‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 10 sur 111 · CAPTURE DES OISEAUX · texte numérisé non relu

CAPTURE DES OISEAUX

et la passent entre leurs jambes, de manière à pouvoir s'asseoir dessus; puis, armés de leur long bâton, ils se font descendre dans le vide. Six hommes soutiennent la corde en la laissant filer autour d'un morceau de bois fiché sur le rebord de la falaise, pour qu'elle ne soit pas coupée par le frottement contre les pierres tranchantes. Ces hommes tiennent, en outre, à la main une ficelle attachée également à la ceinture du chasseur; en tirant cette ficelle, le dénicheur indique aux hommes qui le soutiennent s'ils doivent le descendre, ou le faire remonter, ou encore le laisser à la place qu'il occupe. Dans cette descente, les chasseurs sont exposés à recevoir sur la tête des pierres que détachent les mouvements du câble. Pour s'en préserver, ils portent un chapeau très épais et bien doublé; cette précaution n'empêche pas néanmoins de fréquents accidents. Les habitants des Ferô sont passionnés pour cet exercice, en dépit des dangers qu'il présente. Ils espèrent que, dans sa miséricorde. Dieu les protégera, et, avant d'aller à la chasse, ils se confient à lui. Cette chasse n'est pas périlleuse, à leur avis; c'est simplement, disent-ils, un travail difficile, car celui qui n'a pas appris le métier ou qui n'y est pas habitué, tourne toujours avec la corde, et, bientôt étourdi par ce mouvement, il devient incapable d'atteindre les oiseaux. Le chasseur expérimenté regarde, au contraire, l'escalade comme une distraction. Celui-ci sait tourner une saillie rocheuse simplement en donnant une impulsion au cable avec ses pieds placés contre la falaise. Il sait s'asseoir sur sa corde pendante dans le vide, et avec son bâton capturer les oiseaux qui s'envolent ou qui reviennent à leurs nids. Découvre-t-il un trou protégé par une saillie rocheuse, dans lequel sont blottis des oiseaux, le chasseur expérimenté sait — et c'est là le grand art — s'élancer dans le vide et ensuite prendre pied sur le bord de la cavité.

Cette chasse n naturellement beaucoup d'attraits pour la jeunesse, et, tous les ans, plusieurs jeunes gens sont tués en essayant quelque folle escalade ou quelque descente vertigineuse. Jadis une loi a été faite, dit-on, pour modérer Taixleur des téméraires. Cette loi assimilait aux suicidés les dénicheurs tués en escaladant les rochers et conséquemment leur refusait une sépulture consacrée, à moins qtiun parent ou un ami du défunt ne gravît le rocher mr lequel Vaccident avait eu lieu et ne prouvât ainsi que la chute n'était point le résultat d'une témérité.

Ayant rencontré, dans la passe entre la grande et la petite Diraon, un bateau monté par des pécheurs des Ferô, nous leur achetâme

pour quelques sous un panier d'excellentes morues. Lorsque ces braves gens surent que nous étions Suédois, ils nous parlèrent du voyage de la Vega et de l'expédition de la Sofia, dont leurs journaux leur avaient appris le départ. Ils s'attendaient pour le moins à ce que nous retrouvassions les colonies perdues du Gronland.

Notre traversée de l'archipid des Ferô fut favorisée par un temps magnifique et une mer absolument calme. Nous en profilâmes pour déguster sur le pont une bouteille d'un excellent madère que M. William Schônlank, de Berlin, avait offerte à l'expédition. Suivant la tradition, nous introduisîmes dans la bouteille vide plusieurs cartes de visite sur lesquelles nous avions écrit quelques formules de politesse; puis la bouteille, dûment cachetée, fut lancée a la mer. Cas assez rare, elle arriva à terre sans dommage. Les journaux de Thorshavn publièrent nos élucubrations fantaisistes, qui, revues et augmentées par les éditeurs, firent ensuite le tour de la presse Scandinave.

Le 1* juin, une tempête s'éleva du nord-est, aciîompagnée d'averses de neige et d'une pluie fine et serrée. Des paquets d'eau s'abattaient sur le navire, et, jusqu'au moment où le vent tomba, dans la nuit du 2 juin, la grosse mer nous obligea à marcher à une vitesse réduite. Les Lapons furent particulièrement éprouvés par le mal de mer; abattus et affaiblis par la souffrance, ils croyaient leur dernière heure arrivée. C'était leur première traversée, et, depuis la navigation de l'arche de Noé, aucun Lapon n'avait fait pareil voyage en mer. Le lendemain seulement, Anders et son camarade « commencèrent à revenir à la vie )^. Une fois que le navire eut mouillé dans le Rôdefjord et que nos deux compagnons eurent la permission de se reposer dans b»s buissons de saules jusqu'au départ de la Sofidy ils reprirent courcige et bientôt ils nous annoncèrent qu'ils étaient complètement rétablis. Nos Lapons se trouvaient très bien en Islande. L'aspect du pays, les indigènes, leurs huttes en terre leur plurent tout h fait.

Dans la matinée du 2 juin, la teire était en vue. La tempête de la veille devait nous avoir fait subir une dérive considérable. D'autre part, les brumes nous avaient empêchés de fiiire aucune observation; dans ces conditions l'a t terri ssemenl était très difficile. Nous

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ne pouvions découvrir, parmi les nombreuses découpures des montagnes de la côte, celle qui formait l'embouchure du Rôdefjord. Dans ces parages, aucun feu, aucune balise n'aide le marin à reconnaître sa position. Après avoir erré plusieurs heures en vue de terre, nous réussîmes à nous orienter grâce aux renseignements que nous donnèrent plusieurs pécheurs français.

Le 2 juin, quelques minutes avant midi, nous découvrîmes l'entrée du Qord ; deux heures et demie plus tard, nous jetions l'ancre dans l'EskiQord, le bras septentrional du RôdeQord.

Ce fjord abrite un des villages les plus commerçants de la côte orientale de l'Islande. Un agent consulaire, M. Tulinius, y représente la Suède et la Norvège. En l'absence de ce fonctionnaire, son fils nous reçut avec la plus grande cordialité.

La Sofia s'était dirigée vers l'Eskifjord, sur la demande du comte Strômfelt et de M. Flink, qui désiraient commencer dans cette région leurs travaux. D'autre part, je voulais visiter aux environs un gisement de spath exploité il y a deux siècles. Le spath d'Islande est un des minéraux les plus beaux et les plus utiles. Grâce à lui, le physicien a pu étudier les propriétés de la lumière, le micrographe pénétrer les secrets du monde cellulaire, et l'astronome explorer les espaces immenses du monde céleste. C'est le même minéral qui, sous une forme moins noble, fournit les meilleurs matériaux pour les chefs-d'œuvre de l'architecture et de la sculpture. Le spath d'Islande n'est en effet qu'une variété nettement cristallisée et transparente du calcaire commun, de la craie ou du marbre. Il se rencontre en volumineux morceaux, terminés par des faces planes de clivage. Ces morceaux fournissent un moyen commode d'étudier les lois de la polarisation de la lumière pour différentes substances.

C'est à un savant danois, d'origine scanienne, Érasme Bartholinus, qu'appartient l'honneur d'avoir fait connaître le spath d'Islande, dans un travail publié, pour la première fois, à Copenhague, en 1669, sous le titre de : Expérimenta crystalli hlandici dis-diaclastici. Un extrait de ce mémoire parut, l'année suivante, dans le volume V des Philosophical Transactions giving some accompt of the présent wwdertakings. stvdies, and labours of the ingenious in many conside^ rable parts ofthe World. Plus tcud, les propriétés biréfringentes du

spath (l'Islande ont été Imitées avec détail par Huygens dans son magistral ouvrage : Traité de la lumière oie sont expliquées les cames de ce qui luy arrive dam la réflexion et dans la réfraction, et particulièrement dans r étrange réfraction du cristal d'Islande y Leyde, 1690. Dans ce travail, Huygens démonti*e que la calcite provenant d'autres régions et le cristal de roche sont, comme le spath, biréfringents. Il prouve ainsi que cette propi'iété n'est pas particulière à ce minéral, mais qu'elle se retrouve dans la plupart des substances cristallisées; elle est seulement plus marquée dans le spath

Spath (rfskndc.

d'Islande que dans les autres cristaux, soit naturels, soit artiliciels. La grande importance scientitique du spath provient de cette propriété, et, pour cette raison, ce minéral a été 1res soigneusement étudié, dans ces deux derniers sik^les, par les savants les plus distingués. L'historique complet de leurs recheixîhes forme un chapitre entier de l'histoire de la physi(|U(s et il serait trop long même de le résumer dans ce livre. Les publications relatives aux conditions de gisement du spath d'Islande sont, au contraire, très peu nombreuses, vl en quelques lignes les plus imporUmtl^s peuvent être indiquées. Bartholinus donne les renseignements suivants sur le gisement de ce minéral : « Les Islandais et les marchands danois racontent, écrit-il, qu(» ce minéral se» trouve dans de nombreuses localités; ils l'extraient en grande quantité d'une très haute montagne voisine du RoerQord (Rôdefjord). Il est abondant sur toute lu surface de cette monUigne, et point n'est besoin de creuser

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profondément pour mettre à jour des crisUiux mesurant un pied cube et plus. Des angles des cristaux de spath émerge souvent une substance plus dure qui peut servir à couper le verre, et dont la forme, différente de celle du spath, se rapproche de celle du diamant. » Ni le savant bourgmestre de Hambourg, Johan Anderson (1746), pas plus que son critique Niels Horrebow (1752), ne complétèrent ni rectilièrent cette description obscure du gisement de ce minéral. Le travail d'Olafsen et de Povelsen : Rme igiennem hland foranstaltet af Videmkabernes Sxkkah, imprimé à Soroe en 1772, la lettre d'Uno von Troil, contenant des observations sur rislande (1772), et la relation du voyage de W.-J. Ilooker (1809) ne contiennent non plus aucun renseignement à ce sujet. C. Krug von Nidda publia la première description minéralogique du gisement de spath d'Islande. La théorie plutonienne était alors en vogue : il lui emprunta une prétendue explic^ition de la formation du spath calcaire. Un courant de dolérite en fusion aurait détaché un fragment pierreux d'une couche calcaire sous-jacente, puis l'aurait amené à la surface, oii, sous l'aclion de la chaleur, il aurait été transformé en spath. Ainsi le spath d'Islande aurait été formé de la même manière que les blocs de fer natif d'Ovifack, d'après la théorie de certains géologues. Et pourtant von Nidda dit, en propres termes, que le minéral ne se trouve pas en nodules arrondis, mais en un long et étroit filon inclus dans une dolérite finement cristallisée et riche en augite. Ce gisement a été visité plus tard parC.-W. PaykuU. Ce géologue pense, et avec raison, que ce minéral s'est formé par voie humide, vraisemblablement, ajoute-t-il, par le délitement du trapp environnant*.

La carrière d'où l'on extrait, ou, plus exactement, d'où l'on a extrait le spath d'Islande, est située sur la rive septentrionale du Rôdefjord, à environ une heure de cheval à l'est de la maison du marchand de l'EskiQord. Elle se trouve à une altitude de 100 mètres, sur un escarpement presque dépouillé de végétation. A une certaine distance de la mer, la montagne atteint une hauteur de quelques cents mètres. Les beaux cristaux translucides sont enfermés dans les druses d'un

i. Karslcns Arclûv fur Geognosic, vol. VII, 1854, p. 510. Paykull, En sommar pâ hland i Stockholm « 1860, p. 185.

.12 LA SKCO.NUE E\I'ÉIIIT1U.\ Al GltO.MAMI.

liloii forme tl'iiiio brèche île }îi-,nuls cristaux de nik-ile, d'ai^ilo et (ie frapineiils de Iwisalle. lue n-evasse s'éljuil ouverte dans le basalte loii<[temj)s après r[ue cette nn-Iie s'était ivt'raid ie, elle aurait été rem|ilie |iar des matériaux urovenaiit des couches supéricui¥s, pr de l'arjfile, de la pyrite et des inoi-ceaux de caicite formée par le dépôt de souifes minérales cjilcain's. Telle est l'explitalion <|uc l'on

Ciiri'i'-iv Je s|Uitl] il'lsbixli- rli- l'KskiljDrd.

(Dmtia ev'ciil-i iTapn; iini> |ilialD|in|iliic .lu H. KjcIliUVIiii.,

|K>ul doiiiiei' de la t'ormalioii de ce lilon. La cassure a une diitMitiou iionl-sud et un pcndafre prt's(]ue vertical. Les cristaux li-ansl ut-ides Ijipisseul les murs de la druse, cm sont disséminés dans l'argile nui la n-inpiit. Au déliiil de Texploilalinn, le minéral se trouvait vraisemidablemeni, en ^nnule (pianlilé et i-n {.n-iis fnifcmenis, tout près (le la surface; plus lard, puur le roncnnlrei', il a fallu ci'euser, «l maintenant il existe sni' le lieu du gisement une |)elite excflvatioii (jui, malheuieustfinetit, loi-s de nolrv visite, était remplie d'eau. Aujounl'liui les moiwaux do spath transj)afentsoiil éifraleinent rares.

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