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CHRIST FLAGELLE

(Séminaire de Salamanque.)

Divine Bergère, pour le monastère de Saint-Gil. Salvador Carmona fut un artiste des plus laborieux. A Madrid, à Salamanque, dont le séminaire renferme de lui un Christ flagellé (fig. io8), en bois, une de ses meilleures productions; à Talavera la Reina, un peu de tous côtés, on rencontre de ses ouvrages, dont le nombre, paraît-il, s'élève à plus de cinq cents statues, groupes ou bas-reliefs. Il mourut à Madrid en 1767, laissant une pléiade d'élèves, entre autres ses neveux Josef Manuel et Juan Antonio Salvador Carmona, Francisco Gutierrez, Alonso Ghavez, etc.

Juan Pascual de Mena, né à Villaseca de la Sagra, en 1707, mort à Madrid en 1784., successivement sousdirecteur, directeur et directeur général de l'Académie San Fernando, n'est qu'un imitateur des sculpteurs français Dumandré et Pitué, dont il exagère les attitudes théâtrales, les musculatures outrées, les formes contournées. Fort apprécié du souverain, il fut un des cinq artistes choisis par lui pour faire un modèle de la statue équestre de Philippe V. D'une fécondité prodigieuse, il meubla de ses œuvres les différents édifices religieux et civils de Madrid; mais son meilleur ouvrage est sans contredit la gracieuse Catherine de Sienne qui lui avait été commandée pour l'église d'Atocha; on peut encore nommer, après elle, le buste en marbre de Charles III ^ taillé pour l'Académie San Fernando et la statue de Neptune, du Prado. Juan Pascual de Mena eut de nombreux disciples, parmi lesquels Juan Antonio Perez de Castro, mort prématurément à Rome, Cristobal Salesa, Pedro Estrada, José Pujol, etc.

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D^autres artistes prirent part à cette tentative, pour ainsi clireavortée,de rénovation artistique. Parmi ceux-ci, citons Carlos Salas, né à Barcelone en 1728. C'est seulement lorsquMl eut atteint ses vingt-quatre ans qu'il put se rendre à Madrid pour étudier, d'abord sous la direction de Felipe de Castro et ensuite sous celle de Giovanni Domenico Olivieri. Ses progrès rapides lui valurent de nombreux prix à l'Académie San Fernando; le roi lui offrit même une pension pour aller se perfectionner à Rome; mais il refusa, afin de pouvoir soutenir ses vieux parents par son travail. Son œuvre consiste en bas-reliefs à la Bourse de Barcelone et au Palais-Royal de Madrid, et surtout en travaux décoratifs à la cathédrale de Saragosse et dans d'autres édifices de cette ville et de ses environs. L'église del Pilar de Saragosse et celle des Agonisants de Madrid renferment de nombreuses statues en bois sorties de son ciseau. Il est aussi l'auteur du buste en bronze de Charles III ^ qui se trouve au Panthéon des anciens souverains aragonais, au monastère de San Juan de la Pena, près de Jaca, et des bas-reliefs qui décorent le tombeau de sainte Thècle, dans la cathédrale de Tarragone. Carlos Salas mourut à Saragosse en 1788.

Francisco Gutierrez, né en 1 727 aux environs d'Avila, étudia d'abord ù Madrid sous la direction de Luis Salvador Carmona pendant six longues années, puis parlit pour Rome avec une pension du roi. Il y travailla avec le statuaire italien Maïni et ne revint dans sa patrie qu'au bout de douze ans. Les honneurs ne lui firent pas défaut; dès son arrivée Charles III le nomma sculpteur de la Chambre et membre de l'Académie

San Fernando. Ses ouvrages se rencontrent dans la plupart des édifices civils et religieux de Madrid. Il est Fauteur de la statue de Cybèle du Prado et des décors des portes à''Alcala et de saint Vincent; mais son œuvre principale, celle qui a fait le plus pour sa renommée, c^est le mausolée de Ferdinand VI exécuté par ordre de Charles III, qui se trouve dans le célèbre monastère de las Salezas Reaies de Madrid. Placé dans une niche dont les armes d^Espagne forment la clef, il consiste en un sarcophage supporté par deux lions de bronze recouverts à demi par un rideau de porphyre, qu'un enfant essaie de soulever, tandis qu^un autre enfant tient une épée nue; à droite et à gauche, se trouvent les statues colossales de la Justice^ de V Abondance et, en face, un bas-relief montraint le roi protecteur des Beaux-Arts; en arrière, sur une sorte de pyramide, le Temps enchaîné tient d^une main le médaillon du monarque qu'il désigne de l'autre main. Francisco Gutierrez meurt à Madrid en 1782, laissant un grand nombre d'élèves parmi lesquels Alonso Ghavez que nous avons déjà nommé comme disciple de Luis Salvador Garmona; Pablo Serda, Juan Felipe Apezteguia qui avait commencé par être chanteur et devint membre de ^Académie San Fernando, Josef Martinez de Reyna, Martin Gutierrez et Josef Guerra, ses neveux.

Pedro Gosta naquit à Vich, dans le'premier tiers du xviii° siècle, et mourut en 1761. Ses ouvrages se trouvent à Barcelone, à Tarragone, et dans d'autres villes moins importantes de la Gatalogne.

Geledonio del Arce, né à Burgos, en ijSg^ tailla en

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ivoire une statuette équestre de Charles III^ dont le succès fut tel, qu'il fut nommé sculpteur de la Chambre. Cette statuette eut l'honneur d'être gravée par Téminent burinisie Manuel Salvador Carmona, neveu du sculpteur du même nom. Celedonio del Arce mourut en 1 795 membre de l'Académie San Fernando.

Un Français, Philippe Boiston, né à Paris et venu à Madrid à l'époque de l'achèvement du nouveau Palais-Royal, à l'ornementation duquel il fut employé, fit aussi partie de l'Académie San Fernando (1744).

Manuel Alvarez, né à Salamanque en 1727, considéré par ses contemporains comme un des restaurateurs de l'art, fut nommé directeur de l'Académie San Fernando en 1762. On lui doit diverses statues de rois au Palais- Royal, les cinq figures de la fontaine d'Apollon, au Prado, et de nombreux bas-reliefs et statues de marbre et de pierre, pour les édifices religieux de Madrid et d'autres villes des Castilles.

Juan Henrich, qui résidait en Catalogne et fut néanmoins nommé membre de l'Académie San Fernando, en 1782, acquit une réelle célébrité par l'exécution de deux tombeaux : l'un, celui dumarquis de Meca, élevé chez les Carmélites déchaussées de Barcelone, consistant en une effigie du défunt, accolée de deux statues allégoriques; l'autre, celui du marquis de la Mina, surmonté de son effigie et orné d'un bas-relief représentant une bataille, que l'on voit dans l'église Saint- Michel de Barcelonnette.

Malheureusement, la plupart de ces artistes, en entreprenant de rénover l'art en Espagne, avaient assumé une tâche au-dessus de leurs forces. Épris d'une sorte de

fétichisme de l'antiquité, que les découvertes d'Herculanum et de Pompéi venaient de remettre à la mode, ils se lancèrent dans une imitation poncive et glacée des chefs-d'œuvre grecs et latins. Les ouvrages de ces professeurs, ou plutôt de ces pédagogues qui cherchèrent à réduire en formules les merveilles de l'époque de Phidias et de Périclès, sont froids, guindés, emphatiques, gourmés et solennels.

Ils furent d'ailleurs assez peu écoutés, et le goût du boursouflé et de Pemphase continua à être fort prisé. On en trouve la preuve, dans le monument qu'élevèrent, à Cordoue, vers 1765, enThonneurde Parchange Raphaël, deux Provençaux, Pun architecte, Balthasar Graveton, l'autre sculpteur, Michel Verdiguier, ce dernier directeur et recteur de l'Académie de peinture et sculpture de Marseille. Ces artistes avaient sans' doute été attirés en Espagne parle succès de Robert Michel, qui avait longtemps résidé à Montpellier.

Le monument élevé, par Graveton et Verdiguier, sur une petite place de Cordoue, tout près de la mosquée, est connu sous le nom de Triunfo (fig. 1 09) — le Triomphe. — Des plus bizarres, il consiste en une colonne de marbre rose, avec un chapiteau corinthien de bronze doré, surmonté d'une statue, également en bronze doré, de Varchange Raphaël, lesaileséployéesetPépéeàla main. Cette colonne repose sur une sorte de lanterne, dont le soubassement, formé de rocailles, est occupé par les statues de saint Acisclo, de sainte Victoire et de sainte Barbe, en compagnie d'un lion, d'un cheval, d'un monstre marin et d'un palmier. Parmi les autres productions de Verdiguier, se voient : à Cordoue, dans la mosquée, une

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Statue de sainte Ine^, ainsi qu'une chaire décorée dans le style le plus extravagant, au pied de laquelle il a placé un colossal taureau en marbre, attribut de saint Luc, dans une pose des plus contournées; à Jaen, dans la cathédrale, onze statues couronnant l'édifice à Textérieur; et dix-huit figurations d'anges et d'enfants, dansla chapelle du trésor.

Le faux goût que décèlent ces différents ouvrages, n'empêcha pas Verdiguier de jouir d'une haute réputation et d'être même nommé membre de l'Académie San Fernando.

Le peu de sentiment d'art réel, qui

Cliché Lacoste, Madrid.

FIG. lOg. — GRAVETON ET VERDIGUIER.

LE TRIUNFO (Cordouc.)

subsistait encore dans la péninsule, s^était réfugié dans les productions de quelques artistes, gâtés jusqu'à un certain point, il est vrai, par le mauvais goût régnant, mais chez lesquels la sève naturaliste n'était pas encore absolument tarie. De ce nombre , sont les Zarcillo, qui forment toute une pléiade.

Nicolas Zarcillo, le père, était Italien, né à Capoue; mais venu de bonne heure à Murcie, il s'y maria et eut plusieurs enfants qui suivirent la carrière paternelle. L'aîné, Francisco, naquit en. 1707. Il étudia d'abord sous la direction du peintre don Manuel Sanchez, qui était prêtre, puis sous celle de son père. A peine âgé de vingt ans, il acheva une statue d''Ine^ de Montepoliciano commencée par Nicolas, qui établit immédiatement sa réputation. Mandé à Madrid, pour exécuter les effigies des principaux rois d'Espagne destinées aux palais royaux nouvellement construits, il appela, pour Taider dans cet immense labeur, ses frères Josef et Patricio et sa sœur Inez. Ils se partagèrent la besogne; Inez modelait en terre, Josef taillait le bois et Patricio colorait les statues. Ce travail achevé, les Zarcillo retournèrent à Murcie, où Francisco établit iine école des Beaux-Arts dont la durée fut des plus éphémères.

Parmi les ouvrages de ce dernier, il faut citer, à Murcie, un Chemin de croix ou Paso, composé de treize personnages de grandeur naturelle, taillés dans du bois, recommandable par un grand effet d'ensemble et la variété des attitudes, mais d'un naturalisme vraiment excessif. La tête du Christ, notamment, est d'une vulgarité désespérante. Toujours à Murcie, dans l'église de Jésus il convient de signaler la Prière au Jardin des OU-

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viers^ comprenant cinq personnages; la Flagellation^ quatre; Jésus fléchissant sous la a'oix, cinq (fig. no); puis, deux statues isolées : la Vierge des Douleurs et sainte Véronique; dans l'église Santo Domingo : la statue de sainte Ine:( de MontepolicianOj dont il a déjà été question, celles de saint Thomas d'^Aquin^ de saint Vincent Ferrier^ de sainte Catherine embrassant le Christ^ de saint Pie F, de saint François, de saint Dominique^ de saint Gon^ague d'Amaranthe. Mais, arrêtons-nous, après avoir noté une petite Immaculée Conception^ appartenant au musée de Pau (fig. ni), qui semble bien devoir lui être attribuée. L'œuvre de cet artiste est innombrable et dépasse, dit-on, dix-huit cents figures de grande dimension. Il est juste d'ajouter que nombre d'entre elles, comme celles de la Cène, sont habillées et que le travail du sculpteur s'est borné à tailler les têtes, les mains et les pieds.

Après les Zarcillo, faut-il énumérer les sculpteurs alors à la mode, justement oubliés aujourd'hui? A quoi bon! Nommons cependant, parmi ceux-ci, d'abord leurs élèves, Roque Lopez, qui ne travailla que d'après leurs esquisses; Juan Porcel, qui modela la statue de saint François du couvent de Saint-Gilde Madrid; puis José Lopez auquel on doit une des statues en pierre des rois servant de couronnement au Palais-Royal; Mariano Salvatierra, auteur des statues d'albâtre de saint Michel, saint Étietine, sainte Isabelle et sainte Marie- Madeleine, des autels de la chapelle de Sainte-Catherine, dans la cathédrale de Tolède; Juan Bautista Martinez de Reina, dont les œuvres sont à Zamora, Colmenar de Arija, Mostoles,au Ferrol,etc., LuisBonifazy Mazo,qui

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modela un saint Michel pour Péglise sous le vocable de Farchange à Barcelone et tailla les stalles de la cathédrale de Lerida; José Esteve y Bonet, un des artistes les plus féconds de son époque, dont toutes les églises ou chapelles de la province de Valence, dont il était originaire, renferment des ouvrages; Nicolas Camaron, qui tailla les stalles du chœur de la cathédrale de Ségorbe et le grand retable de Péglise des Jésuitesdelaméme ville ;Josef Gambino, dont on conserve des ouvrages à Orense; Torcuato Ruiz del Peral, qui imita Pedro de Mena dans ses bas-reliefs

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