PRÉFACE
Lorsqu'il y a sept ans, Dieu nous prit Georges Godet, ce fut une vive douleur pour tous ceux qui l’avaient aimé. Ils se sentaient appauvris par le départ de cet ami si fidèle, et ils souffraient du vide qu’il laissait dans bien des cœurs et dans bien des œuvres. Mais à cette douleur s’en ajoutait une autre
que nous ressentons toujours aussi vivement que la première.
Il nous est difficile d'accepter que du labeur considérable de notre frère, de sa science si solide et si riche, il ne nous reste et ne reste à l’Église aucun monument durable. Sans doute nous n'oublions pas qu’il a beaucoup publié. Celui qui se donnerait la peine de collectionner ses écrits de circonstance, opuscules et brochures, en y ajoutant ses articles de revues — sans parler de son activité de journaliste — aurait déjà là le résultat d’un travail énorme, et posséderait la pensée de G. Godet sur nombre de problèmes de première importance, Mais enfin ce sont là des publications qui ne sont cuêre connues que des initiés et de ceux qui se donnent la peine de les chercher. N'’est-il pas profondément regrettable que ce théologien de race, qui à dépensé tant de temps à reviser les derniers livres de son vénéré père, n’ait pas luimême publié quelques-uns de ces ouvrages que l’on attendait de lui? Cette science si sûre qu’il accumulait avec une persévérance inlassable doit-elle donc être perdue? Ses cours en particulier, si consciencieusement préparés, reposant sur
l’étude des meilleures sources, constamment tenus à jour par
des lectures assidues, ne contiennent-ils pas la matière de volumes qui pourraient rendre d’inappréciables services? Ce sont là des questions qui nous oppressaient.
Notre ami avait bien certainement l’intention de publier quelques-uns de ses cours. Il avait parlé parfois de son exégèse de l’Épitre aux Galates. Mais il s’était décidé à commencer par la seconde Épître aux Corinthiens, qui fit l’objet
vI PRÉFACE
de son enseignement dans la dernière année de son professorat. En cours de route, il s'était même avisé qu’il pourrait profiter de l’occasion pour mettre au net son manuscrit en vue de l'impression, et à cet effet, il avait dicté à un de ses étudiants l’explication de la seconde moitié du chapitre XIE. Il rédigeait sans doute ses cours de manière à fixer sa pensée avec une netteté suffisante. Mais ce n’était pas encore la forme que réclame une publication. Il nous à dit lui-même qu’il ne concevait pas un cours d’exégèse /u par le professeur à ses étudiants. C’est dire assez que sa rédaction consistait plutôt en des notes, dont il usait avec une grande liberté. Ajoutez à cela que ces notes sont enrichies de retouches et d’adjonctions destinées à les mettre d'accord avec le mouvement de la science. Cela suffit pour qu’on comprenne la difficulté qu'ont éprouvée les amis de G. Godet quand ils ont voulu publier son cours. Is hésitaient d'autant plus qu’ils savaient sa répugnance à publier quoi que ce fût d’inachevé. Il a fallu le dévouement intelligent d’un disciple devenu son successeur pour nous sortir de cette impasse!
Il nous sera bien permis de rendre hommage à la conscience et au désintéressement avec lesquels M. le professeur P. Comtesse a entrepris ce travail. S’effaçant complètement lui-même, 11 n’a pas eu d’autre ambition que celle de rendre la pensée de son maître aussi exactement que possible. La tâche lui a été facilitée sans doute par l'exactitude et la netteté que G. Godet avait apportées dans sa rédaction. Mais encore fallait-il ne pas trahir sa pensée, en laissant subsister des rugosités ou des imperfections inévitables dans un premier jet, et que lui-même n’aurait jamais tolérées. Cependant partout où la chose a été possible, on a préféré laisser le texte primitif plutôt que de viser à une élégance qui risquait de l’altérer, Si peu que;ce fût. Chacun comprendra dès lors que, par respect pour la pensée de l’auteur, bien des expressions, bien des tournures aient été conservées qu'il aurait certainement modifiées lui-même dans une rédaction définitive. Mais cette liberté, le rédacteur n’a pas voulu la prendre. Le lecteur peut done avoir confiance. C’est bien la pensée de G. Godet qui lui est livrée. M. Comtesse a eu soin de marquer par des crochets les adjonctions et notes qui sont de lui,