‹ La seconde année: ou, A qui la faute?Chapitre 67 sur 70 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DANVILLE, puis HORTENSE.

Ce vieux Bonnard! où diable avait-il la cervelle?

HOBTENSE , une lettre à la main. [pelle !

Dubois, Picard, quelqu'un ! Viendra-t-on quand j'ap- ( Apercevant Danville , et cachant la lettre dans son sein, ) Mon mari !... Pour vous voir j'ai couru ce matin ; Je vous ai cru souffrant, je vous savais chagrin ; J'étais très inquiète, et l'on m'a rassurée : Il repose... à l'instant je me suis retirée Sur la pointe du pied , sans brait, parlant tout bas ; Vous reposiez encor, mon ami, n'est-ce pas?

DANVILLE

Sans doute.

HOBTENSE, à part.

Il ne sait rien.

DANVILLE

Et cette confidence Que vous deviez me faire...

HOBTENSE, embarrassée.

Est de peu d'importance...

DANVILLE

Vous teniez un papier !

HOBTENSE.

Qui n'a nul intérêt.

DANVILLE

Intéressant ou non, quel est-il?

HOBTENSE.

Un billet.

DANVILLE

Vous me le montrerez.

HORTENSE

C'est un mot que j'envoie.

DANVILLLE.

A qui donc?

HOBTENSE. - —

Eh !... qu'importe!

DANVILLE, avec violence.

11 faut que je le voie.

HORTENSE

Pourquoi? De quel soupçon semblez-vous agité? Je ne vous vis jamais tant de sévérité. Indigné contre moi...

DANVILLE

Je le suis , je dois l'être.

D'étouffer sa fureur mon cœur n'est plus le maître. II s'ouvre, il laisse enfin éclater ses transports, Et leur trop juste excès les répand au dehors. Je vous aimais, ingrate, et jusqu'à la faiblesse. Que vous a refusé mon aveugle tendresse ? Ai-je forcé vos vœux? ai-je contraint vos goûts? Quel innocent plaisir ai-je éloigné de vous? Suis-je un vieillard morose, un tyran qui vous gêne? Vous ai-je fait sentir le poids de votre chaîne? Et vous l'avez rompue! et vous m'avez trahi ! Ah! je vous aimais trop pour n'être point haï; Mais me rendre à jamais malheureux, ridicule, Mais me déshonorer!

Croyez...

DANVILLE

Je fus crédule, Et je ne le suis plus; je sais tout, j'ai surpris Celui de qui l'affront me condamne au mépris.

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