‹ La seconde année: ou, A qui la faute?Chapitre 6 sur 70 · CAROUBE · texte numérisé non relu

CAROUBE

i)ui flûtes-moi des compliments. Hiei

soir, jetais fâchée contre vous... j'étais d'un dépit... d'une humeur... Je ne sais pas ce que j'aurais fait.

DENNEVILLE, riant.

Vraiment !

CAROLINE

Heureusement que votre attention de ce matin m'a désarmée.

DEHKEVILLE, étonné.

Mon attention !

CAROLINE

Oui, celte corbeille de fleurs que j'ai trouvée à mon réveil.

DENKEVILLE, de même.

Une corbeille !

CAROLINE

Ne vous en défendez pas... vous vous êtes rappelé que c'était demain mon jour de naissance.

Ah ! mon Dieu !...

CAROLINE

Et je vous remercie d'y avoir pensé... Ce souvenir efface tout; et c'est moi qui suis seule coupable...

DENKEVILLE.

Certainement... chère amie, je pense toujours à vous... et aujourd'hui sur -tout... c'était bien mon intention d'y penser tantôt... dans la journée... mais ce n'est pas moi qui ce matin...

CAROLINE

Qui donc vous a prévenu ?

EDMOND, s'inclinant.

C'est moi, madame... qui me suis permis cette surprise.

Air du vaudeville du Piège.

Pouvais-je mieux qu'avec ces (leurs Fêter volrc jour de naissance?

Fraîches écloses, leurs couleurs Semblent du moins de circonstance...

Le même jour vous vit naître.

DENNEVILLE, souriant.

Charmant...

EDMOND

Du même éclat votre jeunesse brille ; Et... j'ai voulu qu'en vous éveillant Vous pussiez vous croire en famille.

Ah! le joli petit madrigal!... Ma foi, de mon temps, j'en ai entendu au Vaudeville qui ne valaient pas celui-là... c'est très bien... (A Caroline.) Mais cela ne m'étonne pas... Edmond est la galanterie même... il est rempli de petits soins, de prévenances... il faut être né comme cela... moi, je ne pourrais pas.

CAROLINE

Autrefois, cependant...

DENNEVILLE.

11 est certain que, quand je 'vous faisais la cour... mais entre mari et femme... ce n'est

plus cela... c'est mieux encore... n'est-il pas vrai?... Voyons, chère amie... qu'est-ce que nous faisons aujourd'hui?... avez-vous quelque idée?

CAROLINE

J'attends les vôtres ; et si vous avez des projets...

DENNEVILLE.

Aucun... (Faisant signe à Edmond.) Voici le moment.

EDMOND

La journée est superbe... et si ce matin nous allions tous les trois au bois de Boulogne?

DENNEVILLE.

C'est une bonne idée... cela délasse des travaux du matin... qu'en pensez-vous?

J'aimerais autant rester à Paris.

DENNEVILLE.

Pourquoi donc?... Nous reviendrons dîner... vous irez ce soir au bal.

CAROLINE

Comment, est-ce que vous ne m'accompagnerez pas?

DENNEVILLE.

Je le voudrais, n.a chère" âmîë^*^ r-^iïT' termes où j'en suis avec votre tante, cela paraîtrait fort singulier... et puis j'ai ce soir un rendez-vous d'affaire; tu sais, Edmond, cette affaire dont je t'ai parlé.

EDMOND, gravement.

Oui , madame , une affaire commerciale qu'il ne faut pas négliger, à cause de la concurrence.

CAROLINE

Comme vous voudrez... vous êtes le maître.

DENNEVILLE.

Cela vous fâche ?

CAROLINE

Nullement... j'y suis habituée. Autrefois j'étais assez bonne pour m'en affliger, et quand monsieur refusait de m'accompagner... je restais seule ici à pleurer.

DENNEVILLE. -''*■■

Quel enfantillage!

C'est ce qvie je me suis dit... J'ai eu un peu de peine à prendre mon parti... mais on prétend que les larmes et les chagrins enlaidissent... Je le croirais assez: c'est si affreux d'avoir les yeux rouges !

Air : J'en guette un petit de mon âge. De mon miroir les conseils salutaires Furent par moi trop long-temps méconnus; Je les écoute, et changeant de manières, Je me résigue , et je ne pleure plus !... Pour être heureux, tout doit en mariage Se partager... et quand monsieur gaiment Va s'amuser... bêlas ! j'en fais autant, Afin de faire bon ménage.

EDMOND

Le sourire vous va si bien . el si vous saviez

comme la gaîtévous embellit... combien vous êtes séduisante clans un bal!

DENKEVILLE.

C'est ce que tout le monde dit.

CAROLINE

Il parait que monsieur ne voit pas par luimême.

EDMOND

Heureusement que d'autres ont des yeux pour lui... Et moi, qui n'ai point d'affaires commerciales... moi, qui compte bien aller à ce bal... si j'osais re'clamer la première contredanse...

CAROLINE, montrant Dennevilte.

Si monsieur le permet.

DENNEVILLE.

Certainement... je l'autorise même à danser la galope.

CAROLINE

C'est bien heureux... J'en entends parler de tous les côtés, et je ne l'ai pas encore dansée de l'hiver.

EDMOND

Il serait possible!

• ^J°7 . .CAROLINE

Ouï .*fi.\. nent... Les bals finissent par-là; et nous nous en allons toujours à onze heures... monsieur a envie de dormir.

DENNEVILLE.

C'est naturel... moi, je n'aime pas la danse... sur-tout celle-là.

EDMOND

Ah! n'en dis pas de mal... c'est bien autrement amusant que vos insipides pastourelles, vos éternels étés... La galope!... une danse si vive, si animée... une danse vraiment nationale.

DENNEVILLE.

Oui, je conçois... ces passes continuelles... ces dames que l'on prend, que l'on quitte... c'est amusant pour vous autres jeunes gens... mais pour les gens respectables qui ne dansent :!■: ... j\;ur les mamans et les maris... c est différent. (A Caroline.) Aussi je n'autorise qu'avec lui.

CAROLINE

Et pourquoi pas avec d'autres.'

DENNEVILLE.

Pourquoi?., parceque cela ne peut se danser qu'entre amis intimes, et qu'il faut être suides personnes. (H va s'asseoir pies de la table. ) EDMOND, vivement.

11 a raison, il faut être sur de son danseur... Y a-t-il rien de plus déplorable qu'un cavalier inhabile qui brouille toutes les figures... et qui fait manquer l'effet général?

CAROLINE

S'il en est ainsi, monsieur, c'est moi qui craindrais de ne pas être digne de vous... car je ne suis encore qu'une écolière.

oQ=

EDMOND

Pour les dames, rien de plus facile... il n'y a qu'à se laisser conduire... et je suis certain qu'avec une seule leçon...

CAROLINE

Vous êtes trop bon.

EDMOND

Du tout : c'est l'usage... Quand on doit danser le soir... on répète le matin... ( A Denneville, qui est assis auprès de la table.) N'est-il pas vrai?

Certainement; et dès qu'Edmond veut bien prendre cette peine -là... que diable! chère amie, profîte-s-en; car il n'a pas de temps à perdre.

CAROLINE

Quoi!... vous voulez?...

EDMOND , vivement.

Eh! oui, sans doute... Je suppose d'abord que vous savez les premiers éléments?

CAROLINE

Moi!... je ne sais rien.

EDMOND, au fond a gauche, avec Caroline.

C'est charmant... Vous tenez toujours en avant le pied opposé à celui «lu danseur... et dès qu'il change, vous changez aussi.

CAROLINE

Vous croyez?

EDMOND

C'est de rigueur.

DENNEVILLE, à la table, et tenant un journal.

Eh! oui, puisqu'il le dit.

CAROLINE

Je me le rappellerai, monsieur.

EDMOND

Maintenant, la taille plus inclinée... plus cambrée... et ne craignez rien... C'est à votre cavalier à vous aider, à vous soutenir... c'est son devoir. (A demi-voix.) Et il est si doux!

CAROLINE

Monsieur...

EDMOND, lui présentant la main.

Votre main dans la mienne.

CAROLINE

Je verrai bien sans cela.

EDMOND

C'est impossible.

DENNEVILLE, toujours a la table, et sans tourner la tète.

Fais donc ce qu'on te dit!

EDMOND, corailionrint à danser.

Tra, la, la, la , la... Ici, nous changeons de

main... 'lia, la, la, la, la... (Arrivant jusque sur la chaise de Denneville. ) Prends donc garde... tu

nous gênes.

ni \MVILI.K, reculant sa chaise.

Il fallait dont: le dire !

EDMOND, s'anèt.mt.

Et puis ça essouffle >\<' chanter en dansant.. .

DENIJEVlLLE.

N'est-ce que cela?... je ferai l'orchestre... -.nie je serve au moins à quelque chose...

I II prend un violon qui est dans une boite sur une chaise . et joue, pendant qu'Edmond et Caroline dansent qu I ques mesures de la galope.)

EDMOND, à Caroline, tout en dansant.

Très bien, madame... à merveille... des dispositions admirables.

CAROLINE, dansant toujours.

Vous trouvez?

DENNEV1LLE, jouant toujours.

Je suis de son avis... c'est très bien... 1res gracieux.

CAROLINE, dansant toujours.

Au fait, c'est très amusant.

EDMOND

N'est-il pas vrai?... (A Denneville.) Va toupjurs, mon ami, ne te fatigue pas.

DENNEVILLE, à part.

Ain de la Galope.

Dieux ! mon rendez-vous !

L'heure s'avance ,

Et , par prudence ,

D'un moment si doux

Écartons les regards jaloux.

EDMOND, s'arrètant.

Pourquoi t'arrêter?

nENNEVILI.E, lui faisant si;;nc.

11 faut nous apprêter, Je pense , Puisqu'un llois Tous trois On nous attend...

EDMOND, le regardant.

Ali ! je conçois.

(A Caroline. )

1! a raison ,

Laissons là la leçon...

Xolrc toilette à faire ;

Mais à ce soir :

J'ai l'espoir

De vous voir

Surpasser mon savoir.

ENSEMBLE

CAROLINE, EDMOND et DEN5EVILLE.

CAROLINE

A ce soir donc Ma seconde leçon ; J'y preuds goût, et j'espère

Que dès ce soir Je puis peut-être avoir Sa grâce et sou savoii .

Il a raison , Je m'éloigne : adieu donc, Ain gentille écolière ; Mais ,'i ce soir :

.l'ai l'espoir De vuiis voir Sui passci mon savoii

DENNEVILLE,

A ce soir donc La seconde leçon...

Ta gentille écolière ,

J'en ai l'espoir, Pourra bien dès ce soir.

Surpasser ton savoir.

( Edmond sort par la porte du fond; Caroline rentre dans son appartement. )

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