FI G. 94. — ALONSO CANO. — SAINT BRUNO
(Chartreuse de Grenade.)
bois, pour le couvent des religieuses de Sainte-Anne; à Madrid, un Christ en croix pour les moines bénédictins de Montserrat; à Valence, un autre Christ en croix pour Tautel du Socos; à Malaga, une Immaculée-Conception pour l'église de l'Incarnation; à Grenade, une Vierge tenant TEnfant Jésus dans les bras, un saint Bruno (tig. 94) à la chartreuse; un Ange Gardien, en marbre, dans Téglise des Franciscaines; une Vierge au rosaire amoureusement modelée, une Immaculée -Conception différente de celle de Malaga, aux yeux tristement pensifs, aux mains pieusement jointes, un saint Bruno^ différent également de celui de la chartreuse, d'une piété et d'un ascétisme extraordinaires et un buste de saint Paul, dans la cathédrale. N'oublions pas de signaler une tête du Précurseur, dans un plat; ce masque de décapité, dont les yeux enfoncés sous l'arcade sourcilière semblent humides de larmes, dont la bouche paraît respirer encore avec ses lèvres palpitantes, est une véritable merveille. L'artiste n'a pas reculé devant les détails les plus naturalistes, le cou brusquement coupé par le glaive du bourreau laisse voir les artères, les veines et les nerfs obstrués de sang extravasé et coagulé. Notons en passant un Christ en croix (fig. 93), avec un buste de la Vierge au pied du gibet, et une statuette de saint François Assise (fig. 95), tous deux en France, qui semblent porter les caractères d'une authenticité indiscutable.
A Murcie, dans l'église Saint-Nicolas, se trouve une œuvre hors de pair de Cano, c'est un petit saint Antoine de o m. 60 environ de hauteur, que l'on peut appeler un chef-d'œuvre et qui serait le chef-d'œuvre
p:poque moderne
de l'artiste, si Ton ne connaissait son fameux saint Fî^ançois d'Assise, aujourd'hui à Paris dans la collection Odiot.
Cette figure ascétique de moine, embrasée de Tamour divin, e nveloppée dans un froc grossier cousu d^innombrables morceaux, d\in aspect si saisissant et si profondément religieux, est trop célèbre pour qu'ilsoit nécessaire de la(décrire.
Jamais, Part chrétien n'a produit une
Fie. QD. — ALONSO CANO. — SAINT FRANÇOIS
d'assise. (Collection Ign. Zulcaga. Paris.)
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œuvre plus complète, d'un mysticisme plus absolu, d'un sentiment plus profond. Fra Angelico, Simone Memmi, Memling, n'ont pas été au delà.
A quelle date de la vie d'Alonso Cano faut-il reporter cette statuette sans pareille? Il est bien diftîcile de rien préciser à cet égard. Elle est assurément antérieure aux années i662-63, époque à laquelle fut taillé par Pedro de Mena son saint François d"" Assise (Hg. 96) de la cathédrale de Tolède, popularisé par la copie qu'en a exécutée Zacharie Astruc, et inspiré, pour ne pas dire plus, par celle-ci qui serait une merveille si le saint François d'Assise d'Alonso Cano, son maître, n'existait pas.
Pedro de Mena, né au bourg d'Adra dans les Alpujarras, fut le meilleur élève d'Alonso Cano, celui dont le talent approcha le plus du sien. Son premier ouvrage fut une statue de Notre-Dame de la Conception, de grandeur naturelle, destinée à Péglise d'Alhendin, fort prisée de son maître qui, depuis lors, lui céda les commandes qu'il ne pouvait exécuter lui-même, pour lesquelles il lui confiait ses dessins et ses esquisses. Parmi les ouvrages de Pedro de Mena faits de la sorte, se trouvent les statues de l'église des religieuses de l'Ange de Grenade et quarante statues de la cathédrale de Malaga, commencées en 1 658 et achevées quatre ans plus tard, en 1662. En 1680, il livra encore pour ce sanctuaire un saint Biaise et un saint Julien taillés en plein bois de cèdre.
Après la mort d'Alonso Cano, Pedro de Mena, reconnu à juste titre comme un des premiers sculpteurs de son temps, fut appelé à Madrid par don Juan d'Autriche
ÉPOQUE MODERNE
qui lui commanda pour la reine-mère une Vierge avec saint Jacques à ses pieds.
Cet ouvrage mit le comble à sa réputation, et le prince Doria, alors à Madrid, se hâta de lui demander un Christ en croix qui, apporté en Italie, y fut hautement apprécié.
Pedro de Mena a beaucoup produit. On lui doit, à Grenade, dans la cathédrale, la statue équestre plus grande que nature de Santiago^ placée sur le retable de la chapelle dédiée à cet apôtre; au couvent des Bernardins, les statues de saint Benoit^ de saint Bernard et de la Vierge en costume de religieuse; au couvent des Mercenarias déchaussées, une Vierge, FEnfant Jésus dans les bras; au monastère du Garmel, un prophète Elie; au couvent des Minimes, un saint François de Paule; à Madrid, dans l'église des Récollets, un Crucifix de
Cliché Lacoste, Madrid.