‹ La seconde épitre aux CorinthiensChapitre 45 sur 117 · ONDE ÉPITRE DE SAINT PAUL AUX CORINI · texte numérisé non relu

ONDE ÉPITRE DE SAINT PAUL AUX CORINI

du rédacteur, qui à rsénent profité. pour ce comme pour celles-là, des remarques et des conseils de M. le pro- Fe Ch. Porret, à Lausanne, et de M: le pasteur P. Come. |

LEA à

$ 1. De 1 à 2 Corinthiens. !

IL y a deux manières principales de comprendre et de présenter le rapport qui existe entre les deux lettres de Paul aux Corinthiens qui nous ont été conservées.

Bon nombre d’exégètes ou de critiques admettent que la seconde a été écrite très peu de temps après la première (dans l’été ou l’automne de la même année) et croient devoir rapporter à celle-ci certaines expressions de celle-là qui parlent d’un résultat réjouissant, dont Tite vient d’apporter la nouvelle à l’apôtre. D’autres supposent un espace de temps beaucoup plus considérable entre les deux lettres et pensent que la seconde épiître fait allusion, non à la première, mais à des événements plus récents qui se seraient produits pendant cet intervalle.

4. — La première opinion est l’opinion traditionnelle, défendueencore par Meyer et Weiss (de même BAUR, HOFMANN, Heinrici, ZAHN). Selon ces interprètes, il n’y a à placer entre 4 et 2 Cor. que les faits suivants :

a) D’abord le retour de Timothée? à Éphèse auprès de Pau (2 Cor. I, 1). Timothée, si du moins il était allé jusqu’à Corinthe (ce qui peut être mis en doute), aurait rapporté à Paul

1 [Pour tout ce qui concerne la fondation de l'Église de Corinthe et les événements survenus au sein de cette Église dans les années qui suivirent, ainsi que pour les circonstances de la composition, le plan et le contenu de 4 Cor., cf. F. GoDET, Commentaire sur la 17e épitre aux Corinthiens (Neuchâtel, Attinger frères, 1886-1887) et l’Introduction au Nouveau Testament du même auteur, ler vol., Le

épîtres de saint Paul (ibid., 1893).] 2 Pour l’envoi de Timothée à Corinthe, cf.A Cor. IV.17 ; XVI, 40.44.

des nouvelles de l’effet produit par 4 Cor., et ces nouvelles . auraient motivé :

b) Une mission de Tite à Corinthe. Notre lettre (2 Cor.) fait plusieurs allusions à cette mission ; elle nous montre Tite revenant précisément de Corinthe au moment où Paul écrivait 2 Cor. Paul, à Éphèse, très angoissé au sujet de l’état des choses à Corinthe. y avait en toute hâte dépêché Tite (2 Cor. If, 13; VII, 5.ss.) etilattendaitavec anxiété son retour. Pendant l'absence de Tite, l’apôtre avait quitté Ephèse (son dé-

-part avait été hâté par le tumulte de Démétrius, Act. XIX) et il était venu attendre Tite à Troas, où il lui avait peutêtre donné rendez-vous. Celui-ci ne revenant pas, il avait passé en Macédoine pour le rencontrer plus tôt, et Tite enfin était arrivé et avait consolé et réjoui l’apôtre par les bonnes nouvelles qu’il apportait de Corinthe. La lettre de Paul avait été bien accueillie, la grande majorité de l'Eglise s'était rangée à son autorité ; mais il yavait encore une minorité contre lui. C’est sous ces impressions que Paul prend la plume ét écrit une lettre pleine detendresse pour l’ensemble de l'Eglise, mais sévère (dans sa dernière partie, ch. X-XI{1) pour les adversaires. Il espère que, quand il viendra, sous peu, à Corinthe, tout sera définitivement rentié dans l’ordre, et qu’il n’aura pas besoin de sévir. 1] charge Tite, qui a si bien réussi dans sa première mission à Corinthe, de porter cette nouvelle lettre (2 Cor. VIIL, 6) et de préparer le prochain séjour de l’apôtre, devenu maintenant possible.

Ainsi, entre les deux épitres, il n’y aurait au fond que la mission de Tite à Corinthe ; et, sauf le changement survenu dans les dispositions de l’Église, la situation supposée par la seconde lettre serait à peu près la même que pour la première ; 2 Cor. ne serait que de quelques mois postérieure à 4 Cor.

2. — Mais nous croyons que notre lettre renferme les indices d’une série de faits plus considérables et plus compliqués survenus depuis la composition de 1 Cor., et d'une situation de l'Eglise sensiblement différente, trop différente pour que les deux lettres puissent avoir été écrites à peu de mois seulement d'intervalle.

a) C’est d'abord un séjour de Paul lui-méme à Corinthe. Les

passages XII, 14; XIIE 1, mettent ce second séjour hors de doute: quand Paul dit qu’il se dispose à se rendre pour la troisième fois à Corinthe (zoéro» roro Épyouar mods du&s, XII, 1 ; é6où zotrov 10010 étoiuoc yo &Adeïr mods dus, XII, 1%), il ne peut vouloir dire qu’il fait pour la troisième fois le projet de venir (Baur). La manière dont Paul parle de son dernier séjour à Corinthe ne peut d’ailleurs s’appliquer au séjour de fondation, comme le veut Baur : car il parle de ne pas venir de nouveau dans la tristesse (é&v Âdzxn), d’être de nouveau humilié (IL, 4 ; XIE, 21) ; le précédent séjour a done été douloureux, humiliant même pour l’apôtre. |

Ce second s'jour, supposé par 2 Cor., ne peut avoir eu lieu avant 1 Cor., comme le veut ZAHN. En effet, on n’en trouve pas de traces dans cette lettre. Les allusions à un précédent séjour, qu’on y rencontre, se rapportent évidemment au séjour de fondation, et en revanche l’apôtre y promet à plusieurs reprises une prochaine visite (cf. 4 Cor. IV, 48. s.:; XVE, 5. ss.): celle précisément qui est partout supposée dans 2 Cor. et qui avait été si pénible pour lapôtre. Cest dans 2 Cor. que sont toutes les allusions au second séjour.

Nous admettons done une visite de Paul à Corinthe entre les deux letires (visite non mentionnée dans le livre des Actes), peu avant la composition de 2 Cor.

b] C’est ensuite une lettre [perdue] de Paul aux Curinthiens. à placer entre 1 et 2 Cor. ! En effet, Paul fait à plusieurs reprises allusion dans 2 Cor. à une lettre qui a précédé notre épître et dont Tite doit avoir été le porteur. Cette lettre peut-elle être 1 Cor., comme le pensent encore beaucoup de critiques, ou bien s’agit-il d’une lettre aujourd’hui perdue, comme l’ont cru BLEEK et à sa suite CREDNER, NEANDER, EwaLp, BEYSCHLAG, GonEer, KLÔPPER, etc. ?

Il est impossible, quoi qu'en dise ZAHN, d’appliquer sérieusement à 4 Cor. ce que Paul dit dans 2 Cor. soit de sa propre situation au moment où il écrivait la lettre en ques-

1 Cette letire intermédiaire est la troisième des épîtres que Paul envoya aux Corinthiens, car 4 Cor. suppose déjà une lettre antérieure (cf. V, 9) et est en réalité la seconde. 2 Cor. devient ainsi la quatrième.

tion : &x wolAñc DAlpeos nai ovvoyÿs xaoôlas….. iè noÂÂdv Éaxobwr (II, 4), soit: de l'effet produit par cette lettre, qui a causé une si grande tristésse et qui était si sévère que Paul s’était un moment repenti de l’avoir écrite (VIE, 8-11). Sans doute, 1 Cor. renferme des passages sévères, mais en somme l’impression est plutôt favorable à l'Eglise. Paul débute par l’action de grâces; il termine d’une manière très: affectueuse. Rien ne trahit l’angoisse, les larmes : l’exposé est magistralement calme, mesuré. À peine y a-t-il quelques expressions vives où ironiques. Cette épitre ne répond en rien au tableau que Paul trace de celle qui a précédé 2 Cor. Enfin les passages VIT, 12 et IE, 5-10, où Paul parle d’un individu auquel il pardonne si l’Église lui pardonne, ne s’appli- quent pas davantage à 1 Cor. Si la lettre en question était 1 Cor., ce personnage ne pourrait guère être que l’incestueux de 4 Cor. V. Mais les expressions. de Paul dans 2 Cor. ne sauraient s’appliquer à ce cas : elles prouvent toutes qu’il s’agit d’une offense personnelle faite à l’apôtre. Au ch. VII, les termes du v. 12 conduisent naturellement à voir dans Paul lui-même le dôvxmdets. Ou bien ce dévxndeis serait-il le père de l’incestueux ? Mais alors comment Paul dirait-il qu’il a écrit seulement afin que le zèle de l’Église en sa faveur se mahifestât et qu'il ne l’a fait «ni à cause de l’offenseur (&dwxoas] ni non.plus à cause de l’offensé /&ôsxmdeis) » ? Ces derniers mots ne se comprennent que si le lésé est Paul lui-même, et quant aux mots précédents (« ni à cause de l’offenseur »), ils seraient difficiles à-accorder avec ce que Paul dit dans 4 Cor. V du salut de l’incestueux. Enfin, c’est. sur un autre ton que Paul parlerait d'une affaire comme celle de l’incestueux. S'il y à eu une visite de l’apôtre à Corinthe entre 1 et 2 Cor., nous comprenons que l'affaire de l’incestueux, dont traitait 1 Cor., devait être finie depuis longtemps quand Paul écrit 2 Cor. Il s’agit donc d’un cas tout nouveau. Ainsi nous tenons pour établi qu’il y a eu : 4° une visite de Paul à Corinthe, et 2 une lettre aux Cor. (perdue) entre 4 et 2 Cor. Cf. sur cette visite et cette lettre : WEIZSÂCKER, Apost. Zeitalter, 1re éd:, p. 299-310 ; PFLEIDERER, Urchristentum, 1'e éd., p. 103-110, et Les introductions au N. T. de Hir- GENFELD, JÜLICHER, etc. +

3.— Cette visite et cette lettre doivent avoir été en rapport étroit l’une avec l’autre, car l’apôtre, parle de: toutes deux: dans des termes tout à fait semblables : cf, IL, 1. ss. (visite).et: VIL, 8. ss. (lettre). On ne peut douter que lettre et séjour ne se: rapportent à la même période et aux mêmes faits. En outre; ilest très probable que la visite a dû précéder la lettre, car: l'apôtre dit expressément (Il, 3. 4) que la lettre a été écrite: pour éviter un nouveau séjour & Aüzn. On voit d’ailleurs que: cette lettre sévère a immédiatement précédé 2 Cor. ; c'en est; l’eccasion. Dans 2 Cor. l’apôtre conclut les tractations qui avaient été poursuivies par la lettre sévère et la mission de Tite, et qui déjà auparavant, dans son second séjour, avaient: été commencées, mais étaient restées inachevées. Pendant; ce séjour a dû se passer ce qui a motivé la lettre sévère ; celle-ci devait amener le changement décisif et Paul, en l’écrivant, risquait tout. De là son angoisse jusqu’au retour de: Tite !

-Voici donc quel a été le cours probable des NRA Paul, après avoir écrit À Cor.; comptait quitter Éphèse au bout de peu de temps ; mais, avant qu’il eût tout réglé à Éphèse, une: circonstance inconnue (peut-être le retour de Timothée et les: mauvaises nouvelles que celui-ci rapportait de l’Église de: Corinthe, laquelle d’après 1 Cor. donnait déjà beaucoup à penser à l’apôtre) le décide à se rendre inopinément à Corinthe. Le cas supposé 1 Cor. IV, 21 (venir év 6&80w) se réalise. Le séjour, bref sans doute, se passe &v Aëxn : Paul rencontre dans l’Église une grande opposition (probablement du parti oi Xouorod). Ses adversaires font ce que laisse entrevoir. 4 Cor. IV, 3 : ils prononcent une sentence sur lui, déclarant son droit d’apôtre nul. Il faut qu’à cette occasion, entre autres, un individu se soit élevé contre Paul et l’ait personnellement offensé de la manière la plus grave (2 Cor. IL; VID, sans doute en l’accusant d’être apôtre de lui-même, apôtre menteur, orgueilleux, ayant perdu le sens, ete. (tout cela résulte de 2 Cor.). Cette offense doit avoir été publique, directe, faite à l’apôtre personnellement présent, et sans que l’Église ait énergiquement pris position contre l’offenseur et pour l’of-

1 Cf, Werzsècren, {re éd., p.305. 309.s;; JüLicHer[6meéd., p.79. 80]

fensé. Paul est donc obligé de quitter brusquement Corinthe : il part dans la douleur et l'indignation, et c’est peu après que, d’Éphèse où il est revenu, il écrit et envoie par Tite cette terrible lettre qui devait causer tant de chagrin aux Corinthiens et à lui-même, promettant toutefois de revenir bientôt si elle produisait son effet. 11 annonçait (ceci résulte de ce qu’il dit de ses plans de voyage changés, 2 Cor. I et ID) l’intention de venir directement chez eux, pour peu de temps, et de se rendre de là en Macédoine, mais pour revenir ensuite à Corinthe avant de repartir pour la Judée. Le plan dont Paul explique l’abandon dans 2 Cor. I, 15. ss. n’est donc pas du tout celui qu’il avait annoncé dans 1 Cor. XVI, 5-9, où il déclarait vouloir rester à Éphèse jusqu’à la Pentecôte, puis aller à Corinthe par la Macédoine.

Mais avant que Paul eût reçu la réponse des Corinthiens, le tumulte de Démétrius le chassait d’Éphèse ; il se rend à Troas, où il attend Tite qui devait revenir de Corinthe par cette voie. Tite n’arrivant pas, l’apôtre passe, impatient d’avoir des nouvelles, en Macédoine, où il rencontre enfin son délégué. Les nouvelles que celui-ci rapportait étaient bonnes, en somme : on l’avait recu avec crainte et tremblement (VII, 15) et on s'était rattaché à l’apôtre. L'Église avait fait ce par quoi elle aurait dû commencer : elle avait jugé le coupable, lequel s’était repenti ; Paul lui pardonne et peut inviter l'Église (dans 2 Cor. ) à faire de même. Et, maintenant qu'il est rassuré, il annonce sa prochaine venue et écrit 2 Cor. pour renouer amicalement avee l’Église, l’assurer de son pardon, mais aussi pour clore la question en s’attaquant encore une fois directement à la minorité récalcitrante qui ne s’était pas encore rangée. La majorité est revenue à lui : 2 Cor. doit amener le dernier pas nécessaire pour le rétablissement complet de la bonne harmonie entre l’apôtre et l'Église. De là le ton à la fois conciliant, reconnaissant, tendre, et ailleurs sévère et indigné (mais contre quelquesuns seulement) qui caractérise notre épître.

&.— Tout ce que nous venons de dire suppose qu’un temps assez long s’est écoulé entre 1 et 2 Cor. Et ce qui le confirme, c’est la situation de l’Église qui ressort de 2 Cor. et qui est très différente de celle postulée par 1 Cor. La principale dif-

férence (outre ce que nous avons dit du ton général, de la note fondamentale de chaque épître) est que les trois premiers partis de 4 Cor. I semblent avoir disparu : il n’en est plus question. En revanche, le parti de Christ, dont Paul s’est à peine occupé dans 1 Cor., est au premier plan : ce sont les adversaires qu’il attaque directement dans 2 Cor. X-XIIE. Ge parti devait avoir gagné du terrain entre 1 et 2 Cor. ; c’est avec lui sans doute que Paul avait eu affaire dans son second séjour, à lui qu’appartenait l’offenseur. Ajoutons que si la grande majorité de l’Église s’était rangée à l’autorité de Paul et était personnellement revenue à lui, le retour à Dieu n'était pas aussi complet encore. Les désordres censurés dans 1 Cor. avaient en partie cessé, mais en partie seulement : les divisions et les vices païens menaçaient encore la vie de l’Église et Paul en réclame avec énergie l’abandon définitif (2 Cor. VI, 44 — VIE, 1 ; XIE, 20. 21).

Voilà, autant que nous en pouvons juger, les circonstances et l’état de choses qui expliquent l’origine de l’épître que nous appelons « seconde aux Corinthiens », mais qui fut en réalité la quatrième des lettres envoyées par l’apôtre à l’Église de Corinthe.

$ 2. Lieu, temps, but, contenu.

4. — Le lieu de composition de 2 Cor. est très certainement la Macédoine. Cela ressort des passages suivants de l’épître : 1, 43 ; VIL 5 ; VIIL, 1 ; IX, 2. 4. On a cherché de bonne heure à préciser davantage ; c’est ainsi que les manuscrits B et P ont la souscription : éyodpn dnè Dirinnwyr, que K complète par les mots 79 Mauedoviæs. Et K et L ajoutent encore : &à Tirov nai Aovx&!. Le Texte reçu réunit ces divers éléments. Mais si Philippes peut sembler assez plausible, ce n’est là néanmoins qu’une hypothèse.

2, — Pour ce qui concerne le temps, le terminus ad quem est en tout cas l’automne 58, le dernier séjour de Paul à Corinthe (Act. XX, 2) ayant eu lieu pendant l’hiver 58-59, au

1 On aura pensé à Luc sans doute à cause de ce que Paul dit au eh. VIII, où il parle de deux « frères » envoyés à Corinthe avec Tite.

cours du”troisième voyage missionnaire de l’apôtre, qui se: termina à Jérusalem (Act. XXI, 15. ss.) au commencement de l'été (cf. Act. XX, 16) de l’an 59.

: D’après l'opinion traditionnelle, la composition de 1 Cor. aurait précédé de peu celle de 2 Cor. :elle se placerait au printemps 58, et celle de 2 Cor., pendant l'été ou l’automne de la même année. Mais avec l’explication que nous avons admise (voir $ 4) et qui réclame un intervalle plus. considérable entre 4 et 2 Cor., la composition de 4 Cor. se trouve ‘reportée au printemps 57, et les divers faits qui ont: ou à l’envoi de 1 Cor. peuvent être :datés comme suit : A

:Voyage à Corinthe et séjour & dx : peu apres 4; Cr; donc: fin du printemps ou commencement de l'été 57 : — retour à Éphèse, envoi de Tite portant la lettre écrite dans les larmes, départ d’Éphèse : été 57 ; — attente à Troas et ‘arrivée en Macédoine : automne 57 ; — rencontre avec Tite revenant de Corinthe : automne 57, ou hiver 57-58 ; — composition de 2 Cor. et envoi par Tite : été 58 : — départ pour la: Grèce (Act. XX, 2) : automne 58. !

Paul aurait ainsi séjourné en Macédoine de F automne. 57 à l’automne 58. Peut-être d’autres faits encore trouvent-ils leur place dans ce séjour d’un an environ, par exemple l’activité missionnaire en Illyrie, à laquelle Paul fait allusion dans Rom. XV, 19. (On sait que l’épitre aux Romains fut écrite de Corinthe pendant l'hiver 58-59. )

: 3. — Le.but de notre épître n’est pas douteux. Il se résume He les trois points suivants :

.a) 2 Cor. renferme une apologie émue que Paul fait de luirême, la revendication énergique de son autorité apostolique encore méconnue par un parti à Corinthe..

b) Mais avant tout Paul veut exprimer à l’Église sa joie de ce qu'elle est revenue à lui dans sa grande majorité, du bon accueil fait à la mission de Tite : il veut sceller le traité de paix entre lui etles Corinthiens.

c] Enfin il veut faire avancer l’œuvre de la grande collecte. qu’il a entreprise pour l’Église de Jérusalem.

&. — À ce triple but répond admirablement le contenu de l’épitre qui se divise en trois parties principales :

#4) Ch. I-VIE. Apologie du caractère d’apôtre et du ministère de Paul, et effusion de cœur relative à Aie PEOApE par la lettre et par la mission de Tite.

-2) Ch. VIIT-IX. La collecte, dont Paul fait ressortir. li haute importance religieuse.

-3) Ch. X-XIIL. Retour sur le caractère d’apôtre et vive attaque contre les adversaires, dont Paul fait le procès sou-. vent avec ironie. Cette partie polémique doit, entre autres, : SES là prochaine visite de l’apôtre.

$ 3. Authenticité, intégrité, importance.

1. — Nous ne nous arrêterons pas à démontrer l’authentieité de 2 Cor. Comme celle de 4 Cor., elle est attestée par le témoignage de l’antiquité chrétienne 1, et surtout par le témoignage de la lettre elle-même [dans laquelle s? ‘affirme pour ainsi dire à chaque ligne la personnalité de Paul]. Au reste, elle n’est mise en doute que par quelques hypercritiques (Srecx et l’école hollandaise), qui contestent l’authenticité de toutes les épîtres de Paul et les relèguent au second siècle. [Voir la réfutation de cette opinion dans le commen: taire de SCHMIEDEL, 2e éd., p. 47-50, et dans l'Introd. au N. T. de Jüricaer, 6e éd., p. 19-20.]

2. — En revanche, nous avons à examiner la question de l’unité ou de l'intégrité de 2 Cor. Depuis SEMLER on a voulu, de différentes façons, retrancher telle ou telle partie de: l'épitre, ou plutôt (car on reconnaît en général que le tout est bien de Paul) retrouver dans 2.Cor., non une, mais deux et même trois lettres différentes.

. SEMLER (Paraphr., 1776) admet que 2 Cor. renferme trois. lettres : a) Ch. I-VIIL (+ Rom. XV) ; XIE, 41-13. —b) Ch. X- XIII, 40. — c) Ch. IX. — I sépare ainsi le ch. VIIT du ch. IX. Mais, comme le fait remarquer Weiss?, la dernière partie du ch. VIII n’a pas de signification si le ch. IX ne s’y relie.

1 [Ce témoignage est toutefois moins imposant que pour 4 Cor. ; voir BAcHMANN, Comment. sur 4 Cor., p. 20-21, et F. GoperT, /ntrod., E p. 398. s.|. ;

‘ 2 Einleitung, 3me éd., p. 240.

D'ailleurs il est évident, malgré quelques répétitions, qui s’expliquent par l’ardent désir de Paul d'obtenir à Corinthe un bon résultat de la collecte (voir là-dessus REUSS), que ces deux chapitres traitent le même sujet et sont inséparables. |

L'idée principale de SEMLER, la division de 2 Cor. en plusieurs lettres, a été reprise par plusieurs critiques (entre autres WeissE) et sous diverses formes. Elle est aujourd’hui soutenue surtout sous la forme que lui a donnée HAUSRATH {Der Viercapitelbrief, 1870), qui trouve dans notre épître deux lettres différentes de Paul: a) Ch. I-IX. — b) Ch. X-XIHII. Cette dernière serait précisément la lettre écrite dans les lar- mes entre 1 et 2 Cor. PFLEIDERER (Urchristentum, p. 105-107) envisage cette hypothèse comme « très probable et très heureuse ». Nous posséderions donc encore, au moins en partie, cette lettre, sans cela disparue; il ne nous en manquerait guère que le commencement, l’en-tête, et la vraie fin de 2 Cor. serait perdue. Voici les raisons que donne HAUSRATH à l’appui de son hypothèse : 1) le ton entièrement différent et même opposé des deux parties de notre lettre ;2) la situation très différente (selon lui) que supposent ces deux parties : dans les ch. I-IX, Paul est déjà réconcilié avec l’Église, il pardonne, même à son adversaire personnel ; dans les ch. X- XII, il semble que l’Église soit encore sous l’influence des adversaires. Cette seconde partie ne renferme pas un mot de pardon ; le ton en est sévère, l’ironie amère, tandis que dans les ch. I-IX Paul laisse parler la tendresse de son cœur. — PFLEIDERER à fait remarquer aussi que les premiers mots du ch. X (œèrôs Ôë &y® Ilaülos) ne conviennent pas au milieu d’une lettre, mais sexpliquent très bien si on admet que Timothée, qui peut-être était l’offensé (dôvxnd ets, NIL, 12) du second séjour à Corinthe (séjour dans lequel il était sans doute avec Paul), ait commencé la lettre intermédiaire (lettre écrite dans les larmes) et que Paul, succédant à Timothée, ait repris par ces mots : « Mais moi-même, Paul... » — Cette fin paulinienne aurait été ensuite détachée et jointe à l’autre lettre de Paul, plus considérable (ch. 1-IX).

Mais, dirons-nous, faisait-on donc si peu de cas d’une lettre de Timothée, qu’on l'ait laissé perdre et n’ait songé

qu'à conserver celle de Paul? Et puis, ce qui condamne surtout l'hypothèse de Hausraru, c’est le fait (reconnu, on vient de le voir, par PF1EIDERER) que la soi-disant lettre ch. X-XIIL ne se suffit pas à elle-même : on estobligé de la combiner avec quelque autre, pour en former un tout qui se tienne. Enfin, il y a trop de rapports, dans l’ensemble et le détail, entre les deux parties de 2 Cor. pour qu’on puisse les séparer l’une de l’autre. Reuss a montré (Gesch. der heil. Schr., $ 96. ss) que lé ch. X renoue, si on y regarde de près, avec le ch. VII, et que dans les ch. X-XIIL il y a une foule de rapprochements de détail avec les ch. I-VIT (cf. p. ex. : I, 43 et X, 2. 41: —T, 15. s. et X, 14 ; — IL, 1 ; V, 42 et X. 18 : XI, AG. ss. ; XIE, 4; — IE, 2. ss. ; VIL 9. ss. et XIIT, 10; ete.) Or, ditReuss, si toutes les parties sont de Paul, si toutes sont destinées également à l’Église de Corinthe et en rapport étroit les unes avec les autres, le plus naturel est de penser que toutes appartiennent à la même lettre.

Les difficultés provenant du changement de ton, la brusquerie des transitions, le manque de suite, les répétitions (qu’on à aussi fait valoir contre l'unité de l’épiître), tout cela s'explique suffisamment par la différence des matières, comme aussi par le changement des impressions ou par des interruptions au cours de la rédaction !. L’ordre des sujets traités n’en est pas moins parfaitement clair et les grandes divisions très nettement marquées.

La grande objection, le changement de ton entre les ch. I- IX et X-XIIT, se résout entièrement si l’on songe au caractère de cette dernière partie. La relation de Paul avec l’ensemble de l'Église est 1établie : le ton affectueux de la première partie (I-IX)le prouve. Mais, d'autre part. l'Église n’a pas encore rompu d'une manière suffisamment complète avec Les adversaires de Paul ; ils y exercent encore trop d'influence ;: Paul a encore à se défendre contre eux et leurs calomnies, et il réclame de l'Église un dernier pas pour quetout soit définitivement rentré dans l’ordre (cf. JüLICHER, sur les ch. X-XIIP. Dans cette dernière partie de l’épître, où Paul en vient à ses

1 Weizsicrer, Apost. Z., p. 328.8. dit très bien: « Brief der Stimmungen und der wechselnden Stimmungen, » Cf. aussi JüLICHER.

fs INTRODUCTION

adversaires, il ne s’adresse même pas proprement à eux, car ils ne sont pas l’Église, mais des zwés, dont ilne parle qu’à la troisième personne. Ces gens constituent une minorité qui est, pour lui, jugée en opposition à la majorité de l'Église, désignée par buets ndvres. Aussi est-ce à l'Église que l’apôtre ‘parle, comme à des amis, de ces zevés, et il le fait en se montrant impitoyable pour les rebelles et avec une grande vivacité d'expression, car il touche au point qui lui est personnel en tout cela. Mais il n’y a point là de raison de séparer cette partie du reste.

Enfin, WerzsÂckER me paraît avoir achevé d'établir l” unité de la lettre en montrant que le sujet de la partie intermédiaire (ch. VIII-IX) n’est pas du tout sans relation avec les deux autres parties. Les adversaires de Paul étaient des fanatiques judaïsants de Jérusalem qui étaient venus à Corinthe chercher à détacher l’Église de Paul. Paul a regagné, reconquis l’Église ; la chose est constatée dans ch. I-VIL. 1 s’a git maintenant de resserrer le lien qui unit lui-même et son Église à l’Église de Jérusalem, et c’est à quoi il travaille par la collecte. Celle-ci ne doit pas simplement secourir les pauvres de Judée, mais amener l’Église de Jérusalem à reconnaître que le christianisme des pagano-chrétiens est un christianisine authentique, et sceller ainsi le pacte de foi et de charité qui groupe en un seul faisceau toute l’Église chrétienne. La collecte est donc en étroit rapport avec le but principal de la lettre. Unir les chrétiens païens à la communauté primitive, c’était bien mettre les judaïsants à la porte, leur ôter le terrain sous les pieds. Mais cela achève aussi de prouver que «ceux de Christ» n’étaient pas des envoyés des apôtres primitifs, ni de l’Église de Jérusalem. Ils pouvaient avoir des relations à Jérusalem, de hautes influences. Leurs chefs venaient sans doute de là. Mais Paul sépare absolument son affaire avec eux de sa relation avec l’Église-mère et les apôtres primitifs. — Ainsi les ch. VIII et IX préparent la condamnation des adversaires (ch. X-XIID), en montrant dans quelle relation Paul est avec Jérusalem, tout comme les ch. I-VIT la préparaient aussi, à un autre point de vue, en raffermissant le lien de Paul avec l’ensemble de l’Église de Corinthe. ILes adversaires se trouvent ainsi complètement

isolés : de l’Église de Corinthe et de l’Église-mère. (Voir sur tout cela l’exposé de WeIzSÂCKER, Ap. Zeïtalter, p. 319. S. ; et pour l’unité de la lettre, HiLGENFELD, Einl., p. 287. ss. 295. Voir également JÜLICHER.)

La lettre intermédiaire est done bien perdue, peut- “être à cause de sa sévérité même.

Il est, enfin, un passage de 2 Cor. que plusieurs critiques regardent comme une interpolation et que quelques-uns envisagent même comme n’étant pas de l’apôtre : c’est le petit morceau VI, 14-VIT, 1 (ou 2). Ewaup y voyait déjà un fragment intercalé, tiré peut-être d’une autre lettre. HILGENFELD et FRANKE pensent à la lettre (perdue) qui a précédé 1 Cor. (donc la toute première lettre de Paul aux Corinthiens) et de laquelle on a cru retrouver aussi des fragments dans quelques passages de 1 Cor. HoLSTEN, RENAN, SABATIER, HEINRICH, et, dans une certaine mesure, aussi SCHMIEDEL déclarent ce morceau non-paulinien.

Il est vrai que VI, 14 — VII, 4 conviendrait bien comme élément de la lettre antérieure à 1 Cor., et que l’on peut passer parfaitement de VE, 43 à VIE, 2, mais cela ne suffit pas pour prouver que l’entre-deux (VI, 14-VIT, 1) ne fait pas partie intégrante et*primitive de 2 Cor.

Aussi l’authenticité, et l’authenticité à la place qu'il occupe, de ce morceau est-elle défendue par REuss, MEYER, Weiss, WEIZSÂCKER, JÜLICHER, GODET, ZAHN, etc. Le contexte, en effet, S’explique aisément ; on comprend très bien que Paul, parlant de son intime affection et de son dévouement pour les Corinthiens, et angoissé à leur sujet (VE 1.5s.), saisisse l’occasion de les supplier de faire, par amour pour lui, ce qu’il leur demande depuis longtemps : abandonner tout ce qui reste des habitudes paiennes qu’il avait condamnées

-dans 4 Cor. Et d’ailleurs le morceau incriminé, envisagé en

lui-même, ne contient rien qu’on puisse déclarer non-paulinien ; quelques &xaëË Aeydueva ne sont nullement probants. (JÜLICHER..)

3. — Importance. Si 4 Cor. peut être appelée, dans un autre sens qu'Éphés., la lettre de l'Église, puisque Paul y a posé pour tous les temps les règles d’une bonne ordonnance de l’Église, on peut dire que 2 Cor. est l’épitre du ministère

du salut. (Rom. complètera la trilogie par l’exposé du salut même). Notre lettre renferme ce qui à été écrit de plus élevé et de plus profond sur le ministère de la Nouvelle Alliance, tel que Paul lui-même l’a compris et pratiqué, et qu'il a si bien caractérisé en l’appelant le ministère non de la lettre, mais de l’Esprit (IE, 6). Et si 4 Cor. nous montre, mieux qu'aucun autre écrit du N. T. et de Paul lui-même, ce qu'était la vie d’une Église primitive, les difficultés, les luttes, les dangers auxquels était exposé l'Évangile en face du monde paien d’alors, 2 Cor. nous fait connaître, plus que toute autre épître de l’apôtre, la personnalité de Paul. Il est obligé, en effet, pour défendre son ministère et son caractère personnel si odieusement attaqués, de faire appel à son activité, à ses luttes, à ses émotions, à toute sa vie intime ; il nous permet ainsi de pénétrer dans ses impressions, très mobiles, dans ses tendresses et ses indignations, mais il nous apparaît en même temps comme celui qui se domine complètement lui-même et qui unit au sentiment de sa haute vocation une profonde humilité (voy. surtout ce qu’il dit de sa vie intime dans 2 Cor. XII). — Comp. le jugement de Werz- SÂCKER SUr 2 Cor., 4Ap. Z., p. 328.

$S 4. Documents du texte.

Commentaires.

1. — Documents. Notre épître a été conservée, en tout ou en partie, dans une quinzaine de Majuscules, à savoir :

Complètement dans :

N (Sinaiticus), du [Ve siècle, à Saint-Pétersbourg.

B (Vaticanus), du IVwe siècle, à Rome.

D (Claromontanus), du Vire siècle, gréco-latin, à Paris.

E (Sangermanensis), du IX siècle, gréco-latin, copie de D, à Saint Pétersbourg.

F (Augiensis), du IXve siècle, gréco latin, à Cambridge.

G (Bürnerianus), du IXve siècle, gréco-latin, à Dresde.

K (Mosquensis), du IX" siècle, à Moscou.

L (Angelicus), du IXme siècle, à Rome.

P (Porfirianus), du IXwe siècle, à Saint-Pétersbourg (manque : IL, 14-16).

Incomplètement dans :

À (Alexandrinus), du Ve siècle, à Londres (manque : IV, 13-XIE, 6).

CG (Codex d’'Ephrem, palimpseste), du Vre siècle, à Paris (manque: X, 8-XIIT, 13).

S du VIIT'e ou du IX siècle, au mont Athos (manque : XI, 25-XIII, 43).

2 du Ve siècle, à Rome (contient: IV,7-VI, 8 et VIE, 15-X, 6).

Très fragmentairement, entre autres dans :

M du IXve siècle, à Londres (contient : 1, 1-15 et X, 13- XIL5). |

A cela, il faut ajouter plusieurs centaines de Minusrules, et les anciennes Versions (latines, syriaques, égyptiennes, etc.), ainsi que les citations des Peres, [p. ex. : Irénée, Clément d’Alexandrie, Tertullien]. 1

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