‹ La sculpture espagnoleChapitre 36 sur 82 · FIG. 72. — PEDRO MACHUCA. — FONTAINE DEL PILAR · texte numérisé non relu

FIG. 72. — PEDRO MACHUCA. — FONTAINE DEL PILAR

(Palais de l'Alhambra-Grenade.)

en attribuer la paternité à Berruguete. Cristoval Porras, dont on rencontre dans les Castilles de nombreux ouvrages, qui se ressentent aussi de Tinfluence de Berruguete, est encore un des bons sculpteurs du milieu du XVI* siècle. 11 en est de même de Pedro de Salamanca, moins connu cependant par ses ouvrages que par le rescrit royal, obtenu, en i558, sur ses instances,

qui plaçait l'art de la sculpture au nombre des professions libérales et Texonérait par cela même de l'impôt. Andres de Araoz, élève indirect, lui aussi, de Berruguete, né dans la première moitié du xvi^ siècle, probablement à Vitoria où il résidait d'ordinaire, a surtout travaillé dans les provinces basques. En i 562, il taille, en noyer, les stalles de l'église de Guetaria sur lesquelles il représente le Christ^ les Apôtres et de nombreux saints et martyrs. Un peu plus tôt ou un peu plus tard, il dresse le grand retable de l'église de Deva; puis, en I 567, il entreprend celui de l'église d'Eibar. Il meurt entre temps; mais cet important ouvrage est achevé par son fils Juan qui place dans cette luxueuse menuiserie à trois corps, de style ionique et corinthien, des statues et des bas-reliefs consacrés à la Genèse, à la Vie du Sauveur et des ApôtreSy dont un des morceaux les plus remarquables est un saint André, patron de la paroisse.

Un des meilleurs ouvrages de sculpture exécutés en Espagne à cette époque, est le grand retable du monastère de Saint-Jérôme de Grenade, dont les plans sont dus au licencié Velasco, le modèle à Pedro de Uceda et Texécution à Diego de Navas; d'une importance considérable, il se compose de quatre corps et d'un soubassement orné de nombreux bas-reliefs représentant saint Etienne^ saint Laurent, la Madeleine, saints Corne et Damien, saintes Justine et Rufine^ saint Jacques, et saint Martin à cheval; puis des Docteurs, des Evangélistes, etc. Le premier corps, d'ordre dorique, montre saint Pierre, saint Paul, V Épiphanie et la Nativité; le second corps, Notre-Dame de la Conception, sainte Anne, saint Joachim; le troisième corps, la Pénitence^

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saint Jérôme, saint André, saint Jacques; enfin, le quatrième et dernier, un Cr licitement et nombre d'autres figurations tirées de l'Histoire sacrée. Chaque partie de cette énorme construction est du plus grand intérêt, chaque bas-relief, chaque statue forme un tout, dont l'ensemble est digne de sérieux éloges.

Pedro Machuca, à la fois peintre, sculpteur et architecte, alla, comme il était de mode, achever ses éludes en Italie. Pacheco et Palornino assurent, probablement à tort, qu'il fut élève de Raphaël. De retour en Espagne, il se fixa à Grenade où, vers 1547, éleva dans TAlhambra, comme l'indiquent l'inscription « Imperatori Gaisare Garolo Quinto, Hispaniarum régi « et la devise « plus oultre « en l'honneur du souverain, pour le compte de Luis de Mendoza, marquis de Mondejar, la célèbre fontaine del Pilar (fig. 72), surmontée des armes impériales, ornée de pilastres, de bas-reliefs, de figures d'enfants et de trois têtes de fleuves chevelues et barbues, servant d'orifice pour l'écoulement de l'eau.

Non loin de cette fontaine, toujours dans FAlhambra, encastrés dans les murailles du palais bâti pour Gharles Quint dans le style gréco-romain, on voit de curieux bas-reliefs d'une époque un peu antérieure, attribués sans la moindre preuve à Berruguete, taillés au ciseau sur des plaques d'une espèce de marbre gris vert, connus sous le nom des Triomphes de Charles-Quint (fig. 73). De ces deux monuments si entachés d'italianisme, il convient de rapprocher la célèbre fontaine de Malaga (fig. 74], avec des enfants empoignant des dauphins qui cherchent à leur échapper; des

femmes pressant à pleines mains leurs seins gonfle's pour en faire jaillir l'eau; des tritons faisant parade de leur nudité, témoignaged'une sève débordante, d'une exubérance sans règle. Ces figures, à l'expression de sensualisme avide, à la torsion de reins provocante, c'est le paganisme de la Renaissance atteignant son point extrême, son paroxysme.

La fin du xvi° siècle vit se produire en Espagne un grand nombre d'artistes de valeur.

Parmi les principaux, il faut

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mentionner Pedro Arbulo Marguvete, né probablement à Santo Domingo de la Calzada, vers le milieu du xvi*' siècle, dont le style se rapproche de celui de Berrugueie, qu^il prit pour modèle. On lui doit le superbe retable, en bois, de l'église de San Asensio, dans la province de la Rioja, qui se compose de deux corps posés sur un socle et d^un soubassement meublé de nombreux bas-reliefs et de groupes figurant la Cène, le Lavement des pieds, le Jardin des Oliviers, le Christ an prétoire, la Circoncision, la Descente du Saint-Esprit, la Nativité, la Naissance du Christ, V Adoration des Rois, Y Ascension, saint Pierre, saint Paul, les Évangélistes, saint Jean-Baptiste, saint Jacques; puis, comme coui'onnement, le Jugement dernier. Il est difficile de rencontrer une œuvre d'un plus bel effet. Les figures, d'un dessin irréprochable, prouvent chez cet artiste une connaissance approfondie de l'anatomie, jointe à un goût délicat et fin, dans l'agencement des draperies. Il montra un autre côté de son talent, dans les stalles de cette même église, qu'il tailla ensuite. Sa mort survint peu après, en 1609. Quelques années plus tôt, en 1587, Martin Gamboa, aidé de son fils Juan et de José Frecha, menuisa, en bois précieux, les stalles du chœur de l'église de TEscurial, dont l'ornementation froide et sévère — chose rare dans l'art espagnol — consiste presque uniquement en moulures. Mateo Martinez de Ségovie éleva, en i SqS, sur le retable de l'église de Villacastin de nombreuses statues, parmi lesquelles celles de saint Jérôme, de saint Jean-Baptiste ^ de saint Jean VEvangéliste, et du roi David. Domingo Beltran, né dans la première moitié du xvi* siècle, à

Vitoria, mort en iSgo, passe pour avoir fait le voyage d^Italie; il prit Thabit religieux, entra dans la compagnie de Jésus, et travailla dans nombre d'églises appartenant à la Société. C'est à lui qu'est dû le retable de la chapelle des Jésuites d'Alcala, renfermant un Christ en croix que Philippe II admirait d'une façon toute particulière.

Domingo Albrion, avec Nicolas Larrant, modela les statues d^Aaron et de Melchisédech, du tabernacle de la chapelle du Saint-Sacrement de la cathédrale de Tarragone. Josef Gonzalez de Valence, en iSjô, entreprit le retable de la paroisse d'Andilla, composé de deux corps, ornés de nombreux bas-reliefs et de statues. La mort Tempécha d'achever ce travail considérable, que conduisit à bonne fin Francisco de Ayala, de Murcie. De retour dans sa ville natale, ce dernier, aidé de son frère Diego, — tous deux avaient été, à Tolède, élèves de Pedro Martinez de Castaheda — modèle et sculpte le grand retable de l'église de Jumilla, ouvrage des plus remarquables. L'on doit à Rodrigo Aleman les stalles de la cathédrale de Plasencia ainsi que celles de l'église de Ciudad Rodrigo. Les premières, au nombre de soixante-seize, couvertes de haut en bas de sculptures, témoignent d'une fantaisie exubérante, entassant pêlemêle, les uns sur les autres, les personnages et les animaux les plus grotesques; les secondes, pour lesquelles il modéra son imagination, sont d'un aspect plus sage. Francisco de Santa Cruz, dont le talent sobre et puissant laisserait penser qu'il étudia sous des maîtres de haute valeur, data, en 1 586, de Barcelone, sa ville natale, des ouvrages empreints d'une grande distinction, entre autres : un gracieux Enfant Jésus embrassant sa croix;

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une belle statue en pierre de saint François-Xavier, et un célèbre groupe, plus grand que nature, du Père Eternel soutenant sur les genoux son fils mort. Les frères Juan, Francisco et Estefano Perola, originaires de la province d'Almagro, peintres et sculpteurs à la fois, que Gean Bermudez croit avoir été élèves de G. Becerra, avec Gésar Arbasia, d'origine italienne et probablement disciple des Zucchero, décorèrent le palais que le ministre Santa Gruz fit édifier au Viso, dans le voisinage de la Sierra Morena. On leur doit encore les tombeaux surmontés des statues de marbre de Don Alonzo Bazan, fils de Don Alvarez de Santa Gruz et de sa femme Doha Mencia de Figueroa, qui se trouvent dans Téglise des religieuses Franciscaines de la même ville. Pedro Rodriguez, un des artistes les plus en renom de son époque dans les Gastilles, est l'auteur de la plupart des statues du grand retable de la paroisse de Villacastin, remarquables par Tharmonie de leurs proportions et Theureux agencement de leurs draperies. Un artiste inconnu élève, dans Téglise San Gil de Burgos, le tombeau de Don Juan Garcia de Castro et de sa femme, représentés couchés côte à côte sur leur sarcophage, surmonté d'un frontispice, le tout dans un goût italien plus luxueux qu'épuré.

Arrivons à Gonzalez de San Pedro, qui passa pour avoir été l'élève de Miguel de Ancheta, dont le style offre de nombreuses analogies avec le sien. Son principal ouvrage est le grand retable de l'église de Gascante, exécuté en collaboration avec Ambrosio Vengoechea. Ge splendide travail, tout en bois de pin et de noyer, se compose de trois corps d'architecture superposés. Le

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premier, d'ordre corinthien, montre la Naissance de la Vierge, groupe de figures de grandeur naturelle, et dans Fentre-colonnement, les statues de saint Pierre et de saint Paul, surmontées de médaillons figurant leurs martyres; le second corps, d'ordre composite, le Couronne-

FIG. 75. — TOMBEAU DE l'kvÈQUE ALONSO DE VELAZQUEZ.

(Eglise Tudela de Duero.)

ment de la Vierge, la Présentation au Temple, V Assomption, saint Jean et la Madeleine; le troisième, dominé par le Christ en croix; à droite, la Circoncision et la statue de saint Diego, à gauche, la Visitation et la statue de saint Roch. Le tabernacle renferme des

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bas-reliefs des plus fins et des plus délicats, empruntés aux divers épisodes de la Passion. C'est un brillant spécimen de Tart de la Renaissance espagnole, aussi remarquable par la perfection de Texécution que par la pureté du dessin. Vengoechea composa seul, en 1604, le grand retable de Téglise des Franciscains de Tolosa, en bois de chêne et de noyer, et, plus tard, en 1617, les sculptures du sanctuaire de l'église de Renteria, dans la province de Guipuzcoa.

Dans les dernières années du xvi® siècle, un artiste anonyme élève, dans Téglise de Tudela de Duero, le monument funéraire, surmonté de sa statue agenouillée, à'Alonso de Vela^que^, archevêque de Santiago (fig. 75) ; en 1584, Jorge Common entreprend les stalles de la cathédrale de Barbastro, achevées dix ans après par Juan Cubero; un peu plus tard, Simon Bueras est occupé aux basiliques de Tolède et de Cordoue; en I 596, Adrian Alvarez commence un retable pourl'église San Benito el Real de Valladolid, que la mort Tempêche d'achever et que finit Pedro de Torres.

Pablo de Rojas, qui eut Thonneur d'être le maître de Mariinez Montahes, comme nous verrons, modèle un crucifix qui fut fort admiré, pour le comte de Monteagudo; Juan Vera, en 090, édifie, dans la cathédrale de Jaen, le mausolée du chanoine Pedro Hernande\ de Cordoue, et serait, s'il fallait s'en rapporter à Palomino, l'auteur des statues et des bas-reliefs de la grande chapelle des Franciscains de la même ville.

Domenikos Theotokopuli, né en Crète, vers 1547, mort à Tolède en 16 14, est beaucoup moins connu comme sculpteur que comme peintre. Ses principales

œuvres de statuaire, aujourd'hui en grande partie détruites, se trouvaient dans les églises des Franciscains et de la Charité d'Illescas, petite ville située non loin de Tolède. Dans l'église des Franciscains, il avait élevé les monuments funéraires de Don Gedeon de Hinojosa, ministre du conseil de la Chambre de Castille et des Indes, et celui de sa femme, Dona Catalina Velasco. Ces tombeaux, en marbre blanc, consistaient en deux niches ornées de pilastres et d^un frontispice, dont le centre était occupé par une table, sur laquelle les deux défunts étaient agenouillés sur un coussin, les mains croisées. Dans Téglise de la Charité, se voient du maître les statues d'Isaïe et de saint Siméon. C'est encore au Greco que sont dues, croit-on, à Tolède, les sculptures du grand retable de Téglise de l'Hôpital d^Afuera et un groupe en bois polychromé de la Vierge remettaîit la chasuble miraculeuse à Saint Ildefonse^ aujourd'hui au séminaire.

Le muse'e archéologique de Madrid conserve de curieuses sculptures du xvi^ siècle : la statue de marbre de Don Pedro provenant de l'église Santo Domingo el Real; un retable d'albâtre, orné de bas-reliefs, empruntés à la Vie de la Vierge, provenant du monastère de Sainte- Engracc de Saragosse; puis diverses statues, en bois peint, de grand caractère, entre autres : une Vierge avec l'Enfant Jésus dans les bras.

Avant de passer plus avant, il convient de s'arrêter à une dynastie d'artistes italiens qui joua un rôle important dans rhistoire de la sculpture en Espagne, composée de Leone Leoni, Pompeo Leoni, et Miguel Leoni, le père, le fils et le petit-hls. Leone Leoni, né à

Arezzo à la fin du xv' siècle, fut appelé par Charles- Quint, à Bruxelles et ensuite à Madrid, où il modela et fondit le fameux groupe représentant le souverain triomphant de la Fureur par la Vertu, revêtu de son armure qui le laisse ensuite nu; les statues de Vimpératrîce Isabelle, et du marquis del Vasto, le buste du duc d'Albe; divers autres ouvrages, pour la plupart aujourd'hui, au musée du Prado, à Madrid et nombre de médailles. Rentré dans sa patrie en i 558, il mourut à Milan, en i585. Pompeo Leoni, son fils, né à Milan, sans doute appelé comme son père par Charles- Quint, resta à la mort de celui-ci au service de Philippe II, qui Papprécia grandement. Après avoir modelé, en 1 570, diverses statues pour des arcs de triomphe de circonstance, dressés à Poccasion de l'entrée à Madrid de la reine Anne d'Autriche, il exécuta de nombreux bustes et de non moins nombreuses effigies des membres de la famille royale, entre autres, celles du prince et de la princesse du Brésil^ pour le monastère des Hiéronymites de Guadalupe. Il modela les esquisses des statues du duc et de la duchesse de Lerme, fondues comme nous avons vu, par Juan de Arfe et son gendre, pour l'église San Pablo de Valladolid; les quatre apôtres du grand retable de l'église San Miguel et San Julian de la même ville. Ses œuvres les plus importantes n'en demeurent pas moins les statues de bronze doré et enrichies de pierreries, qu'il modela et fondit, entre 1593 et 1600, pour l'église de l'Escurial; d'abord, pour le sanctuaire, celles de Charles-Quint (fig. 76), de sa femme Isabelle^ de sa fille Dona Maria et de ses deux sœurs Leonor et Maria;

ensuite, les effigies de Philippe II (Hg. 77), de trois de ses femmes, Maria de Portugal^ Isabelle de Valois^ Anne d^ Autriche et de son fils Don Carlos^ puis les quinze statues, également en bronze doré, de saints et de docteurs du grand retable. Dans ces immenses travaux exécutés en partie en Espagne, et en partie en Italie, il se fit aider, d^abord, par son fils Miguel, puis, par Millan de Vilmercasti; par les deux Trezzi, Toncle et le neveu venus de Milan, à qui sont dues les décorations de jaspe du grand autel; par Salvador, par Pedro Castello, etc. A côté d'une véritable science, d'un puissant sentiment décoratif, ces ouvrages témoignent du goût de l'emphase, de l'amour de l'excessif et du théâtral, dont étaient imprégnées les écoles de la décadence italienne.

Outre leur collaboration avec Pompeo Leoni au grand retable de TEscurial, les Trezzi exécutèrent, avec l'aide de Julio Miseron et de Juan Esteban, le tabernacle de ce retable; le plus jeune travailla également, avec Gambiaso, cet autre aide de Pompeo Leoni, à la statue de Philippe IL Giacome Trezzi el Viejo mourut en 1589; Giacome Trezzi el Mozo, en 1600.,,

Après ceux-ci, d'autres artistes italiens méritent au moins une mention; citons parmi eux : Pietro Milanes, sculpteur en stuc, amené d'Italie parle Bergamese, qui prit part, en iSbg, à la décoration de la Tour neuve de l'Alcazar de Madrid; Giovanni Antonio Sormano, frère et élève de Leonardo Sormano, sculpteur de Grégoire XIII et de Sixte-Quint, qui élève la fontaine de la Casa del Campo, en 1571, et meurt à Madrid, en 1575. Citons encore Gasparo et Andréa Luca, le père et le

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fils, occupés à PEscurial, en i583 ; Blas de Urbina, en i586; Giovanni Battista Caravaglio, arrivé en Espagne, en iSjS, qui modela et. fondit les bustes en bronze du reliquaire de l'Escurial; Giuseppe Sangronis de Florence, auteur des lions de la fontaine de la Chancellerie à Grenade, mort dans cette ville, en i586; Gio- Battista et Nicolas Bonanome, sculpteurs de Philippe II; Clémente Birago, de Milan, mort en 1592, graveur en médailles, à qui Ton doit les fameux portraits de Vlnfant Don Carlos et les écussons d'Espagne creusés dans le diamant, qui suscitèrent un véritable enthousiasme; Giovanni Paolo Poggini, graveur en médailles, auteur de différentes efhgies fort remarquables de Philippe II; Pietro Prata ou Prado, de Naples, qui se distingua surtout comme architecte; Pellegrino Tibaldi, peintre, et aussi architecte, en plus de sculpteur; Antonio Spano, de Naples, venu en Espagne, vers iSjS, élevé plus tard par Philippe II à la dignité de premier valet de chambre du souverain, mort à Madrid, en 161 5; son fils Francesco, fort apprécié par le souverain comme sculpteur en ivoire, qui regagna Tltalie, en 162 i.

D'autres artistes, sans être italiens, s'assimilèrent leur style et suivirent leurs errements. Parmi ceux-ci, il faut faire une place à Pedro de Cuadra, probablement élève de Pompeo Leoni, qui passa sa vie entière à Valladolid. Il y tailla les stalles du chœur de la chapelle du monastère du Saint-Esprit; en i 593, y acheva le principal retable du couvent de la Merci, commencé par Isaac Juni; puis, en 1607, y modela et sculpta, pour l'église du couvent de Santa Catalina, les statues mortuaires

d'Antonio Cabe^a de Vaca et de Maria de Castro, sa femme, représentés tous deux agenouillés, dans le costume du temps, la lourde fraise godronnée au cou. Quoiqu'un peu raides d'aspect, ces deux efrigies ne manquent pas de caractère.

Après Alonso Berruguete, après Bartolome Ordonez et Gaspar Becerra, épris avant tout de Tampleur des formes antiques, de l'élégance païenne de la Renaissance italienne; après leurs élèves directs qui les suivirent à Tenvi dans cette direction, quitte à perdre leurs qualités natives, il se fit, dans les Gastilles, une sorte de réaction inconsciente, à Tinsu presque de ceux qui en furent les promoteurs et les chefs. Quoique ces artistes, même ceux qui n^avaient pas traversé la Méditerranée, fussent tous plus ou moins engoués de musculatures exagérées et violentes, ils n'en ramenèrent pas moins, pour un temps, dans sa véritable voie, Part espagnol, prêt à sombrer dans les allégories et la mièvrerie.

Parmi ces novateurs qui s'attaquèrent aux formes avec une sorte de furie âpre et s'acharnèrent à exprimer le paroxysme de la sensation, dans leur amour ardent, absolu et jamais assouvi de la vie, il convient de mettre au premier rang Esteban Jordan, Juan de Juni et Gregorio Fernandez. Ne leur reprochons donc pas trop leur manque d'élégance, de finesse et de simplicité; ne cherchons pas, dans leurs productions, la tendresse, la douceur, les grâces mélancoliques, toutes choses qui en sont délibérément absentes. Ils sont, avant tout, religieux, exclusivement spiritualistes, à l'aide de procédés naturalistes, s'attachant à l'exprès-

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sion des sentiments moraux, en cela en complet désaccord avec la sculpture de la Renaissance italienne, fille de Tantiquité, éprise uniquement, selon l'expression de M. L.

Gonse, « du jeu des formes et de leur signification purement physique ».

Ces maîtres n'avaient pas le goût très pur, c'est entendu; jusqu'à un certain point, on peut les accuser d'avoir préparé la décadence qui devait suivre, mais ceitedécadence ne commençait-elle pas déjà?

En Italie, l'Algarde et Borromini passaient pour des génies; le Bernin, rival de ce dernier, l'auteur de la chaire et du baldaquin de Sainl- Pierre, régentait l'art; il était le maître incontesté, écouté, devant lequel tous s'incli-

naient, grands et petits, envié au Pape par les plus puissants souverains, par les nations rivales.

Esteban Jordan, comme tant d'autres, fut, à la fois peintre, architecte et sculpteur. Sa vie est restée mystérieuse; bien rares sont les faits le concernant que Ton puisse certifier. Selon toute probabilité, il dut voir le jour dans les Gastilles, entre i53^ et i536, et mourir dans les premières années du xvii« siècle. Toujours est-il que, vivant encore en i 597, il était mort en 1 604. Fit-il le voyage d'Italie? C'est douteux. Il est probable, quoiqu'on ne puisse l'assurer, qu'il étudia sous la direction de Berruguete, dont il devint le parent par alliance. Il fut élevé à la dignité de sculpteur en titre de Philippe II, honneur fort apprécié; mais on ignore à quelle occasion. La plus grande partie de son existence se passa à Valladolid, alors capitale artistique aussi bien que politique de l'Espagne. Ainsi que pour leplus grand nombre des maîtres de son époque, il est bien difficile de distinguer les ouvrages sortis de ses mains, de ceux que ses élèves firent sous sa direction ou d'après ses modèles. Son chef-d'œuvre est le maître-autel de l'église de la Madeleine, de Valladolid, renfermant de grands basreliefs figurant la Transfiguration^ la Vierge des douleurs^ un Calvaire^ la Madeleine lavant les pieds du Christ^ r Adoration des rois^ les Pèlerins d'Emmaiis, V Ascension, et de nombreuses figures de grandeur naturelle, telles que les statues de ^^/n^ Paul, de saint Philippe et de saint Jacques; dans ce même sanctuaire, il construisit le tombeau de Don Pedro Gasca (fig. 78), le pacificateur du Pérou, consistant en un sarcophage de marbre veiné; sur la table mortuaire repose le prélat,

KjO LyV SCULPTURE ESPAGNOLE

en vêtements sacerdotaux, la mitre en tête, les mains jointes tenant le bâton pastoral. Citons encore, parmi les monuments funéraires sortis de son ciseau, ceux de

FIG. 80. — JUAN DE JUNI. — SAINT JEAN ET LA VIERGE. FRAGMENT DE I. 'ENSEVELISSEMENT DU CHRIS I'.

(Musée provincial de Valladolid.)

Don Juan Ortega et de Don Martin de Vergara, destinés à des églises de Valladolid, ainsi que celui de Don Alvaro de Mendo^a, évêque d'Avila, exécuté

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