‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 11 sur 111 · SPATH D'ISLANDE · texte numérisé non relu

SPATH D'ISLANDE

A sa sortie de la carrière, un cristal de spath double est souillé d'une couche d'argile foncée très adhérente k sa surface. Lorsque cette gangue a été enlevée par un lavage, la surface du cristal reste dépolie et opaque. Mais si l'on frappe d'un coup de marteau ce cailloa terreux, il se brise en des centaines de pierres fines, polies et transparentes. Ce minéral possède trois plans de clivage rhomboédriques très nets, et se divise presque toujours suivant ces plans. Dans certains échantillons, les surfaces naturelles du cristal et les plans de clivage qui se sont formés pendant que le spath était encore enchâssédans l'argile, sont couverts d'une épaisse couche de zéolithe (slilbite et heulandite). Le basalte et le tuf basaltique traversés par le filon contiennent desdruses tapissées de petits cristaux de quartz. Ce sont là sans doute les pierres rayant le verre et brillantes comme le diamant mentionnées par Bartholinus. Le calcaire laiteux, grossièrement cristallisé et peu transparent, qui constitue la masse du filon, n'est point employé dans la construction des instruments d'optique. Il est expédié en Europe pour servir à la préparation de l'acide carbonique. Sur le rivage nous trouvâmes un monceau de ces pierres; ce commerce ne serait donc guère rémunérateur. Les morceaux translucides, qui sont utilisés en optique, atteignent, au contraire, un très haut prix. Le spath, même en gros crisU\ux, est aussi incolore que l'eau de la source la plus claire. Quelques chimistes, sans avoir fait une analyse exacte du minéral, avaient conclu de cette propriété que le spath d'Islande est une combinaison pure d'acide carbonique et de chaux, pouvant senir à déterminer le poids atomique du calcium. Pour cette substance, l'analyse a fourni un nombre qui paraît vérifier la loi de Proust, d'après laquelle les poids atomiques des corps simples seraient des multiples de celui de l'hydrogène. De cette loi on avait conclu que tous nos prétendus corps simples étaient formés d'une seule substance. Mais aujourd'hui il est prouvé que c'est une erreur, et que la loi de Proust n'est pas rigoureuse; il y a environ dix ans encore, les chimistes l'acceptaient comme parfaitement démontrée. Seul Berzelius soutint avec persévérance une opinion contraire et critiqua avec raison la théorie de ses adversaires. Dans ces débats il prouva que le spath, qui paraît pur, contient une assez grande quantité d'autres

r,4 LA SKCUNDK EX1'£UITIU.\ Al liliÔNLAM».

iiiiitii'itis, Iclles 4ue ilu l'eau, du k-r, <ie l'acitk' phusiiliniiqui-, <Itf la rhaux. (lu fluor, l'tr., iiialii'it's ipii iralU-iuiit ui la cuuleur ni Itmode dt! crislallisaliou du miurnil. l.o spath d'Isl:nid«' a |»enlu aiusi rhoiinour d'avoir servi à formuler une loi nalui-elie dans le domaine de la eliiinie (luiv. Sa foi-inalion esl in^me en eoulniflietiou avec la loi de l'musl. A reïce[)li<ui de la fjlai-e, ijui, comme on le sait, se clive si faeilemeut en grandes masses lrans|KimUes d'un bleu azuré, cl dn nuiM-lr., i[uu suivant les idws des anciens pm-

Hoiievs iïlaiidnis.

lU'u|iii.>, iiiiu ;!ruvui'.' lin Sammtr travellini/ lu Icelani. par Juliu CoJv^. LuuJru', ISHJ.)

logues, ne serait que de la glace duii-ip, le spath d'Islande est le seul minéral i|ui tonne d'aussi l»eau\ et pui's cristaux.

L'excnrsion au gisement de spath fut très agmthie et livs îuléressaiilo; ([uel<|ues mésaventures avec les poneys islandais contribui-rent à lui enlever lunte monotonie. Montés sur ces petits chevaux, nous galopions, le docteur Arpi en tète, à tiavers les i-ochei-s, les ruisseaux et les monceaux de pierivs éboulées, ha relation de cette excui'sion me fournirait une Iransilion entiv l'historique du splh et l'histoiitî. non moins intéressante, de»; [wneys islandais. Mais, étant peu versé en hi])pologie, je dois nur borner à reproduire celte excellente gravure cl renvoyer le lecteur aux n'-cits des pivcédents voyageurs. Je citerai seulement le passage suivant, empruulé au docteur Arpi, qui a une grande cxpérirnce de ces chevaux.

PONEYS ISLANDAIS. ôi)

i< Aucun animal n'est aussi endurant que ce poney. Charfçé d*un cavalier ou de bajjages, et allant indifféremment au pas, au trot, à Tamble ou au galop, il ne bronche jamais, sur les pierres comme sur les escarpements des montagnes, sur les marais comme au milieu des torrents, sur le sol comme sur la glace. C'est un excellent nageur et il traverse facilement des rivières profondes, larges et rapides. Chaque jour, qu'il pleuve, vente ou gèle, il porte son cavalier; souvent ce {)etit ffnimal est la seule société du voyageur dans ces déserts, et en maintes circonstances il lui sauve la vie. îî

• Le 4 juin la Sofia leva Tancre pour sortir du Rôdefjord. Une fois en mer, nous longeâmes la côte méridionale de l'Islande jusqu'à Reykjavik. Au début de la traversée, le temps était clair; du pont du navire, la vue s'étendait sur les plateaux encore parsemés de plaques de neige et sur les grands glaciers de la région méridionale de Tîlê. Mais, le lendemain, un épais brouillard nous enveloppa et retarda notre marche. Nous dûmes redoubler de précautions au delà du Reykjanàs, — le Rock ou Rockness des anciennes cartes*, lorsque nous entrâmes dans le golfe de Reykjavik, encombré d'îles et de bancs. Dans la nuit du 6, la iÇo/îa mouilla quelques heures au milieu du Ijord, uni comme une glace. A la pointe du jour, apercevant des canots de pêcheurs sur le banc où nous étions ancrés, nous les hélâmes pour demander à quelque matelot -de nous piloter à Reykjavik. Rien loin de pouvoir nous aider à nous diriger à travers cette brume épaisse, ces pêcheurs nous consultèrent sur la direction probable de la ville. Ces gens n- avaient point de boussole. Nous marchâmes alors lentement sans l'aide d'aucun pilote. A rtiesure que nous avancions dans le ijord, le brouillard s'éclaircissait, et, dans le port, l'atmosphère était parfaitement claire. Le 6 juin, à midi et demi, la Sofia mouilla devant Reykjavik. Ce fut pour nous une heureuse chance d'arriver ce jour-là. Le lendemain il s'éleva une violente tempête du sud-ouest; si elle nous avait surpris au milieu des bas-fonds du FaxaQord, nous aurions eu grand'peine à nous tirer d'affaire. Même dans le port de Reykjavik

1. Le nom de Rock se trouve, pour la première fois, sur lu carte des Zeui de i558*

— qui, soit dit en passant, est très mauvais, — notre navire manqua de chasser. La mer étiiit si forte que, pendant quelques heures, toute communication entre la terre et la Sofia fut interrompue.

Le mauvais temps nous empêcha de faire une excursion dans le Borgerfjord, situé au nord de Reykjavik, où sont situés plusieurs gisements de plantes fossiles.

C'est en Islande qu'on a trouvé ^our la première fois, sur une terre arctique, des plantes fossiles prouvant qu'à une époque rapprochée de nous, géologicjuement parlant, ces régions ont eu un climat comparable à celui de l'Italie. Le surturbrand* est mentionné dès 1747, sous le nom de verschlemmtes hohj dans la description de l'Islande et du Grônland due au bourgmestre de Hamboui^, J. Andersen *. L'ouvrage de Hoi rebow, imprimé peu de temps après et qui est une longue critique de celui d'Anderson, donne à ces bois fossiles le nom de sorte braiid. Horrebow remarque très justement, et avec un étonnement que l'on comprend, que le surtur-brand est inclus dans la roche '\

Les étudiants islandais Olafsen et Povelsen ont signalé les premiers, sous le nom de lithophylles, des empreintes de plantes fossiles. Olafsen et Povelsen exécutèrent de 1752 à 1757 un voyage en Islande, sous le patronage de la Société des Sciences de Copenhague, et publièrent les premiers renseignements exacts sur l'histoire naturelle de l'île*. J. Steenstrup rapporta en 1840 une collection importante de ces plantes fossiles; elles furent décrites, ainsi que celles récoltées par Winkler en 1858, dans la Flora fossilis arclica d'Osw. Heer. M. Flink a rapporté la plus grande collection qui ait été faite jusqu'à ce jour de ces plantes admirablement conservées dans les tufs volcaniques de l'Islande. Le professeur Nathorst s'occupe actuelle-

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