Successeurs du Bemin
devons-nous juger les idées de la Renaissance ? C'est la réponse à cette question que la fin de notre siècle a cherchée. La question n'est pas résolue et le débat se poursuit encore avec ardeur entre les partisans et les adversaires de la Renaissance, entre l'esprit classique et l'esprit moderne.
Dans cette lutte, les divers arts n'ont pas eu la même attitude. Alors que la peinture a radicalement rompu avec la Renaissance, la sculpture n'a pas encore pu se détacher des liens qui l'unissaient à ce style depuis plus de trois siècles. Les sculpteurs ont pu dire qu'en agissant comme ils le faisaient, en s'appuyant sur la tradition, ils avaient conservé à leur art des qualités de premier ordre, des qualités de noblesse et de beauté des formes que l'on ne saurait trouver au même degré dans la peinture moderne. Et pour justifier cette fidélité aux traditions antiques ils avaient de nos jours une raison nouvelle. Pour la première fois en effet le monde moderne découvrait les véritables chefs-d'œuvre de l'antiquité ; pour la première fois il pouvait étudier les merveilles du Parthénofl et du Temple de la Victoire aptère. Et vraiment il nous est impossible de ne pas être sympathique à une école à qui nous devons la Jeunesse de Chapu.
Il n'en est pas moins vrai qu'il subsiste, dans le domaine de la sculpture comme dans celui de la peinture, de l'architecture et de tous les arts, ce grave argument contre la Renaissance, qu'elle est un obstacle au développement original de l'art moderne; et l'on peut sans témérité soutenir que la sculpture actuelle, malgré sa valeur, s'immobilise, et ne se montre pas aussi apte q\ie l'art de la peinture à se transformer pour satisfaire les nouveaux désirs de l'humanité.
Nous ne nierons pas que la peinture, à vouloir si brusquement et si comi^ètement s'émanciper, s'exposait aux plus graves dangers. Renonçant d'un côté à s'appuyer sur le monde antique, renonçant de l'autre à exprimer cet ensemble d'idées si riche que l'art avait jusqu'alors emprunté à la pensée chrétienne, il devait hésiter longtemps, il hésite encore, il n'est pas parvenu à trouver sa vraie voie, et il s'attarde aux questions de technique et de métier. Mais si l'art moderne, comme la société elle-même, souffre dans cette recherche d'une constitution nouvelle, comment s'en étonner ? Ce n'est pas en quelques années que l'on peut trouver la formule d'un état social et d'un art nouveau. Dès maintenant toutefois, la France s'est rendu compte de certains côtés faibles de son école, elle a compris que l'art ne pouvait se borner à n'être qu'un simple amusement de dilettante et qu'il n'était rien que par la pensée.
Et dans cette voie nouvelle elle reconnaîtra que s'il est utile d'étudier les œuvres antiques dont les formes sont d'une beauté incomparable, elle a plus d'intérêt encore à connaître cet art chrétien qui, par son caractère expressif et son spiritualisme, est plus rapproché de l'art moderne que ne l'est l'art trop formaliste de l'Antiquité. Lorsqu'un élève a passé dix ans de sa vie à copier dans un atelier les- statues antiques, il est à craindre qu'il ne soit pas suffisamment préparé à comprendre la nature vivante et à imaginer
Les Successeurs du Bemin 225
les créations que réclament les sociétés nouvelles; et il est à craindre plus encore que cette étude trop exclusive de la forme ne le désintéresse de l'étude de l'âme humaine.
Admirons la Grèce, mais ne négligeons pas Florence. Dans nos ateliers, à côté des œuvres de Phidias et de Praxitèle, sachons réserver une place à celles de Ghiberti, de Donatello et de Luca délia Robbia, à ces œuvres qui nous rediront, plus que toutes les sculptures antiques, que le but de l'art est d'être expressif, et qu'une œuvre n'est vraiment gr^mde que si elle a pour but d'exprimer des idées d'une haute valeur intellectuelle et morale.
TDmit et Mackiavtl
DistribiiUoit tUi baùseni {FrSti di rHôfaal dit Cippo, i Fitloit, par Filippo Peladini