LE VENEZUELA
M. José Gil Fortoul, chargé d'affaires à Berlin.
Avant do sn rendre dans la vieille capitale hollandaise, les déléi^ués reçurent de leurs gouvernements respectifs des instructions sur la manière dont ils devaient remplir la mission qui leur était confiée. Ces instructions furent indiquées par les ministres des
Affaires étrangères, à la tribune de plusieurs Parlements européens. Les débats les plus intéressants auxquels a donné lieu l'annonce de la seconde Conférence de la Paix ont eu lieu devant les Parlements belge et français.
En Allemagne, le prince de Biilovv, chancelier de l'Empire, fit savoir que les délégués allemands auraient mandat de s'abstenir dans toute discussion ayant pour objet la question de la limitation des armements : « la discussion de cette question, dit en substance le prince de Bulov^r, même si elle n'est pas dangereuse, n'est pour le moment nullement pratique. » Et il ajouta: « Nous nous bornerons « à laisser les Puissances qui se promettent un heureux résultat de « cette discussion y procéder seules. »
Le Gouvernement austro-hongrois prit la môme attitude.
En Italie, M. Tittoni, ministre des Affaires étrangères, fit comprendre que tout en maintenant son adhésion aux nobles intentions qui avaient dicté l'idée d'une proposition de limitation des armements, il maintenait aussi ses réserves sur la possibilité de la traduire immédiatement en action : « Je souscris pleinement, dit-il, « aux réserves faites par l'Allemagne et par l'Autriche-Hongrie. » Il indiqua toutefois que l'Italie pourrait prendre part à la discussion, sous le bénéfice de sa liberté d'examen.
En Angleterre, le premier ministre sir Henry Campbell Bannermann exprima, dans un grand discours à Manchester, tout le profond désappointement qu'il éprouvait en présence de l'attitude des puissances qui se refusaient à discuter le problème du désarmement. « Il aurait été probablement impossible, dit-il, de trouver « une formule acceptable pour tous: mais nous avions l'espoir d'ar- « river à l'approbation de mesures impliquant une confiance mu- « tuelle qui plus tard auraient porté leurs fruits et auraient permis « de réduire considérablement l'excessif, l'intolérable fardeau des « armements qui est le fléau de l'Europe... Je ne désespère pas « encore, ajouta-t-il, de faire quelque chose, mais ce sera beau- « coup plus difficile. »
Le Japon fit savoir de son côté qu'il se réservait de s'abstenir dans toute discussion qui ne conduirait pas à un résultat pratique.
La Conférence de la Paix motiva plusieurs débats importants devant le Parlement belge.
A la séance du 30 mai 1907, la Chambre des Représentants fut saisie d'une proposition de M. Paul Janson, tendant à émettre le
VŒU que la Conférence discute la question du désarmement. Un député de la droite, M. Woeste, déclara qu'il voterait la prise en considération de la proposition, mais seulement par pure courtoisie : le rôle de la Belgique en effet n'est pas d'intervenir dans une pareille question, d'autant plus qu'à en juger par l'état des esprits en Europe la proposition est destinée à un échec certain. Le ministre des Affaires étrangères, M. Davignon, répondit que le Gouvernement ne s'opposait pas en principe à la prise en considération de la proposition Janson, mais qu'il ne l'acceptait que sous les plus expresses réserves. Finalement, on décida de renvoyer la question à l'examen des Commissions de la Chambre.
Deux jours après, le 1«'" juin, un nouveau débat s'engagea encore à la Chambre à propos de la Conférence de La Haye, sur une interpellation de M. Colfs, député catholique. « En 1899, dit en substance M. Colfs, M. le ministre Eyschen, délégué du Luxembourg, a demandé à la Conférence de La Haye que l'on discute et résolve la question des droits et des devoirs des neutres, ainsi que du respect de leurs frontières. A ce moment, un seul des délégués suisses étant présent, cette question fut ajournée à une Conférence ultérieure, sans que la Belgique ait cru devoir insister pour la discussion immédiate. Est-ce de leur propre chef ou en raison d'instructions reçues que nos délégués se sont tus dans une affaire d'une si grande importance pour la Belgique, et quels étaient les motifs de celle abstention ? La question des droits et des devoirs des neutres est de nouveau inscrite à l'ordre du jour de la Conférence qui doit se réunir le 15 juin. Cette fois, les délégués belges ont- ils reçu des instructions formelles pour insister de toutes leurs forces afin que la question soit examinée et tranchée, et pour qu'ils appuient la proposition de M , Eyschen de mettre le respect des frontières neutres sous la sauvegarde des lois internationales et de l'honneur militaire ? »
Le ministre des Affaires étrangères répondit à cette question le 4 juin que dans les instructions que recevraient les plénipotentiaires belges, les questions relatives aiix droits des neutres avaient été étudiées avec une attention toute spéciale. « Le Gouvernement belge « forme le vœu que les décisions de la prochaine Conférence mar- « quent un progrès dans ces questions si importantes pour tous les « États de second ordre et spécialement pour la Belgique perpé- « tuellement neutre. »
Dans l'après-midi du môme jour, 4 juin, le gouvernement fut à
nouveau interpellé, cette fois au Sénat, au sujet de la Conférence de La Haye.
M. Lafontaine préconisa la création dun tribunal d'arbitrage obligatoire : la Belgique devrait s'entendre à cet effet avec les petits États représentés à la Conférence. L'abbé Keesen rappela, dans . un discours quelque peu pessimiste, qu'il n'y eut jamais tant de guerres dans le monde que depuis la première Conférence de la Paix : il n'augure rien de bon de la prochaine réunion, et ajouta qu'il y aurait mieux à faire : « Briser l'empire du sabre et faire régner des idées vraiment morales. Pour y arriver, dit-il en substance, il faut recourir aux bons olfices de la Papauté. En se privant du concours du Pape, la Conférence s'est privée de la principale influence morale capable d'assurer son succès. Les pacifistes finiront' bien par s'apercevoir que le mieux quil y aurait à faire serait pour eux de s'orienter vers Rome.» — Enfin, un autre sénateur, M. Goblet d'Alviella demanda au gouvernement de donner aux diplomates belges des instructions en vue de réclamer de la Conférence le maintien de l'interdiction de lancer des explosifs du haut des ballons, interdiction que la Conférence de 1899 n'avait, comme on sait, prononcée que pour une durée de cinq années. La Conférence pourrait également exercer une influence bienfaisante en ce qui concerne la réglementation de la guerre terrestre.
Le lendemain, le ministre des Affaires étrangères répondit à ces divers discours en assurant qu'il avait donné aux délégués des instructions précises sur la mission qui leur incombait : ils devraient insister spécialement auprès de la Conférence pour que linterdiction de lancer des explosifs du haut des ballons soit renouvelée. Le ministre ajouta que le gouvernement était favorable au principe de la limitation des armements, mais comme aucune proposition formelle n'avait été encore déposée en ce sens, le gouvernement ne pouvait prendre immédiatement à ce sujet une décision définitive. Ces explications furent approuvées par le Parlement.
En France, c'est le 7 juin qu'est venue devant la Chambre des députés, l'interpellation de M. de Pressensé sur la Conférence de la Paix. M. de Pressensé, dans un très éloquent discours, a demandé à M. Pichon, ministre des Affaires étrangères, de faire connaître à la Chambre les intentions du Gouvernement français relativement à cette Conférence : la délégation française, dit en substance M. de Pressensé, doit appuyer la délégation anglaise dans la proposition que présentera celle-ci sur une limitation des armements mondiaux.