôme. Sa hauteur est cependant notablement moindre, car elle n'atteint que 6 m. 60, ce qui est déjà une dimension des plus respectables pour un chandelier. Il élève sur sa tige des groupes superposés et à son sommet sont placées sur un plateau triangulaire des statuettes au nombre de quinze, représentant le Sauveur^ ses apôtres et ses disciples. La richesse d'invention de cette composition est inimaginable; les scènes qu'elle représente sont d'une variété de conception, d^une perfection d'exécution dont on ne peut donner une idée, et, de ce fourmillement de personnages accumulés, de ces tableaux divers et disparates, ressort néanmoins une superbe et merveilleuse unité.
D'autres ouvrages de bronze, de la même époque, doivent trouver place ici. Entre autres, deux tombeaux conservés dans Péglise de l'Université de Séville : l'un, élevé à Francisco Duarte et à sa femme Catalina de Alcocer^ figurés les pieds posés sur deux lions, avec le millésime de i554; l'autre, datant de iSji, montrant, grandeur naturelle, l'effigie de Pedro A/an de Ribera, recouvert de son armure, l'épée à la main ; mais aucune de ces pièces n'approche, comme importance, des ouvrages de Bartolome Morel. Tout à la fin du xvi' siècle, Felipe de Voltes fond les bas-reliefs des portes du Sagrario de la chapelle du Saint-Sacrement de la cathédrale de Tarragone.