‹ La seconde année: ou, A qui la faute?Chapitre 58 sur 70 · HORTENSE, LE DUC · texte numérisé non relu

HORTENSE, LE DUC

Ah! pardonne/ Au plus triste de ceux que vous abandonnez. Je rentrais, et cédant à mon inquiétude, Je vous trouble à regret dans votre solitude.

HORTENSE

Monsieur...

LE DUC

Vous nous fuyez. , et sans m'en avertir; J'ai cru qu'un mal soudain vous Ion ail de partir.

HORTENSE, saluant comme pour se retirer. Aucun, monsieur le lhw\ je me sens un peu lassej Rien de plus. Je suis bien, très bien, je vous

le doc. [gract •

Me voilà rassuré! je vous quitte... Et pourtant Je puis vous confier un secret important.

HORTENSE

Parlez...

LE DTJC.

J'étais porteur 'Vumv grande nouvelle.

J'ai peut d'être indiscret, je vous quitte.

HORTENSE

Laquelle?

LE DEC

J'aurais >\^- moins zélé, la remettre à demain; J'ai craint de différa vôtre plaisir...

L'ECOLE DES VIEILLARDS

HORTENSE. i

Enfui ?

LE DUC

il a Fallu des soins, et la brigue était forte; Mais notre candidat est celui qui l'emporte.

HORTENSE

Danville !

LE DCC

Il est nommé.

HORTENSE

J'avais perdu l'espoir; Ali ! que je suis heureuse !

LE DUC

Et mon oncle, ce soir, Par le choix qu'il a fait, jaloux de vous surprendre, Se réservait chez lui l'honneur de vous l'apprendre! 11 m'a remis ce soin, ne vous trouvant plus là , Et cet heureux brevet, je le tiens, le voilà.

HORTENSE

Que Danville en rentrant va bénir tant de zèle!... Car Danville est au bal.

LE DUC

C'est lui, je nie rappelle, C'est lui que j'ai cru voir; même j'ai fait un pas... Mais vous m'aviez tant dit que nous ne l'aurions pas.

En lisant ce papier, concevez-vous sa joie?

Et ma mère... oh ! je veux (pie ma mère le voie;

Oui , je cours...

LE DUC , vivement.

Arrêtez : vous allez nie privei D un plaisir qu'à mon tour j'osais me réserver ; Que la nouvelle au moins par vous lui soit transmise, Quand je pourrai plus tard jouir de sa surprise.

HORTENSE

Ah! c'est tout naturel , vous défendez vos droits; (Elle rend le brevet au Duc qui le pose sur la table.) Mais quels remercîments nous vous devons tous trois ! Que mon cœur est ému! que je me plais d'avance A vous entretenir de leur reconnaissance !

LE DUC

La votre me suffit, la votre est tout pour moi. N'ajoutez rien , madame, au prix que je reçoi : 11 est déjà trop grand et je n'en suis pas digne. De ce peu que j'ai fait mon zèle ardent s'indigne. Payé d'un mot de vous, puis-je désirer mieux? Ou le plaisir que j'ai se peint mal dans mes yeux, Ou vous devez y lire à quel excès me touche Un mot reconnaissant qui sort de votre bouche.

HORTENSE

- remercîments ont tant de prix pour vous, Que ceux de mon mari vont vous paraître doux! Combien son amitié...

LE DUC

Parlez-moi de la vôtre ; Près de ce bien si cher je n'eu conçois pas d'autre ; Lui seul il satisfait aux besoins de mon cœur. Puisse-je l'obtenir cette amitié de sœur ' Que n'aurais-je à gagner dans ce commi i Ardent, léger, frivole et quelquefois... coupable, Je trouverais en vou ■ un guide , un confident

Sage, mais sans rigueur; facile, mais prudent , Et vous n'auriez en moi qu'un disciple fidèle. Enchaîné pour la vie aux pieds de son modèle.

HORTENSE

C'est m'honorer beaucoup; mais ce sublime emploi,

Ce dire de mentor est bien grave pour moi,

Et, ce serait, je pense, une folie extrême

De donner des avis dont j'ai besoin moi-même.

LE DljC.

Pourquoi donc? à mon tour, dans nos doux entretiens, 11 me serait permis de hasarder les miens. Je ne vous vante pas ma raison trop fragile ; Mais le conseil d'un fou parfois peut être utile.

HORTEXSE.

Danville, comme nous, n'est pas sage à demi ; Voilà mon vrai mentor, mon guide, mon ami > En est-il un meilleur?

LE DUC

Comment, je le révère ; Mais... dans son indulgence un vieillard est sévère. Ses conseils sont fort bons, d'accord; mais... absolus. On est moins tolérant pour des goûts qu'on n'a plus. Au même âge ons'entend , l'un l'autre onse pardonne; Dans cet échange égal on reçoit ce qu'on donne. Votre époux de sa femme est l'orgueil et l'appui ; Mais que sa jeune épouse est encor plus pour lui ! Quel charme elle répand sur sa triste vieillesse! Il l'adore, il l'admire , il peut la voir sans cesse; Il lui peint ses transports, il n'a pas le tourment De feindre une froideur que son trouble dément; Il peut sans l'offenser , lui dire : Je vous aime.

HORTENSE, naïvement.

Pourquoi m'en offenser? je le lui dis moi-même.

LE DUC

Vous!... Aussi j'admirais ce bonheur mutuel. Moi seul... étrange effet d'un souvenir cruel ! Pardonnez au désordre où la douleur me plonge; Autrefois j'espérai... Cet espoir fut un songe : Hélas ! je me souviens , troublé par vos aveux, Qu'un bonheur aussi grand fut permis à mes vœux.

HORTENSE

A vous, monsieur le Duc ?

LE DUC

Et l'on me porte envie ) Et le plaisir lui seul semble remplir ma vie ! Doux et triste voyage où je vins me livrer A l'attrait du poison qui devait m'enivrer! Ah! qu'un premier amour a sur nous de puissance! J'aimai... c'était la grâce unie à l'innocence : Naïve comme vous, elle charmait sans art. Votre voix est la sienne ; elle avait ce regard ; Et sa beauté, la vôtre à mes yeux la rappelle ; Mais non, plus jeune alors, elle était bien moins

[belle, i ace eût brillé de cet éclat vainqueur, Aurais-je pu cacher le trouble de mon cœur? Mes traits, mes yeux, ma voix, tout jusqu'à mon Eût de ma passion trahi la violence ; [silence-

Mais jeune, mais tremblant , la fuyant à regret , Peut être moins épris , j'ai gardé mon secret. Et depuis

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