‹ La seconde épitre aux CorinthiensChapitre 31 sur 117 · GEORGES GODET XLI · texte numérisé non relu

GEORGES GODET XLI

bre, on retrouva un paquet, que dis-je ? une brassée de cartes de convocation dont il avait couvert le dos de notes méthodiquement disposées. À première vue, c’étaient des plans de sermons où quelque chose d'analogue:; en réalité, c'élaient les questions d’examens qu'il avait rédigées pendant les vingt ans de son professorat ; chacun de ses étudiants y aurait retrouvé la sienne, marquée à son nom ; il se préparait à ces interrogations comme s'il eût dû lui même les subir. D'aucuns trouveront peut-être que c’était pousser bien loin la conscience. Il n'en est pas moins vrai que ce trait est caractéristique de l'homme. G. Godet ne laissait rien au hasard et pensait que tout ce qui vaut la peine d’être fait vaut aussi la peine d'être bien fait. Nous avons là, en partie du moins, le secret de son activité féconde.

Ce qu'il importe, toutefois, de mettre en lumière, c’est l’usage entièrement désintéressé qu’a fait G. Godet de ses hautes facultés ; si jamais homme eut le cœur bien placé, c’est celui dont, aujourd hui encore, malgré près de sept ans écoulés. nous ne cessons de déplorer la perte.

Ceux qui n'ont fait qu'eutrevoir G. Godet se demanderont peut-être si nous ne nous laissons pas aller ici à une pieuse exagération. On à dit à plus d’une reprise qu'il n'était pas d'abord facile ; plusieurs se sont plaints de ses vivacités, de ses brusqueries ; on pourrait rappeler aussi qu'il prenait assez souvent un malin plaisir à déconcerter par quelques traits narquois ceux qui lui adressaient la parole. Mais ce n'étaient là que des dehors ; l'on se rendait comnte bien vite que, sous cette écorce un peu rugueuse, se cachait un cœur excellent: bien vite aussi. l’on avait l'occasion de constater que cet hemme qui détestait les gran:les effusions et les démonstrations sentimentales était le plus fidèle et le plus dévoué des amis Il n'est aucun de ses anciens paroissiens, aucun de ses anciens étudiants surtout. pour qui sa mort n’ait été un deuil personnel. Tous avaient la conviction que quoi qu'il leur arrivât. même par leur faute, même après avoir gardé vis-àvis de lui un silence de plusieurs années, ils pouvaient recourir à lui avec une entière confiance. certains qu’il ne ménagerait ni temps. ni peines. ni démarches pour leur venir en aide. Que de traits touchants nous pourrions rapporter

XLIT GEORGES GODET

ici, si la discrétion extrême de notre frère ne nous obligeait à respecter le voile qu’il jetait lui-même sur ses actes de charité et de dévouement.

Ce qui frappait aussi tous ceux qui ont eu le privilège de pénétrer dans son intimité c’était son extraordinaire humilité. Certes, il avait conscience de sa valeur intellectuelle. mais il n’en tirait aucune vanité; lui aussi se disait : Qu’as-tu que tu ne l’aies reçu ? et il savait que si Dieu lui avait confié de grands dons. il n’en était tenu qu’à de plus grands égards envers ceux qui l’entouraient. Le sérieux et la sincérité avec lesquels il confessait ses imperfections étaient vraiment étonnants : s’il lui était échappé quelque brusquerie ou quelque parole trop vive, il en était profondément malheureux et ne recouvrait son calme et sa paix d'esprit que lorsqu'il s'était excusé auprès de la personne même qu'il croyait avoir offensée. Nous nous souvenons de tel de nos camarades qu'il avait un peu bousculé le matin et qui, l’après midi, eut la surprise de vo'r entrer dans sa chambre son professeur qui venait lui demander pardon de sa brusquerie et de sa mauvaise humeur.

L'un des traits les plus touchants de sa nature, c’était le respect, l'amour pro‘'ond qu'il éprouvait pour son vénéré père. Ce regard aimant que F. Golet admirait tant chez son premier enfant est resté attaché. jusqu'à la fin sur celui qui avait guidé ses premiers pas dans la vie. Ne s'est-il pas en quelque sorte effacé derrière lui, et s’il n'a pas laissé d'œuvre théologique imï ortante, n’est-ce pas pour avoir consacré le plus clair de ses loisirs. pendant ses dix dernières années tout au moins, à revoir et à remettre au point les livres de F. Godet? Dire du bien de son père était un moyen infaillible de toucher son cœur et de gagner son affection. Peu de mois avant sa fin, au plus fort des dernières luttes ecclésiastiques, il reçut une lettre du rédacteur de l'Église nationale, M. le professeur Émile Dumont. qui, désireux comme lui, de conserver, malgré la diversité des points de vue. le lien de la paix entre les deux Eglises, l'assurait de son affection personnelle et protitait de l’occasion pour lui dire tout ce qu’il devait à M. Frédéric Godet. Get hommage spontané rendu à son père L'émut jusqu'aux larmes : « Il fait

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