CHAPITRE XI
Fondation de l'Académie San Fernando. — Domenico Olivieri, son premier directeur. — Felipe de Castro, ses statues et ses bustes.
— Juan de Villanueva travaille aux retables des églises de San Felipe el Real, de San Felipe de Néri de Madrid, de la chapelle de l'Incarnation de la cathédrale de Malaga. — Luis Salvador Carmona, ses travaux à Madrid, à Salamanque, à Talavera la Reina. — Pascual de Mena, ses ouvrages. — Carlos Salas exécute des bas-reliefs pour le Palais Royal de Madrid, des décorations à Notre-Dame del Pilar et à la Seo de Saragosse. — Francisco Gutierrez dresse le mausolée de Ferdinand VI au monastère de las Salezas Reaies de Madrid. — Pedro Costa, Celedonio del Arce, leurs productions. — Manuel Alvares sculpte les figures de la fontaine d'Apollon du Prado, ainsi que de nombreux bas-reliefs et statues, — Juan Henrich construit les tombeaux des marquis de Meca et de la Mina à Barcelone. — Pauvreté d'invention et froideur des ouvrages de ces divers artistes.
— Graveton et Verdiguier dressent le monument du Triunfo à Cordoue. — Les Zarcillo taillent les pasos de Murcie. — Autres sculpteurs. — Décadence complète.
Ferdinand VI, navré de la déplorable situation de Fart, crut y remédier en créant PAcadémie San Fernando, qu'il dota largement. En peinture, l'effet de cette institution fut nul, en sculpture, médiocre; en architecture, elle contribua à cette sorte de renouveau, dont on trouve la preuve dans l'édification de la Douane de Valence, de l'arc triomphal d'Alcala, à Madrid, de la ma-
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nufacture de tabacs de Séville, qui ne sont pas des monuments sans valeur et paraissent surtout une protestation contre ceux que l'on élevait alors.
La fondation de TAcadémie San Fernando date de 1 75 I ; elle fut même autorise'e, si l'on compte les années de tâtonnements, quelque peu antérieurement. Quoique l'enseignement de ses premiers professeurs, les sculpteurs Domenico Olivieri, Felipe de Castro, Antoine Dumandré, Robert Michel, Pascual de Mena, Luis Salvador Carmona, n'ait pas produit des résultats très brillants, ceux-ci furent, — il faut le reconnaître, — animés des meilleures intentions et essayèrent de ramener la sculpture dans une voie plus sage et plus raisonnable. Malheureusement, dans renseignement académique préconisé par eux, la recherche d'une beauté voulue et de commande tient plus de place que l'étude naïve de la vérité.
Le premier directeur de l'Académie San Fernando, Giovanni Domenico Olivieri, naquit en Italie, à Carrare. Après avoir travaillé pour la maison de Savoie, à Turin, il vint en Espagne sur les instances du marquis de Villarias. A Madrid, il fut, dès son arrivée, nommé premier sculpteur de Philippe V. On lui doit, entre autres ouvrages, deux des quatre statues colossales d'empereurs de la cour du Palais-Royal, les deux anges de l'autel de la chapelle de ce palais, un buste de Ferdinand VI et diverses autres sculptures.
Felipe de Castro, né en 1 7 1 1 , au bourg de Noya, en Galice, successeur d'Olivieri dans la charge de directeur de l'Académie San Fernando, avait fait le voyage d'Italie, d'où il fut rappelé par Ferdinand VI pour exécuter
son buste et celui de la reine. Il fit ensuite ceux de Josef de Carbajal^ de Don Alfonso Clémente de Arostegui, du Père Sarmiento et de Don Jorge Juan. On lui doit encore les statues colossales des empereurs Trajan et Théodose, érigées dans la grande cour du Palais- Royal ; quatre médaillons dont les sujets sont empruntés aux Travaux d'Hercule^ pour ce même palais; la fontaine de marbre du palais de Boadilla; à Teruel, letombeau de Tinquisiteur Don Francisco Ferez de Prada, sans compter d'autres sculptures disséminées dans les églises de Madrid, de Séville, etc.
Felipe de Castro était un artiste correct, sage, pondéré, épris avant tout de l'antiquité. Il jouit de son vivant d'une renommée et d'une réputation sans égales.
Il a été suffisamment question d'Antoine Dumandré et de Robert Michel pour qu'il ne soit pas besoin de revenir sur leur compte. Juan de Villanueva, qui remplit, lui aussi, la charge de directeur de l'Académie San Fernando, naquit dans les Asturies en 1681 et mourut à Madrid en 1765. Il a à son avoir de nombreuses statues d'un dessin très châtié et assez élégantes, témoin à Madrid : celles qui ornent le retable de San Felipe el Real; surtout la Vierge de l'église des Récollets; le groupe à^anges et le saint François de Borgia du grand retable de l'église Saint- Philippe de Néri. Luis Salvador Carmona appartient, lui aussi, avec Juan Pascual de Mena, à la fondation de l'Académie San Fernando. Il naquit près de Valladolid en 1709; les dispositions qu'il montra pour le dessin, dès sa première jeunesse, l'avaient fait distinguer par un chanoine de Ségovie qui lui procura le moyen d'aller à
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Madrid où il entra dans Tatelier de Juan Ron; Salvador Carmona resta sous sa direction six années, au bout desquelles il modela divers morceaux, qui le firent remarquer. Son maître Passocia alors à ses travaux et le chargea de tailler en pierre les statues modelées par lui de saint Isidore et de sainte Marie, du pont de Tolède; puiscelle de saint Ferdinand^ de riiôpital général.
Après la mort deJuanRon,il exécuta, avec le gendre de celui-ci, Joset Galvan, un saint Joseph et une sainte Anne, destinés au grand retable de Notre-Dame de Belem, du couvent de Saint-Jean de Dieu, ainsi qu'une
FÏG. 108.
Cliché Lacoste, Madrid.