GEORGES GODET XXVII
rapports avec d'autres chrétiens ; et surtout, il a coopéré de toute son âme à l’œuvre qu’elle accomplit en faveur des victimes de la persécution religieuse.
C’est ainsi qu’il rédigea en 1890, au nom du Comité central de la Branche suisse, deux pétitions au Conseil fédéra] pour obtenir le retrait des mesures d'exception qu’on avait prises dans plusieurs cantons contre l’Armée du Salut. Cinq ans plus tard, il plaide avec chaleur la cause des Stundistes dans le Journal religieux d’abord (1895) puis dans une émouvante brochure intitulée: Persécutions actuelles en Russie (Neuchâtel, 1896), qui se vend au profit des persécutés. Enfin, ce sont les Souffrances de l’Arménie qu’il révèle au publie épouvanté dans une brochure dont quatre éditions se succèdent en l’espace de quelques semaines et dans des conférences plusieurs fois répétées dans les principales localités du pays. Ici, il ne suffisait plus d’écrire ou de parler, même avec éloquence ; il ne suffisait plus de faire frissonner d’indignation les immenses assemblées de Neuchâtel, de La Chauxde-Fonds, de Berne ou de Genève. Il fallait agir, agir en Europe sur l’opinion publique et si possible sur la diplomatie pour obtenir la cessation des massacres, agir là-bas pour secourir les victimes des Turcs, qui se comptaient par centaines de mille, pour nourrir les affamés, soigner les blessés, recueillir les orphelins qui erraient sans défense et sans pain dans les campagnes désolées de la malheureuse Arménie.
Georges Godet fut l’un des plus en vue parmi les hommes de cœur qui, dans notre pays, prirent en mains la cause des opprimés. Nommé président du Comité suisse de secours aux Arméniens dès sa formation en 1896, — poste qu’il a occupé jusqu’à sa mort — il organisa l'envoi des premiers secours par les soins de l’ambassade anglaise à Constantinople ; puis vint la fondation des orphelinats, auxq'iels il fallut non seulement assurer les moyens d’existence pour plusieurs années, mais encore procurer des directeurs et des directrices capables et dévoués. G. Godet se consacra de toute son âme à cette œuvre qui l’occupa de façon intense pendant des mois, pour ne pas dire des années: personne ne saurait dire ce qu'elle lui a coûté de labeurs de toute nature. de voyages, de démarches, de correspondance, de temps et d'argent. Mais
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au moins eut-il la satisfaction de savoir que ses iravaux n’avaient point été stériles et de constater de ses yeux le bien accompli par les Comités de secours qu’il avait contribué à créer. Un voyage en Arménie fait en automne 1905 avec son collaborateur et ami, M. Léopold Favre, de Genève, fut, comme on l’a dit, le couronnement et la récompense de ses multiples efforts.
Ces travaux absorbants auraient largement suffi à remplir la carrière d’un autre homme; Georges Godet trouvait encore dans ses longues journées des heures pour étudier, lire, écrire. N’allez pas croire, par exemple, qu’une fois ses cours rédigés, il se contentât de les reprendre année après année, en se bornant à modifier un terme ici et là ou à y ajouter de temps en temps une réflexion ; ses manuscrits montrent qu'il les a constamment retravaillés ; les pages en sont, presque sans exception. raturées, corrigées, chargées de notes diverses, constellées de signes cabilistiques. au point qu'on se demande comment il parvenait à s’y retrouver et que; quand des amis se proposèrent d’en préparer un pour l'impression, ils eurent grand’peur un moment de n’y jamais réussir.
Puis, G. Godet n’avait jamais cessé de venir en aide à son père, principalement pour l'impression de ses ouvrages: il n’est probablement pas un écrit de F. Godet -— depuis ses simples brochures jusqu’à ses commentaires et à la Bible annotée — dont il n’ait corrigé les épreuves de la première à la dernière page. Pendant de longues années on ne le vit jamais sans une liasse de papiers d’imprimerie sortant de la poche intérieure de son habit; avait-il quelques minutes de loisir, vite il parcourait une page ou deux ; il avait acquis à ce métier une grande habileté : le prote avec lequel il avait affaire disait en riant qu'il avait manqué sa vocation et admirait le soin qu’il prenait, en remaniant une phrase, de compliquer le moins possible la besogne des ouvriers. M. Frédéric Godet qui, lui aussi, fut un travailleur acharné, laissa, en mourant, plusieurs ouvrages inachevés ; c'est encore à son fils aîné qu'incomba le soin d'y mettre la dernière main, et c’est à lui que l’on doit la publication de la quatrième édition (française et allemande) du Commentaire sur l'Évangile selon
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