XL GEORGES GODET
en horreur le vague, l’imprécision, les solutions qui ne procèdent pas d’un examen approfondi de tous les éléments du problème. La clarté, chez lui, n’allait jamais sans la profondeur. De fortes lectures avaient, de bonne heure, développé et assoupli ses beaux dons intellectuels ; les produits les plus ardus de la philosophie allemande n’avaient rien pour l’effrayer ; à Tubingue, avec son ami Arnold Bovet, il lisait le Microcosme de Lotze ; rentré à Neuchâtel, il entreprenait avec M. Ch. Monvert l'étude de ja Dogmatique de Schleiermacher ; jeune pasteur, il fit longtemps de Calvin, de Paseal, de Vinet, de Ch. Secrétan, les compagnons de sa solitude Il ne lisait rien en amateur et dans le seul but d'occuper ses loisirs ; les livres de sa bibliothèque, avec leurs passages soulignés, leurs marges parsemées de renvois, d'annotations, de points d’interrogation, témoignent du soin qu’il mettait à s’assimiler tout ce qui lui tombait sous les yeux; ils étaient pour lui non des moyens de distraction, mais de véritables instruments de travail. Il acquit ainsi dans le domaine de la philosophie, de la théologie systématique, de l’exégèse du Nouveau Testament, une érudition vaste et précise, dont sa riche mémoire lui permettait de tirer parti à tout instant.
Il s’appliquait avec le même zèle à mettre à la portée d'autrui le résultat de ses recherches ou de ses réflexions. «Il . faut se donner de la peine », disait-il un jour à ses collègues qui discutaient la question des visites pastorales et se plaignaient des difficultés de leur tâche. Se donner de la peine, telle fut aussi sa devise, une devise qu’il ne perdit jamais de vue, alors même qu’il s'agissait des plus simples travaux. Il n’était pour ainsi dire jamais satisfait du résultat de ses efforts et cherchait toujours à corriger, à compléter, à améliorer. Nous avons déjà parlé de l’aspeet des manuscrits de ses cours; celui de ses conférences et de ses sermons était tout pareil ; il avait la parole assez facile pour oser se dispenser d'écrire mot à mot le texte de ses discours ; mais le fond en était minutieusement préparé : tous les détails étaient à leur place, les choses importantes et les mots de valeur soulignés pour les imprimer dans sa mémoire. Un fait montrera que nous n’exagérons rien. Dans l’énorme amoncellement de papiers qui remplissait jusqu'aux moindres recoins de sa cham-
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