LART À ROME AVANT LE BERNIN
XouR comprendre l'évolution de l'art romain au xvn<= siècle il faut remonter à quelques années en arrière et reprendre l'histoire de cet art au point oii les élèves de Michel-Ange l'avaient laissé.
Avec Montefupo, Montorsoli et Guglielmo délia Porta, c'était l'art même de la Renaissance qui s'était pleinement épanoui à Rome. Mais cet art trop épris de l'étude des formes, cet art qui ne faisait plus de place à l'expression de la pensée chrétienne, ne pouvait s'installer à Rome sans résistance. La Papauté comprit l'imprudence qu'elle avait commise en s'abandonnant sans réserve au courant de la Renaissance et, à la fin du xvi« siècle, elle tenta d'enrayer ce mouvement qu'elle avait tout d'abord encouragé.
A Rome, à la fin du xvi* siècle, il ne s'agit plus de s'attarder, comme le faisait un Léon X, à la contemplation des chefs-d'œuvre antiques et de borner ses désirs à la recherche de l'idéal des formes, il s'agit de défendre la religion elle-même attaquée dans son essence et dans sa vie, d'un côté par les doctrines de la Réforme, de l'autre par les invasions des Musulmans. Combien secondaires nous apparaissent même les efforts d'un Jules II disputant à des étrangers une partie du sol italien, devant l'œuvre de ces Papes ayant à lutter à la fois contre les hérétiques et contre les infidèles. Il s'agit bien désormais de s'intéresser à la forme d'une jambe ou à la musculature d'un torse, il faut convertir les âmes; il faut redevenir chrétien et prier. Et de nouveau le principe de l'expression des
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pensées, si violemment combattu par la Renaissance, va reprendre la première place dans Tart moderne. Ce principe même, qui pendant, tout le Moyen-âge avait dirigé l'art des peuples germano-latins et qui avait été un moment arrêté dans son développement logique par Tavénement de la Renaissance, va régner de nouveau par suite du réveil de la pensée chrétienne.
Comme Tart du xiv^ et du xv« siècle, Tart romain de la fin du xvi« siècle, dans ses recherches expressives, dans sa volonté de moraliser et d'instruire, fera renaître cette forme du bas-relief à laquelle s'étaient peu intéressés les maîtres de la Renaissance et il proscrira cette recherche du nu, qui avait été la préoccupation exclusive des maîtres florentins du xvi« siècle.
On peut considérer comme les produits les plus typiques de cet art nouveau les quatre Tombeaux des papes, de S.'*' Marie Majeure : Pie V (i 566- 1572), Sixte V (i 585-1 590), Clément VIII (1592- 1605) et Paul V (i 605-1 621). Ce sont de véritables monuments triomphaux élevés en l'honneur de la religion et des victoires de la papauté. On en jugera par le titre des sujets représentés en bas-reliefs:
Tombeau de Pie V. - Bataille de Lépante. - Remise d'une bannière à Marc Antoine Colonna. - Remise du bâton de Commandement au Duc Sforza de Santa Fiera. - Bataille du Duc de Santa Fiora contre les Protestants.
Tombeau de Sixte V. - Destruction des brigands de la campagne romaine. - Canonisation de S. Diego d'Alcala. - Sixte V envoie le Cardinal Aldobrandini pour faire cesser la guerre entre l'Autriche et la Pologne.
Tombeau de Clément VIII. - Conclusion de la paix entre la France et l'Espagne. - Prise de Ferrare. - Prise de Strigonie.
Tombeau de Paul V. - Réception des envoyés du Congo et du Japon. - Construction de la Citadelle de Ferrare. - Envoi de troupes en Hongrie au secours de Rodolphe II. - Canonisation de S.'« Françoise romaine et de S. Charles Borromée.
J'insiste sur le choix des sujets adoptés pour la décoration des Tombeaux de S.'*" Marie Majeure, car il y a là, dans l'histoire de l'art italien, un fait nouveau. C'est réellement, pour la première fois, l'introduction dans l'art italien de sujets empruntés à la vie moderne. Jusqu'alors en effet toute l'évolution de la sculpture italienne s'était faite sans sortir des motifs empruntés à la vie religieuse, des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Ce genre de bas-relief n'existe pas à Florence au xiv« et au xv« siècle. Il apparaît dans les dernières années du xv^- siècle, mais avec timidité, et les artistes préoccupés du style de la Renaissance manquent alors de la sincérité et de la naïveté qui sont nécessaires pour traiter les sujets empruntés à la réalité de la vie.
Une des conséquences du naturalisme de cet art romain de la fin du xvi« siècle fut une renaissance de l'art du portrait, de cet art que nous avons vu faiblir et presque totalement disparaître entre les mains de Michel-Ange et de ses élèves, art qui brille à nouveau ici d'un vif éclat, dans les statues de Pie V, de Sixte V, de Clément VIII et de Paul V.
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Pendant cette période, la Cour pontificale, voulant rompre avec les doctrines de l'école florentine, renonça presque absolument à faire appe! aux artistes de cette école. Pendant tout un demi-siècle nous ne verrons plus à Rome un seul de ces artistes florentins qui depuis si longtemps y régnaient en maîtres.
Presque tous les artistes que nous trouvons occupés à Rome à ce moment sont nés au nord des Apennins; quelques uns sont milanais et nombre d'autres viennent de la France ou des Flandres :
Nicolas Cordieri est lorrain; Bertolot, français; Gilles et Nicolas, sont flamands; Scîlla, Bonvicino, Maderne, sont milanais ; un seul, Paolo Olivieri, est romain.
Ces maîtres qui n'avaient pas été soumis à l'éducation florentine conservaient toute l'indépendance nécessaire pour se prêteraux désirs de la Cour romaine. Lorsqu'on juge leurs œuvres en les com- , parant soit aux chefs-d'œuvre de Michel-Ange qui les ont précédés soit à ceux du Bernin qui ont suivi, on est porté à être sévère; maïs on serait plus juste à leur égard si l'on
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but qu'ils se sont imposé, de leur volonté d'affranchissement et de leurs efforts pour créer un art nouveau.
Le groupe de ces artistes ayant travaillé à Rome dans les dernières années du xvi' siècle a été laissé dans un si complet oubli par les historiens modernes de l'art italien que je crois devoir donner ici d'après BaglioneC^ la liste de leurs principales œuvres.
(I) Baouone, Vilt dt'pitloTi, jcultari id archilttli dal Pentificato di Grtgorio XIII, del IS13 1 in Jino a' ttmpi di papa Uriane VIII, ntl 1642.
L' Art à Rome avant le Bemin
PONTIFICA T DE SIXTE V
Bresciano Prosper : il avait fait la tombe de Grégoire XIII, aujourd'hui détruite et qui a été remplacée par une œuvre de Rusconi.
Chapelle Pauline: Anges, Crttcifix de bronze à S. Jean des Florentins. Moïse de la Fontaine des Thermes, statue qui du vivant même de l'auteur fut sévè-
rement blâmée et lui fit perdre toute la considération qu'il s'était acquise par. ses autres œuvres.
Bresciano peut être considéré comme étant à Rome, à cette époque, le dernier aboutissant de la lignée des Bandinelli. Son Moïse est l'œuvre la plus détestable de cette fin d'école.